Campagne de boycott contre les fabricants et les vendeurs lancée
Suisse: L’OICM décide d’autoriser le recours à la RU 486
Berne, 14 juillet 1999 (APIC) La pilule abortive RU 486 pourra être commercialisée en Suisse. L’Office intercantonal de contrôle des médicaments (OICM) a accepté mercredi 14 juillet la demande d’enregistrement. Les réactions vont de la satisfaction pour les mouvements pro-avortement à la colère et à la déception pour les associations de défense de la vie. Campagne de boycott et recours tous azimuts sont aujourd’hui annoncés. Quant à la Conférence des évêques suisses, elle condamne en termes très vifs cette nouvelle forme d’avortement
Après la France, la Grande-Bretagne, la Suède, et maintenant l’Autriche, la Belgique, la Grèce, le Danemark, la Finlande et l’Allemagne la semaine dernière, la Suisse est donc aujourd’hui le dixième pays européen à autoriser la pilule abortive RU 486. Cette pilule est habituellement administrée au cours des sept premières semaines de grossesse pour provoquer l’avortement. Pour garantir son efficacité, cette pilule doit être utilisée avec une prostaglandine, une substance hormonale. La demande d’enregistrement de la pilule abortive RU 486 avait été déposée en février en Suisse auprès de l’OICM. Il n’aura fallu que six mois d’expertises pour commercialiser ce produit controversé.
Vives réactions
Les réactions n’ont pas tardé en Suisse, à l’annonce de la commercialisation de cette pilule, qui «n’est pas seulement une nouvelle méthode d’avortement, mais un pas de plus vers le meurtre toujours plus perfectionné des enfants non-nés au moyen d’une substance chimique», soulignent les milieux anti-avortement. Quand bien même le cadre légal restrictif promet de tout mettre en place pour éviter un éventuel dérapage, les évêques suisses condamnent fermement cette nouvelle forme d’avortement. Pour la Conférence des évêques suisse, parler de médicament en parlant de la pilule RU 486 revient à dire que l’on considère l’enfant à naître comme une maladie qu’il faut enrayer.
On s’étonne du reste de la rapidité avec laquelle elle a été accordée. Soit une semaine seulement après l’Allemagne. «L’Aide suisse pour la mère et l’enfant» (ASME) annonce qu’elle fera probablement recours au niveau cantonal. L’organisation anti-avortement soutient que les conditions juridiques ayant permis l’homologation de la pilule abortive Mifegyne (RU 486) ne sont par remplies D’ailleurs, assure l’avocat Pierre Gauye, de l’Association «Oui à la vie», l’introduction de la pilule abortive RU 486 en Suisse est contraire à la législation en vigueur (cf art. 120 du code pénal suisse) selon laquelle seule le médecin autorisé peut pratiquer un avortement, alors que dans le cas de la RU 486, ce même médecin n’est qu’un témoin n’ayant pas la «maîtrise de l’acte».
Du côté du collectif d’Associations réuni sous le sigle des «3C» – «Création + Communication + Continuation», largement représenté par «Oui à la vie», il s’agit d’une défaite pour les droits de l’homme. Le collectif, par la voix de l’économiste lausannois François de Siebenthal, annonce une campagne de boycott contre les entreprises ou multinationales impliquées dans la fabrication et la commercialisation de la RU 486, comme Hoechst, Marion, Roussel-Uclaf, Rhône-Poulenc, Cosan, Aventis et même contre l’Etat du Koweit, derrière Hoechst.
«Nous tenons une liste de produits fabriqués ou vendus par ces sociétés, prête à être diffusée partout en Suisse. Et si nous parvenons à faire baisser de 10% seulement le chiffre d’affaire de ces firmes, nous pourrions considérer cela comme une grande victoire. Nous procéderions de la même manière pour le Koweit, s’agissant des stations service suisses».
Les réactions positives émanent notamment de l’Association suisse pour la dépénalisation de l’avortement. La co-présidente de cette association, Rose-Marie Chapuis, se déclare satisfaite de l’autorisation de l’OICM. «Avec cette décision, il existe désormais une nouvelle méthode d’avortement sans qu’il soit pour autant nécessaire de changer la loi». Du côté de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS), on se déclare en également favorable à l’introduction de la RU 486, comme «ultime recours après épuisement de toutes les autres solutions».
Effets secondaires
Distribuée uniquement sur ordonnance médicale, la pilule abortive ne pourra être administrée que dans les cliniques et les centres de traitement où l’on pratique l’interruption de grossesse et où l’on dispose d’un équipement de médecine d’urgence.
Selon l’OICM, les complications sont rares au niveau des effet secondaires. L’Office intercantonal cite des cas d’expulsions incomplètes ou d’hémorragies. Les effets secondaires les plus fréquents, selon cet Office, sont des nausées, des douleurs abdominales, des vomissements et des diarrhées.
Une minimisation des effets secondaires à laquelle est vigoureusement opposé le collectif des «3C». Pour le pasteur Henri Coste, l’avocat Pierre Gauye et l’économiste François de Siebenthal, cette pilule «n’est pas un moindre mal par rapport à l’avortement chirurgical, mais un moyen pire encore». Pour eux, il s’agit d’un produit chimique tératogène, c’est-à-dire que l’enfant, s’il survit – ce qui, selon les intervenants, peut arriver dans 5% des cas – est alors exposé à un risque de malformation. La méthode, relèvent-ils encore, est extrêmement traumatisante pour la femme, elle est en outre dangereuse pour sa santé physique.
On est loin, relèvent-ils, des «vertus» prêtées à la RU 486, vantée par le laboratoire Roussel-Uclaf et présentée comme un moyen moderne «d’avortement», moins mauvais que le stérilet, mais surtout comme «un médicament sur lequel se fonderaient certains espoirs thérapeutiques», commente le pasteur Coste. Pour lui, un médicament qui ne servirait pas à guérir mais à tuer ne peut être taxer de médicament.
L’entreprise Cosan dans le collimateur des opposants
En Suisse, l’entreprise Cosan Gmbh, à Volketswil (ZH) doit s’attendre, comme les autres firmes, a être confrontée à un boycott systématique, assure l’économiste de Siebenthal. Quant au pasteur Coste, il s’étonne qu’une telle société paravent, au capital de 20’000 francs seulement, puisse prétendre à la commercialisation de la pilule abortive. «C’est pas sérieux. Qu’adviendra-t-il en cas de pépin et de réparations matérielles possibles», s’interroge-t-il. L’entreprise Cosan GmbH, est à l’origine de l’introduction de la RU 486 en Suisse, après avoir été contactée par le fabriquant français Exelgyn.
La campagne suisse de boycott pourrait se calquer sur celle des Etats-Unis, où la décision de ne pas introduire la RU 486 a été prise début juin, sous la pression des puissants groupes opposés à la RU 486. Ces derniers avaient en effet menacé de boycotter tous les produits du groupe chimique allemand Hoechst. (apic/pr)




