Les enfants veulent avoir leur mot à dire

Suisse: Etude de l’UNICEF concernant la participation des enfants aux prises de décisions

Berne le 10 février 2003 (APIC) Une étude de l’UNICEF Suisse révèle que les enfants et les adolescents n’ont pas assez la possibilité de participer aux décisions qui les touchent. Il existe de grosses différences chez les enfants vivant en Suisse en ce qui concerne leurs possibilités de s’exprimer et d’influencer les décisions dans le milieu familial, scolaire et communal. Les enfants ont certes la volonté de participer, mais ils n’en ont pas partout la possibilité.

Tel est le résultat d’une enquête représentative commandée par UNICEF Suisse, menée auprès de 12’800 élèves de 9 à 16 ans de toutes les régions linguistiques à propos de leurs possibilités de participation dans l’environnement familial, scolaire et communal. Pour la réalisation d’une politique de l’enfance en Suisse, les cantons et les communes sont les premiers sollicités.

L’étude de l’UNICEF placée sous la direction scientifique de l’Institut de pédagogie de l’Université de Zurich montre que les enfants et les adolescents vivant en Suisse sont intéressés à s’exprimer sur toutes les questions qui les concernent. Les enfants et adolescents interrogés ont des idées concernant leur participation aux réflexions, aux discussions et aux décisions. Ils s’engagent en faveur des droits des enfants en Suisse et s’intéressent à l’évolution de la communauté en général.

Il s’avère aussi que les possibilités de participation des enfants et des adolescents sont – à leurs yeux – importantes dans la famille (48 pour cent), plus faibles à l’école (39 pour cent)et pour ainsi dire inexistantes dans la commune (7 pour cent).

Importantes disparités

A partir de douze ans, les enfants sont plus souvent associés aux décisions dans le cadre familial Dans la famille, les possibilités de participation augmentent parallèlement à l’âge des intéressés: ce n’est qu’à partir de 12 ans que les enfants s’estiment plus souvent associés aux décisions. Mais à cet âge, les possibilités d’influencer les décisions présentent, aux yeux des enfants, de grandes disparités.

Dans les domaines où ils sont les principaux concernés, on leur donne largement la possibilité de participer aux décisions (entre 50 et 80 pour cent) : lorsqu’il s’agit par exemple de l’aménagement de leur chambre, du moment où ils invitent leurs copains, de leur habillement ou de l’utilisation de leur argent de poche. Dès que les sphères d’intérêts des adultes sont touchées, les enfants estiment que leurs possibilités de participer sont plus limitées, par exemple lorsqu’il s’agit de choisir le lieu de vacances (33 pour cent), de fixer les heures des repas (31 pour cent) ou de décider d’avoir un animal domestique (34 pour cent).

Participer aux décisions, mais pas partout

La participation dans l’environnement scolaire se situe, indépendamment de l’âge des élèves et de la filière suivie, aux alentours de 39 pour cent. C’est dans l’aménagement de leur salle de classe que les enfants et les adolescents estiment leurs possibilités de participation les plus élevées. Fait surprenant, seuls 30 pour cent des élèves peuvent intervenir concernant l’aménagement du préau de l’école. D’après les élèves interrogés, seuls 16 pour cent ont une influence sur la notation, tandis que 38 pour cent ont leur mot à dire concernant l’enseignement.

Il s’avère là aussi que les possibilités de participation diminuent dans les domaines qui touchent aux intérêts des adultes ou dans lesquels les processus de décision sont plus complexes. A l’échelon de la commune et dans la vie publique en général, seuls 7 pour cent des élèves interrogés avaient à leur actif des expériences de participation et ce, en dépit de leur très vif intérêt. Les enfants plus jeunes indiquent avoir davantage d’occasions de s’engager dans l’espace public (10 pour cent). Au fur et à mesure que l’âge s’élève, leurs possibilités s’abaissent toutefois à 6 pour cent. Dans l’espace public, les enfants et les adolescents estiment qu’ils ne sont pas associés aux procédures de planification et de décision même lorsqu’il s’agit de sujets qui les concernent directement. Cet écart entre la volonté de participer et les possibilités effectives recèle un potentiel élevé de déception – et nuit à l’encouragement de la relève dans la politique communale.

Des possibilités différentes selon la région, le sexe et la culture

Dans l’environnement scolaire, des différences apparaissent d’une région à l’autre en ce qui concerne les possibilités de participer. 34 pour cent des enfants et des adolescents du Tessin et 30 pour cent de ceux de la région lémanique (GE, VD, VS) peuvent, à leur sens, participer. En Suisse alémanique, ils sont plus de 40 pour cent à pouvoir le faire.

A l’échelon familial et communal en revanche, on ne constate guère de différences entre les régions. Dans l’espace public, les possibilités de participation diffèrent selon le sexe: les garçons présentent en moyenne des valeurs plus élevées (8 pour cent) que les filles (6 pour cent). Bien que cette différence soit faible, elle semble correspondre à la conception traditionnelle des rôles selon laquelle l’activité des filles et des femmes serait plutôt tournée vers le domaine domestique, celle des garçons et des hommes vers le domaine public.

En ce qui concerne les différences selon l’appartenance culturelle, le résultat ne manque pas de surprendre: les enfants et les adolescents qui ne sont pas nés en Suisse voient dans la vie publique nettement plus de possibilités de participation (9 pour cent) que leurs collègues nés en Suisse (6 pour cent). En revanche, il n’a pas été possible de relever de différences en ce qui concerne le domaine de l’école et de la famille.

Mise en oeuvre insuffisante de la Convention des droits de l’enfant

Les résultats fournissent une bonne vue d’ensemble des possibilités de participation telles que les voient les enfants et les adolescents. Les possibilités de participation extrêmement faibles dans la vie publique donnent à réfléchir.

Du point de vue d’UNICEF Suisse, ceci s’explique en partie par une application insuffisante de l’article 12 de la Convention des droits de l’enfant à l’échelon communal et cantonal. Bien que la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant ait été ratifiée par la Confédération, il incombe aux cantons et aux communes de s’occuper plus activement de son application, en associant davantage les enfants et les adolescents aux processus de décision et en créant des structures appropriées, où la participation puisse avoir lieu.

A cet égard, un rôle important revient aux écoles car la participation peut être exercée concrètement dans ce contexte. Il est essentiel enfin d’observer systématiquement la mise en oeuvre. Jusqu’à aujourd’hui, l’observation systématique de la situation des droits de l’enfant n’a pas réussi à s’imposer au plan politique; elle est néanmoins la condition pour la réalisation de projets de participation fructueux à l’intention des enfants et des adolescents.

Premier bilan systématique

L’étude de l’UNICEF est la première à fournir, pour l’ensemble de la Suisse, des résultats représentatifs quant aux possibilités de participation des enfants et des adolescents à l’échelon helvétique. Ce rapport revêt, de ce fait, une grande importance, car jusqu’à maintenant, on ne disposait pas de données systématiques concernant les besoins et les voeux des enfants et des adolescents.

L’étude de l’UNICEF concernant les possibilités de participation des enfants et des adolescents était soutenue par ATD Quart Monde, l’Association suisse pour la protection de l’enfant, Pro Familia Suisse et le Conseil suisse des activités de jeunesse ; elle était placée sous la direction scientifique du professeur Reinhard Fatke et de Matthias Niklowitz (lic. phil.) à l’Institut de pédagogie de l’Université de Zurich. (apic/com/sh)

10 février 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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