Prise de position du Conseil synodal de l’Union synodale réformée BE/JU

Suisse: homosexualité et ministère ecclésiastique (270494)

Pas incompatible

Berne, 28avril(APIC) Le texte du Conseil synodal de l’Union synodale réformée évangélique Berne/Jura, où l’on pouvait lire que l’homosexualité et

le ministère pastoral ne sont pas incompatibles, n’a pas laissé les commentateurs indifférents. Lettres de lecteurs et articles de journaux ont révélé que ce sujet est extrêmement sensible, même si le nombre de cas concernés est insignifiant.

Selon le Service de presse protestant romand (SPP), à Lausanne, la plupart des responsables d’Eglises romandes interrogés déclarent n’avoir aucune position tranchée, notamment parce que les Eglises n’ont jamais été confrontées ouvertement à ce type de problème. Seule l’Eglise vaudoise annonce

la création prochaine d’un «groupe de travail». Quant à la Fédération des

Eglises protestantes de Suisse (FEPS), elle organise en mai une consultation interne d’experts.

«Il n’y a rien de tel que ce genre de questions pour diviser les chrétiens», déclare le pasteur Heinrich Rusterholz, président de la FEPS. C’est

pourquoi cette dernière ne prendra certainement pas position dans le débat

concernant les pasteurs et l’homosexualité. Tout au plus annonce-t-on la

convocation d’une consultation interne d’experts, qui donnera peut-être

naissance à un groupe d’étude appelé à travailler dans une ambiance moins

passionnée. Car la FEPS, fait-on remarquer, a déjà reçu une lettre circulaire révélatrice des positions exclusives et des fantasmes que peuvent

susciter une problématique aussi taboue.

Sommes-nous concernés?

Quant aux Eglises réformées romandes, elles ne semblent pas avoir été

confrontées à la demande d’exercer le ministère de la part d’un pasteur ou

d’un diacre homosexuel. «Je ne connais aucun cas à Genève», déclare le

chargé d’information de l’Eglise nationale protestante, Freddy Klopfenstein. Même son de cloche à Fribourg, où le pasteur Michel Lederrey, président du Conseil synodal, ajoute que «la question devrait être étudiée de

cas en cas. Je ne vois pas à priori de raison d’exclure le ministère d’un

pasteur ou un diacre homosexuel, mais cela pourrait poser des problèmes

vis-à-vis de son travail pastoral».

L’Eglise évangélique réformée neuchâteloise (EREN) n’a pas non plus eu à

résoudre ce genre de problème. «Sommes-nous concernés?», s’interroge la

conseillère synodale Josette Held, en charge du Département de l’intérieur

de l’EREN. «Il vaudrait peut-être la peine de traiter cette question». Et

de mentionner la plaisanterie faite par un pasteur à certains de ses collègues, lors d’un téléphone où il sollicitait la bénédiction d’un mariage homosexuel. «Au-delà du gag, souligne la Conseillère synodale, ce canular

avait été révélateur de l’attitude des pasteurs face à l’homosexualité…

de même que celle des ministres qui refilent la question à un collègue».

Dans l’Eglise réformée vaudoise, une telle difficulté pourrait apparaître devant la Commission de consécration. Mais le pasteur Marcel Piguet,

membre permanent du Conseil synodal, n’a jamais eu à y faire face. Il annonce pourtant la prochaine création d’un groupe de travail qui traitera la

question de l’homosexualité parmi d’autres aspects de la vie familiale des

ministres. «Comme dans le cas du divorce d’un pasteur, c’est en fait de la

relation entre le ministère et la vie privée du ministre qu’il est question».

Pour les éthiciens: ni exclure, ni banaliser…

C’est l’avis du professeur d’éthique Eric Fuchs, de Genève, qui estime

qu’on en est qu’au début de la réflexion. Mais l’aspect vie privée/vie pastorale n’est pas seul en cause; il en va également de la crédibilité du

ministre envers ses paroissiens. «Après tout, on interdisait bien autrefois

la prêtrise aux hommes atteints d’une infirmité physique. On a évolué. Sur

le fond, je ne vois pas bien ce qui empêcherait une personne homosexuelle

d’exercer un ministère. Cependant, les problèmes pourraient apparaître dans

la pratique pastorale. Cela exigerait de toute façon un grand discernement

personnel de la part du pasteur concerné, qui aurait à déterminer s’il est

capable de faire face à la situation».

