Dignité et justice pour nous tous

Suisse: Journée des droits humains du 10 décembre, déclaration commune des Eglises

Berne, 16 octobre 2008 (Apic) La Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) fête cette année ses 60 ans. Dans une déclaration commune, les trois Eglises nationales de Suisse – catholique-romaine, protestante et catholique-chrétienne – invitent leurs fidèles et leurs communautés à s’associer à cet anniversaire lors de la Journée des droits humains du 10 décembre. Elle sera placée cette année sous le thème «Suisse: Journée des droits humains du 10 décembre, déclaration commune des Eglises».

Soixante ans après la signature de la DUDH, dans un monde menacé par les divisions raciales, économiques et religieuses, il faut plus que jamais proclamer et défendre ses principes qui constituent le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde, estiment les Eglises nationales.

La déclaration commune des Eglises relève que la Suisse est elle aussi confrontée à diverses démarches et initiatives qui mettent en jeu le respect des droits humains. Elles pointent notamment celles qui concernent la question de l’internement à vie des criminels dangereux et l’expulsion des étrangers criminels. Les garanties offertes par la DUDH sont donc importantes en Suisse aussi.

«Accepter sans réagir la violation de l’un quelconque des droits humains fondamentaux, c’est mettre en péril tous les autres. Accorder de l’importance aux droits de l’homme, c’est admettre de soulever des questions difficiles pour soi et pour la société», soulignent les Eglises chrétiennes de Suisse. «Le 60e anniversaire de la DUDH nous rappelle qu’en tant que chrétiens et citoyens, nous devons être des veilleurs et agir avec courage, à temps et à contretemps pour garantir ’la dignité et la justice pour nous tous’», conclut la déclaration des Eglises.

Des actions proposées par l’ACAT

La journée des Droits humains du 10 décembre est également l’occasion pour le partenaire des Eglises, l’ACAT Suisse (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) de lancer deux campagnes de signatures consacrées à la situation des droits humains à Cuba, et à l’utilisation problématique des «assurances diplomatiques contre la torture» par la Suisse. Les paroisses et communautés de Suisse sont invitées à s’associer à la célébration des 60 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Le dossier préparé par la Commission nationale «Justice et Paix» de la Conférence des évêques suisses (CES) et le Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) suggère diverses activités, comme aborder le thème lors du service religieux du dimanche précédant ou suivant le 10 décembre; organiser des collectes de signatures pour les pétitions de l’ACAT Suisse; consacrer le produit de la quête du dimanche à la cause de la défense des droits de l’homme; étudier le thème des droits humains dans le cadre de l’enseignement religieux, des activités de jeunesse ou dans des groupes de solidarité; organiser une conférence, un témoignage ou une projection de film suivie d’un débat . JB/Com

Encadré

Le droit d’avoir des droits

La Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) fête ses 60 ans. Le 10 décembre 1948 en effet, les 58 Etats membres de l’assemblée générale des Nations Unies adoptaient la Déclaration à Paris. Les droits universels qu’elle proclame constituent le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde. L’origine de la déclaration de 1948 remonte à l’expérience des terribles crimes contre l’humanité de la Deuxième Guerre mondiale. Le refus de tout droit à des personnes et des groupes entiers et la négation de leur dignité ont conduit à des actes de barbarie.

La DUDH reconnaît la revendication de chaque être humain d’être un sujet de droit. Elle est valable indépendamment de l’autorité ou de l’arbitraire de l’Etat et des législations nationales. La protection de la dignité de l’être humain ne peut être remise en question, relativisée ou suspendue par aucune personne, ni aucune loi Les droits de l’homme sont inhérents à tous les êtres humains et indissociables. C’est l’un des points fondamentaux de la Déclaration de 1948. C’est en ce sens que la philosophe juive Hanna Arendt a pu résumé les droits de l’homme dans la formule: «le droit d’avoir des droits».

Les droits de la personne humaine ne découlent pas d’un consensus social, ou d’un processus politique mais de la nature même de celle-ci. Les droits humains légitiment le processus démocratique, mais ils existent en eux-mêmes sans légitimation démocratique. Cette donnée essentielle fonde l’Etat de droit dans le système démocratique moderne, en Suisse aussi. La DUDH est un document vivant qui appartient à chacun, et dont chacun peut jouir, indépendamment du fait qu’il puisse ou non le revendiquer.

Ses principes fondamentaux, notamment la non-discrimination, l’égalité et l’équité s’appliquent à chaque personne, en tout lieu et en tout temps. Les droits de l’homme reposent sur la réciprocité. Jouir de ses droits signifie reconnaître, de la même façon, les mêmes droits à toute autre personne. En Suisse, les droits de l’homme sont inclus dans la Constitution fédérale de 1999 et dans les Constitutions cantonales. Le Tribunal fédéral s’assure de leur respect. Les droits humains protègent donc concrètement chaque personne dans ses relations avec les autres et avec l’Etat. JB/Com

Encadré

Eglises et droits humains

Depuis le XXe siècle, les Eglises ont intégré les droits humains dans leur enseignement. L’histoire rappelle cependant que les Eglises chrétiennes ont eu à l’égard des droits de l’homme une attitude le plus souvent ambiguë. La conscience des droits humains, appuyée généralement uniquement par une minorité, a eu de la peine à s’imposer.

L’hostilité de la position initiale s’explique en partie par l’assaut anticlérical de la Révolution française. Les Eglises ont vu dans les Droits de l’homme, tels qu’exprimés dans la Constitution de 1789, une inversion du rapport entre le créateur et sa créature: l’autonomie de l’individu semblait incompatible avec la vision de l’autorité souveraine de Dieu.

Dès la fin du XIXe siècle, les Eglises ont graduellement adopté une attitude plus positive envers les droits humains, notamment à partir de la prise en considération des conflits sociaux liés à l’industrialisation. Dans un XXe siècle profondément marqué par les guerres, la recherche de la paix a été un des principaux moteurs de l’engagement des Eglises pour les droits humains.

L’affirmation biblique selon laquelle tout homme est créé à l’image de Dieu fonde l’adhésion des Eglises aux droits de la personne humaine. L’existence humaine telle que Dieu l’a voulue est une existence de relation à Dieu et à ses semblables. L’homme est un être social, à qui Dieu confie la gestion de la création. Par son incarnation en Jésus-Christ, Dieu révèle son amour pour chaque être humain. L’égalité qui en résulte prend corps dans le respect mutuel entre les êtres humains.

Lorsqu’un système social, politique, économique viole la dignité de la personne humaine, l’Eglise a pour mission de défendre sa dignité, sa liberté, sa responsabilité. Toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne fondée sur le sexe, la race, la condition sociale, les convictions ou la religion, contredit sa dignité de créature de Dieu. (apic/com/be)

16 octobre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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