Suisse: L’OSEO s’en prend aux propositions de Blocher en matière de droit d’asile

«Blocher met en danger notre tradition humanitaire»

Berne, 27 juillet 2004 (Apic) L’OEuvre suisse d’entraide ouvrière OSEO s’en prend en termes vifs au conseiller fédéral Blocher. Elle se dit indignée par les nouvelles propositions du tribun populiste en matière de droit d’asile. L’OSEO en appelle aux partis politiques, aux parlementaires et au Conseil fédéral pour qu’ils protègent les réfugiés et respectent leurs droits.

«La révision partielle de la loi sur l’asile est une négation de la tradition humanitaire de la Suisse, elle est contraire aux droits fondamentaux et elle n’occasionnera que de nouveaux problèmes et de nouvelles dépenses. Les nouvelles propositions, si elles étaient acceptées, pousseraient les réfugiés dans la misère et bafoueraient leurs droits», estime l’OSEO dans un communiqué publié mardi.

L’OSEO avait déjà vivement critiqué la suppression de l’aide sociale pour les requérants dont la demande est frappée de non entrée en matière. «A raison, pense l’oeuvre d’entraide, comme le démontrent les premières expériences faites depuis le 1er avril». Qui s’indigne à nouveau aujourd’hui: «On voudrait maintenant étendre la suppression de l’aide sociale à toutes les personnes frappées d’une décision négative et qui ont dépassé le délai de leur autorisation de séjour. Souvent ces personnes ne refusent pas de partir mais n’y arrivent pas pour des raisons techniques, notamment l’impossibilité de se procurer un passeport. Ainsi des femmes, des familles ou des mineurs non accompagnés sont jetés à la rue. La plupart de ces personnes ne quittent pas notre pays, mais passent dans la clandestinité».

L’OSEO craint que l’on n’assiste à une montée du travail au noir, du nombre de personnes sans domicile, des situations d’exploitation et de la délinquance de survie. Les coûts sociaux, sécuritaires et juridiques de ces problèmes seront énormes, estime-t-elle. «En créant une nouvelle catégorie de sans-papiers, la Suisse saboterait sa propre politique d’aide au retour et de réintégration dans les pays d’origine (l’exemple du Kosovo montre que cette politique a eu un certain succès: taux de retours et moindres coûts à long terme notamment)».

Violation de la Convention de Genève

Blocher propose également que l’on n’entre pas en matière sur les demandes des requérants d’asile sans papiers d’identité, fait en outre remarquer l’OSEO, pour qui c’est une violation de la Convention de Genève. Et d’argumenter: «Les personnes qui proviennent d’Etats auteurs de persécutions ou des zones de conflit n’ont souvent précisément pas la possibilité d’obtenir ou d’emporter des papiers d’identité. Il est scandaleux de leur fermer la porte de l’asile».

L’OSEO refuse également l’introduction de la rétention de courte durée, de la détention pour insoumission de même que la prolongation de la détention en vue du renvoi. Celle-ci, qui pourrait durer jusqu’à 18 mois, «est totalement disproportionnée et une dégradation grave du droit d’asile». Pour l’oeuvre d’entraide, ces propositions «ne sont que des effets de manche. Il est frappant de constater que Blocher essaie de torpiller la décision du parlement, prise il y a quelques semaines seulement, qui a voté l’admission humanitaire». (apic/com/pr)

27 juillet 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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