Un autre professeur d’éthique réformée, Denis Muller, de Lausanne, auteur d’un livre sur la question, estime pour sa part que «l’homosexualité

n’est pas en soi un critère de refus du ministère. Mais il s’agit de ne pas

banaliser les conséquences paroissiales d’une telle situation». Le professeur Muller rappelle également les problèmes de nature pastorale liés à la

longue tradition chrétienne concernant l’homosexualité. Il insiste sur la

nécessité d’une extrême clarté concernant la question de la pédophilie et

celle du militantisme. Et de conclure: «Cela suppose du doigté quant à la

publicité donnée à cette situation, et une concertation avec le Conseil de

paroisse».

Le texte de l’Union synodale Berne-Jura

Le «Premier commentaire provisoire» du Conseil synodal de l’Union synodale Berne-Jura (USBJ) faisait suite à l’affaire de la paroisse de Signau

(BE), dont les paroissiens s’étaient montrés bien plus tolérants face à

leur pasteur homosexuel que le Conseil de paroisse. Publié en février dernier, ce texte constitue le premier document d’Eglise sur la question.

L’exécutif de l’USBJ commence par y reconnaître que le refoulement de situations existantes aboutit à une double vie. «La dissimulation conduit à

l’hypocrisie».

Le Conseil synodal déclare comprendre que l’on attende des autorités

d’Eglises une prise de position. Celle-ci ne lui semble cependant guère

possible, étant donné que les sciences humaines ne savent pas grand chose

au sujet de l’homosexualité. Disposition héréditaire, génétique ou comportement acquis au cours de l’existence?…

Quant à la Bible, il est inexact de dire qu’elle désigne «tout à fait

explicitement» l’homosexualité comme péché. L’histoire de Sodome parle en

fait d’hostilité envers l’étranger, de contrainte avec menaces; la coloration homosexuelle n’apparaît qu’incidemment. La Loi de Moïse comporte une

condamnation de l’activité homosexuelle, mais parmi une série d’autres interdits que nous ne respectons plus aujourd’hui: manger du sang, raser la

barbe, relations sexuelles pendant les règles, etc.

Un passage de l’épître aux Romains sur l’universalité du péché cite

l’homosexalité parmi les nombreuses conséquences du péché originel. Paul y

souligne que tous participent, sous une forme ou une autre, à l’abandon de

la foi en Dieu. Quant au «catalogue des vices», il mentionne les «efféminés» et les «infâmes»; il ne dit donc rien de l’homosexualité mais fait allusion à certains comportements homosexuels. Le Conseil synodal conclut:

«Quiconque prend la Bible au sérieux doit reconnaître que les passages peu nombreux – à ce sujet non seulement autorisent l’interprétation, mais

la requièrent toujours à nouveau à chaque époque».

Potentiel de conflit…

Le Conseil synodal de l’USBJ relève que Jésus, pour sa part, ne s’est

jamais exprimé sur l’homosexualité. S’avère toutefois déterminante la manière dont il s’est adressé aux hommes que la société de l’époque stigmatisait comme pécheurs. «Nous démontrerons notre attitude de chrétiens en faisant preuve d’ouverture envers les personnes qui nous mettent en question

par leur différence et dont nous ne pouvons pas, dans notre optique limitée, admettre le comportement».

Pour toutes ces raisons, les responsables des Eglises réformées BerneJura ne sont pas disposés à déclarer l’homosexualité fondamentalement incompatible avec le ministère. Le statut juridique des fonctionnaires de

l’Etat ne les y autoriserait d’ailleurs pas. Et de rappeler que le pasteur

est élu(e) par l’assemblée de paroisse. Cette dernière doit donc décider

si, pour sa communauté et dans la situation spécifique, un (ou une) pasteur(e) homosexuel(le) peut assumer le service de la prédication et de

l’accompagnement spirituel. «Tous les participants devront être bien conscients que dans la société d’aujourd’hui une telle décision engendre un potentiel de conflit qu’il faut prendre au sérieux».

Ayant déclaré que l’homosexualité n’est pas en tant que telle incompatible avec le ministère pastoral, le Conseil synodal de l’USBJ renvoie au

Conseil de la paroisse concernée le soin de faire face à une telle situation. Il incite enfin les responsables de ces paroisses à recourir à un

conseiller professionnel en gestion paroissiale.

Le Conseil synodal souhaite ainsi faire oeuvre de paix en inaugurant une

réflexion à long terme. «Des décisions rapides ne sont pas aptes à résoudre

les problèmes. Rester attaché de manière rigide à la tradition, ou au contraire sauter prématurément sur le train de l’esprit du siècle sont deux

attitudes qui ne mènent pas à des solutions durables conformes à la foi

chrétienne». Et de conclure: «Nous autres chrétiens sommes appelés à ouvrir

les voies de la réconciliation, à rechercher les convergences, à accueillir

fraternellement les minorités, à viser constamment le bien de la communauté

et à résister aux extrémismes de toute sorte». (apic/spp/pr)

28 avril 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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