Suisse: Initiative «Pour l’interdiction d’exporter du matériel de guerre»
135 organisations de 34 pays
demandent aux citoyens de voter «oui» le 8 juin
Berne, 20 mai 1997 (APIC) Pas moins de 135 organisations de 34 pays lancent un appel à la population suisse afin qu’elle soutienne l’initiative «Pour l’interdiction d’exporter du matériel de guerre» sur laquelle les citoyens auront à se prononcer le 8 juin prochain. Un appel répercuté et appuyé par les principales œuvres d’entraide ou organisations de développement, à l’exception des institutions catholiques, lors d’une conférence de presse donnée mardi à Berne. Quelque 125 milliards de dollars sont annuellement dépensés pour l’acquisition de matériel de guerre dans les pays en voie de développement.
L’exportation de matériel de guerre est incompatible avec les cinq principes majeurs de la politique étrangère de la Suisse, notent les œuvres suisses particulièrement engagées dans le Sud, onze organisations au total, dont les principales: Déclaration de Berne, Entraide protestante, Pain pour le Prochain, Swissaid et Terre des Hommes. Selon ces organisations, «l’encouragement et le soutien de la sécurité et de la paix, de la démocratie, du principe de l’état de droit, ainsi que des droits de l’homme, au Nord comme au Sud, tels que définis dans le modèle de politique étrangère de la Confédération ne sont pas garantis si, dans le même temps, du matériel de guerre de production suisse est exporté dans des pays en guerre ou sur le point de l’être».
Les 135 organisations de 34 pays, de l’Asie à l’Afrique en passant par l’Amérique latine sont partenaires des œuvres d’entraide suisses. Elles constatent que leurs gouvernements se procurent des armes alors que les fonds manquent pour des tâches urgentes, que les enseignants ne sont pas payés et que les médicaments font souvent défaut dans les hôpitaux. Sans parler de la nourriture qui manque, pour des millions d’êtres et de gosses malades de malnutrition.
20 avions plutôt que l’éducation de 15 millions de jeunes Indiennes
Avec l’argent que le gouvernement indien consacre à l’achat de 20 avions de combat, 15 millions de jeunes Indiennes pourraient bénéficier d’une instruction de base. Car c’est là le nombre des jeunes filles qui, en Inde, ne peuvent fréquenter l’école.
Avec ne serait-ce que 12% des 125 milliards de dollars dépensés chaque année pour l’acquisition de matériel de guerre dans les pays en voie de développement, des soins de santé de base viables pourraient être mis sur pied, pour chacun de ces pays. En outre, tous leurs enfants pourraient être vaccinés et la construction de réseaux hydrauliques adéquats assurerait à tous l’accès à l’eau potable.
Des Philippines, cinq ONG locales adressent une lettre à l’EPER (Entraide protestante) pour constater: «Jusqu’au gouvernement ’neutre’ de la Suisse qui a pris place dans le ’train du commerce des armes’». Ceci est en contradiction flagrante avec la réduction de la production d’armement qu’il a lui-même annoncée dans ses «lignes directrices Nord-Sud’ concernant l’effort que doivent faire les pays en voie de développement pour réduire leurs dépenses militaires. «Ainsi la Suisse demande-t-elle à d’autres pays de limiter leurs dépenses militaires, alors que son propre parlement autorise à l’avenir la vente des tristements célèbres avions Pilatus.
Des organisations partenaires et des particuliers affirment que des armes suisses auraient à nouveau contribué, en peu de temps, à réduire à néant les efforts de reconstructions prétendûment durables de la coopération suisse au développement dans les pays du Sud. «Nos amis du Brésil, de Birmanie, du Guatémala, d’Indonésie, du Mexique ou des Philippines ont, pour certains, appris jusque dans leur chair la précision de tir dévastatrice des avions PC-7, des chars d’assaut «Mowag» et de l’artillerie SIG».
En 1992 les inspecteurs de l’ONU ont découvert que sur les 600 machines importées par l’Irak dans le cadre de son programme atomique, 134 provenaient de la Suisse.
Pour les œuvres suisses d’entraide présentes mardi à Berne, l’argument qui invoque le maintien des emplois ne tient pas. Les projections permettent d’estimer que la mesure concernerait de 1’000 à 2’000 emplois. «Ce qui est à la fois beaucoup et peu, sachant que le seul groupe industriel Oerlikon-Bührle a sacrifié – depuis 1977 et sans interdiction d’exporter – plus de 10’000 emplois dans le secteur militaire. (apic/pr)



