Suisse: Fin de la procédure d’investigation de la Commission de réhabilitation
119 «justes» qui ont aidé à passer la frontière en 1942-45 réhabilités
Berne, 12 juin 2007 (Apic) La Commission de réhabilitation a clos l’investigation administrative concernant des jugements pénaux prononcés contre des personnes qui, à l’époque du nazisme, ont aidé des victimes des persécutions à fuir.
La loi fédérale sur l’annulation de ces jugements pénaux prononcés contre ces personnes entrée en vigueur le 1er janvier 2004, voit son action close aujourd’hui. Cette Loi donnait à la Commission le pouvoir de constater la réhabilitation des personnes condamnées à l’époque. pour leur geste humanitaire et néanmoins illégal.
La réhabilitation de 11 nouvelles personnes dont les jugements pénaux ont été retrouvés aux Archives fédérales a été entreprise. Celles-ci avaient été condamnées pour avoir aidé entre 1942 et 1945, des fugitifs à entrer en Suisse. La Commission de réhabilitation a agi sur demande – des personnes concernées, de leurs proches ou d’organisations habilitées – soit d’office.
Avec ces 11 hommes dont la Commission constate aujourd’hui la réhabilitation, se porte ainsi à 119 le nombre de personnes dont la réhabilitation a pu être constatée depuis que la Commission a pris ses fonctions. Les passeurs ont souvent pris des risques, certains ont dû essuyer les tirs de troupes qui surveillaient les frontières. Dans le cas d’une famille, l’entrée en Suisse n’a pas eu lieu, le passeur ayant été arrêté alors qu’il quittait la Suisse pour aller chercher les fugitifs.
Les réhabilités sont pour beaucoup des paysans, douaniers chômeurs, des soldats, des contrebandiers, qui connaissaient les chemins cachés, des étudiants. Il n’y avait pas de religieux. Ces personnes ont été condamnées pour les faits suivants: par exemple le citoyen suisse Adolphe Krebs a conduit plusieurs fois de Suisse en France, en évitant les contrôles officiels des frontières, en tout 31 prisonniers de guerre français évadés de camps allemands et un polonais, entre décembre 1944 et mars 1945. Il était allé chercher une partie de ces fugitifs à Buchs pour leur faire traverser la Suisse avant de les mener à la frontière française. Adolphe Krebs a été condamné en août 1945 à une peine d’emprisonnement de quatre mois.
Au début d’octobre 1942 le citoyen suisse Hans Marthaler a prié un ressortissant allemand domicilié à Zurich de se rendre secrètement en Belgique par la France, pour le compte d’un juif belge réfugié en Suisse, pour libérer la femme et les enfants de ce dernier d’un camp belge et les amener à Annemasse ou en Suisse. L’Allemand est arrêté à sa sortie de Suisse. Le passage de fugitifs n’a pas eu lieu. Le 17 février 1943, Hans Marthaler est condamné à six mois de prison et à la privation des droits politiques pour une durée de cinq ans.
Entre les 6 et 7 novembre 1943, Edmond Chrzanowski et Stanislaw Opiela, tous deux d’origine polonaise, ont conduit de France à la frontière genevoise des personnes de confession israélite, à savoir une famille suisse et une femme polonaise. Alors qu’ils étaient seuls en reconnaissance, les passeurs ont été surpris par une patrouille allemande qui a ouvert le feu. Edmond Chrzanowski s’est alors réfugié en Suisse où il a été arrêté ; Stanislaw Opiela est parvenu à rejoindre les fugitifs qu’il a conduits en Suisse le lendemain matin. En février 1944, Stanislaw Opiela est condamné à quatre mois de prison, Edmond Chrzanowski à deux mois de prison
L’alsacien Eugen Dreher a aidé à trois reprises au cours de l’été 1943 environ 30 alsaciens, à entrer clandestinement en Suisse. Lors d’un passage de 51 fugitifs et réfractaires alsaciens et leurs familles dans la nuit du 8 au 9 mai 1944, près de la frontière, le groupe a été surpris par des douaniers allemands et des coups de feu ont été tirés. Tous se sont retrouvés en Suisse dans une ferme. Etc. etc.
La commission publie intégralement les décisions rendues. Elles sont disponibles sur son site Internet.http://www.parlement.ch/f/homepage/ko-weitere-kommissionen/ko-rehab.htm. (apic/parl/vb)



