250 spécialistes se penchent sur le tissu social helvétique
Suisse : Forum Caritas à Berne
Berne, 17 janvier 2008 (Apic) Le ciment social s’effrite. A cette enseigne, le Forum Caritas 2008 a réuni près de 250 spécialistes qui ont tenté de cerner les causes de la dégradation du tissu social helvétique. Formation, immigration, inégalités dans le travail, vieillesse, divorces, facteurs objectifs et subjectifs ont été évoqués au chevet du malade.
En Suisse, les différences sont devenues considérables entre les revenus L’échelle des salaires atteint des dimensions faramineuses. L’écart au niveau de la fortune continue aussi à se creuser. Des facteurs qui menacent à terme la cohésion sociale. Au Forum Caritas du 17 janvier, quelque 250 personnes se sont penchées sur le thème de la «solidarité et des inégalités en Suisse».
10% des ménages les plus riches ont de revenus entre 6 et 10 fois plus
élevés que ceux des 10% des ménages les plus pauvres.
Et cette tendance est à la hausse. Seul e revenu des plus riches augmente. Quant à la fortune, les inégalités sont au-dessus de la moyenne en comparaison internationale. Ces chiffres ont été présentés au Forum Caritas par le sociologue de l’économie Hanspeter Stamm.
Le dumping social, nouvelle menace pour la société,
Yves Flückiger, professeur en économie politique et chercheur, a rappelé que de telles inégalités sont un facteur de risque pour l’économie: «Les bas salaires contribuent à une baisse de la productivité et à un ralentissement de la croissance économique». Les petits salaires sont démotivants et conduisent à un changement fréquent de poste de travail, ce qui coûte cher aux entreprises, a ajouté Yves Flückiger. Mais surtout, le chercheur, interviewé par l’Apic, dénonce un « dumping social ».
« Prenez les bas salaires. Il y a en quelque sorte une norme qui consiste à dire que le travail à plein temps doit être suffisant pour qu’une personne ne doive pas dépendre de l’aide sociale. Or, des entreprises paient des salaires pour des employés qui travaillent pourtant à plein temps et ces gens doivent avoir recours à de l’aide sociale, donc publique, pour subvenir à leurs besoins ». Une forme de dumping social inacceptable, c’est la conviction d’Yves Flückiger.
« En quelque sorte, le contribuable, vous et moi, sommes amenés à financer des compléments de salaire parce que ces derniers sont insuffisants. L’entreprise peut rétorquer qu’elle n’a pas les moyens de donner de meilleurs salaires. Mais c’est une vue à court terme. C’est négliger les coûts directs et indirects qui se déversent sur l’économie, comme sur les collectivités. Quand l’entreprise se dit, si je reporte ces coûts sur la société, cela ne fait qu’augmenter mon propre profit, c’est extrêmement préoccupant pour la société. En effet, les dépenses sont de plus en plus supportées par la collectivité, et les profits, par les entreprises. Stratégie très dangereuse pour la cohésion sociale à long terme ».
La structure de l’immigration se modifie lentement
Les inégalités dans les niveaux de formation, facteurs importants ne doivent pas masquer, affirme le chercheur, que même l’expérience professionnelle peut créer des inégalités, par exemple par rapport aux femmes, dont la carrière est souvent interrompue en cas de maternité. De même que le secteur dans lequel on travaille, le type d’entreprises, sa taille. Sans parler des inégalités « discriminatoires », liées au genre, à la nationalité.
A ses yeux la structure de l’immigration qui comporte une forte proportion de travailleurs peu ou pas qualifiés se modifie lentement. « Si l’on en croit les derniers chiffres obtenus dans le cadre du recensement fédéral de la population (2’000), la formation des personnes arrivées en Suisse, leur proportion, au niveau tertiaire (Uni, Hes), est nettement supérieure qu’elle ne l’est parmi la population suisse. Mais de là à ce que cela produise des effets notamment par rapport au chômage, il faut du temps, déclare le professeur genevois. D’autant que ces vagues migratoires nouvelles ne restent pas durablement en Suisse. Et les effets de la politique migratoire des années 60 à 80 se font encore sentir aujourd’hui en matière de chômage.
Des parlementaires fédéraux comme Christophe Darbellay, président du PDC suisse, Therese Frösch, présidente du groupe parlementaire des Verts, Hans-Jürg Fehr, président du PS suisse et Gabi Huber, vice-présidente du PRD suisse ont pris part au Forum Caritas. A l’occasion d’un débat, ils se sont demandés comment la politique peut freiner cette désintégration sociale et promouvoir la solidarité. (apic/com/vb)



