La réponse optimiste d’un jésuite suisse
Suisse: Ethique de l’entreprise: frein ou facteur de succès?
Berne, 5 août 1998 (APIC) Peut-on faire de bonnes affaires en recherchant toujours le bien de ses clients? Où est-ce une question naïve d’un doux rêveur qui ignore la dureté implacable du combat économique actuel? Le Père Albert Ziegler, jésuite et aumônier des deux Hautes Ecoles de Zurich, tente de répondre à ces deux interrogations dans une étude intitulée: «Ethique de l’entreprise: frein ou facteur de succès?. Un fascicule que vient de publier «Foi & Economie».(1)
En une période de grand chamboulement économique au niveau national et international, le Père Ziegler montre un certain nombre de possibilités d’assurer et de développer une entreprise d’une manière responsable. Il constate d’abord que beaucoup d’entrepreneurs estiment aujourd’hui que l’éthique de l’entreprise n’est valable que pour les périodes fastes de croissance économique. Dans une société où prédomine la loi du plus fort, il conviendrait d’utiliser la force et non l’éthique. L’auteur de la brochure est d’un avis contraire, citant ce que disaient les anciens: «L’honnêteté vit le plus longtemps. L’injustice ne croît pas. Les mensonges ne profitent pas. Faire le bien produit des intérêts».
Le premier chapitre développe l’éthique professionnelle qui enseigne comment il convient d’exercer la profession afin que celle-ci s’accomplisse dans la disponibilité envers le prochain. L’auteur prétend aussi le travail professionnel prend un sens par la compétence, la rencontre avec les autres et la mobilité personnelle. Ces trois exigences sont illustrées par trois exemples concrets savoureux. «Le kirsch de Zoug , lors d’une période de service militaire»; «La deuxième bouillotte» dans une salle d’opération et la réflexion pour savoir si cette même bouillotte doit «être chaude ou froide». Conclusion: «De cette façon, l’éthique professionnelle montre ces trois exigences peuvent «permettre à notre existence et à celle des autres de devenir plus humaine».
«Mieux vaut un client fidèle qu’un acheteur rapide»
La page 19 du chapitre 2, intitulé: «Responsabilité dans le cadre de l’entreprise: éthique professionnelle», évoque les trois principes de bases fondamentaux de la vente orientée vers le client. Albert Ziegler est persuadé qu’il vaut mieux un client fidèle qu’un acheteur rapide. «Mais pour faire d’un acheteur rapide un client fidèle, tu n’as pas le droit de lui vendre simplement des biens et services. Tu dois au contraire l’aider par des biens et services à résoudre ses problèmes. Pour se faire, nous n’avons pas le droit de satisfaire n’importe lesquels de ses souhaits. Il s’agit alors de faire ressortir d’une façon critique, grâce à notre compétence professionnelle et à notre bienveillance, les souhaits du client».
Toutes ces réflexions de bon sens, (cela est aussi valable dans les autres chapitres) sont chaque fois émaillées d’exemples personnels, souvent comiques, qu’a vécu l’auteur, ce qui rend l’exposé beaucoup plus attrayant.
La réponse optimiste du Père Ziegler
Les dernières lignes répondent à la question du titre du fascicule. Le jésuite espère que son exposé a fait clairement ressortir qu’une parfaite éthique de l’entreprise n’exclut en aucune façon le succès de l’entreprise. Certes, l’auteur se veut prudent. II insiste: «Une attitude parfaite du point de vue éthique, accompagnée d’une bienveillance, n’est pas encore une garantie de succès de l’entreprise. Mais elle semble être une condition incontournable pour permettre le succès de l’entreprise, – pour le moins dans le cas où l’entreprise désire obtenir une bonne réputation».
L’auteur loue aussi les entreprises qui n’attendent pas l’entrée en vigueur des lois pour améliorer ses relations bienveillantes envers les clients. Elles appliquent par elles-mêmes ce que la loi fera plus tard. Elles vont déjà au delà de ce que la loi prescrit. Certes, cette attitude n’est pas majoritaire face à la tentation du profit maximum et de la concurrence entre les entreprises.
Exclure les moutons noirs
Il y a aussi les profiteurs qui agissent à la limite de la légalité en se disant à eux-mêmes: «Ne te fais pas attraper. Et si tu te fais attraper, nie le plus longtemps possible». L’auteur devient alors intransigeant et sévère: «Ces profiteurs doivent être désignés à tout prix comme des moutons noirs et exclus par les autres acteurs économiques». Reste qu’Albert Ziegler donne une leçon d’optimisme. Il invite les entrepreneurs à donner une réponse personnelle convaincante. Le Père jésuite est vraiment persuadé que la vraie morale au sens chrétien peut aussi engendrer des bénéfices, financiers inclus, pour tout le monde. (apic/com/ba)



