la réticence de certaines Eglises réformées de Suisse romande
Suisse:La création éventuelle de nouveaux diocèses suscite(131095)
La question reste à l’ordre du jour
Fribourg, 13octobre(APIC) Relique héritée du Kulturkampf, l’obligation
faite à l’Eglise catholique en Suisse de demander l’autorisation de la
Confédération pour créer de nouveaux évêchés trouve encore ses partisans.
Du côté de certaines Eglises réformées de Suisse romande, qui évoquent la
paix confessionnelle pour justifier le maintien d’un article d’exception
dans la Constitution fédérale… à la veille du 21e siècle.
Ouverture? Le Conseil des Etats en avait pourtant fait preuve, en juin
dernier, en acceptant une initiative parlementaire du démocrate-chrétien
argovien Hans Jörg Huber, demandant l’abrogation de cette disposition d’une
autre époque.
Le redécoupage des diocèses, que les évêques suisses appellent de leurs
voeux afin d’alléger leurs charges pastorales, n’est sans doute pas pour
demain. Du côté de certaines Eglises réformées de Suisse romande, on se
prononce pour le statu quo: la création de nouveaux évêchés doit rester
constitutionnellement soumise à l’approbation de la Confédération. C’est en
tout cas l’avis de membres de l’exécutif des Eglises réformées neuchâteloise (EREN) et genevoise (ENPG). Les Conseils des deux Eglises en ont débattu lors d’une rencontre organisée le 4 octobre à Neuchâtel.
L’article 50, alinéa 4 de la Constitution fédérale (»Il ne peut être
érigé d’évêchés sur le territoire suisse sans l’approbation de la Confédération»), est maintenu dans le projet de Nouvelle Constitution d’Arnold Koller. Une volonté qui satisfait le Conseil de l’Eglise nationale
protestante de Genève (ENPG), fer de lance, semble-t-il, des opposants à la
suppression de cet article. L’Eglise genevoise en débattra lors du Consistoire de novembre prochain.
Paix confessionnelle en péril?
«Plusieurs conseillers neuchâtelois ont exprimé leur appui» aux arguments genevois, peut-on lire dans un communiqué laconique publié
par l’EREN. Des arguments que Nicole Fatio, présidente de l’ENPG, préfère
réserver aux réformés genevois pour les développer lors du prochain Consistoire, où «nous discuterons de ce maintien et des raisons pour lesquelles notre Eglise le souhaite ou non. Le Conseil de l’Eglise a mené une
réflexion cette année. Il y est favorable», déclare-t-elle à l’APIC,
tout en précisant s’exprimer à titre personnel.
«On peut souhaiter que cet article, qui est certainement dans sa forme
l’expression d’une autre époque, puisse néanmoins avoir encore sa place
aujourd’hui», assure-t-elle. Et d’évoquer le double statut de l’Eglise
catholique, à la fois communauté religieuse et Etat, ainsi que «tout le
problème de la paix confessionnelle pour lequel cet article avait été
rédigé». La suppression de l’article 50 la mettrait-elle en danger? «En
tout cas, elle susciterait à Genève un certain nombre de remous qui
mettraient en péril l’équilibre oecuménique auquel nous tenons beaucoup en
ce moment»
Mais n’est-ce pas précisément au nom de cet oecuménisme qu’il faut faire
preuve d’ouverture? «Pour l’équilibre confessionnel, il faut trouver une
solution acceptable pour les deux parties. Et celle qui prévaut maintenant
est un compromis satisfaisant, avec un évêque auxiliaire. Il serait très
dommageable de toucher à ce qui existe aujourd’hui, car cela nous permet
d’avoir une situation oecuménique tout-à-fait claire».
Clivage entre Romands et Alémaniques?
Même si l’EREN et l’ENPG n’ont officiellement pas fait connaître leur
position, les observateurs estiment que les jeux sont faits et qu’elles se
prononceront pour le statu quo. A l’image du Synode de l’Eglise évangélique
réformée du canton de Vaud (EREV)? Selon le chancelier du Synode, M. Cuendet, l’EREV n’a pas encore pris position. Le sujet est beaucoup moins
sensible à Lausanne qu’à Genève. Cette question se traite actuellement au
niveau de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS),
et l’EREV attend les conclusions du groupe qui s’en est chargé pour se
déterminer.
La FEPS étudie effectivement la question, confirme-t-on à Berne, au
siège de l’organe faîtier des Eglises protestantes. «Des discussions ont
lieu avec les cantons et notamment Genève. Il est vrai que les positions
varient sensiblement d’un endroit à l’autre. Les Romands sont en faveur
du maintien. Or tel n’est pas forcément le cas en Suisse centrale ou à
Zurich, en raison notamment de l’affaire Haas». La FEPS, précise-t-on encore, rencontrera en décembre une délégation de la Conférence des
évêques suisses (CES). «Nous y aborderons ce problème».
Quant aux évêques suisses, ils appellent de leurs voeux la création de
nouveaux diocèses afin d’alléger leur travail. Dans une intervention en
décembre 1994 lors de la Conférence de presse de la CES, Mgr Pierre Mamie, alors président de la CES, avait à nouveau brisé une lance en faveur
d’un redécoupage des diocèses suisses, nécessité par des charges pastorales en constante augmentation.
Pas étonnant dans ce contexte que des évêques démissionnent avant l’âge
pour raison de santé ou de fatigue, avait-il fait alors remarquer. Regrettant les résistances de certains chrétiens non catholiques à ces redécoupages, il avait demandé combien il allait encore falloir «user»
d’évêques avant de changer les frontières des plus grands diocèses, si
grands qu’ils rendent parfois la fonction épiscopale «inhumaine». (apicPierre Rottet)



