Suisse: La FEPS et la CES commentent «La Passion du Christ»

Un film dont «on peut se passer»

Fribourg, 19 mars 2004 (Apic) La Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) et le service d’information de la Conférence des évêques suisses (CES) ont publié vendredi leurs réflexions critiques sur le film de Mel Gibson après la sortie en Suisse du film «La Passion du Christ», un film «dont on peut se passer». Les Eglises dénoncent une violence inutile, et un film porteur d’un message non dénué d’antisémitisme.

Selon la FEPS et la CES, «La Passion du Christ» est un film «dont on peut se passer», qui ne devrait pas «être surévalué». Aux yeux des deux instances, historiquement, il n’est pas fiable et sur d’autres points il est problématique. Le rejeter en bloc n’est cependant pas approprié. Ce film, assurent-elles, est une oeuvre qui devrait être assez vite oubliée, quand la publicité médiatique extravagante sera passée. FEPS et CES soutiennent toutefois que l’un de ses effets positifs pourrait être «de pousser des êtres à se repencher sur les textes originels». Le film est sorti jeudi sur les écrans de Suisse alémanique, d’Allemagne et d’Autriche.

La FEPS et la CES estiment en outre qu’il n’y a rien à objecter à la mise en film de la Bible. «La Bible fait partie de la littérature du monde. L’Ancien et le Nouveau Testament ont souvent été utilisés comme sources de scénarios. «La Passion du Christ» de Mel Gibson s’insère dans cette tradition. Un film ne saurait pour autant, même s’il s’appuie sur des recherches historiques et suit étroitement la présentation littéraire de la Passion, prétendre être authentiquement historique».

Et de faire le constat suivant: «Les différents comptes-rendus de la Passion, dans les quatre évangiles eux-mêmes, ne prétendent d’ailleurs pas non plus la représenter comme elle était. Les récits contiennent des explications et accentuations théologiques et ne peuvent être lus comme une présentation de faits. «La Passion du Christ» est la mise en film de la littérature biblique et, en tant que telle, c’est un mélange d’interprétations, d’imagination, d’enjolivement, de simplification, de choix et de soulignements, élaboré avec les moyens techniques les plus modernes du 21e siècle. Dans ce sens, Mel Gibson ne peut prétendre être historiquement authentique».

Image réductrice du Christ

Théologiquement, écrivent la FEPS et la CES, il faut jauger le film à sa capacité ou son incapacité d’indiquer les arrière-plans théologiques et à travers eux le sens de l’autosacrifice, jusque dans la mort, de Jésus. «Le Christ est mort pour nous est au coeur de l’interprétation néotestamentaire de la souffrance et de la mort de Jésus-Christ. Que des êtres humains «détachés de l’Eglise», «déchristianisés» et sécularisés puissent comprendre ce message est plus qu’incertain. Le problème ici est par contre la réduction de l’image du Christ au Christ de la Passion. La Passion n’est pas l’unique visage de Jésus montré par les Evangiles: Jésus est aussi un grand enseignant et un interprète de la Tora, son message contient de fortes impulsions politiques et sociales, et de plus, il révèle un Dieu d’amour et de pardon. On peut se demander à qui sert vraiment une image du Christ aussi réductrice que celle qui est montrée dans le film».

Combien de violence?

Pour les deux instances, le film expose explicitement que la crucifixion était une forme bestiale de mise à mort. Elles y voient un élément positif dans tout cela: «Le rappel à la conscience que la croix n’est pas d’abord un symbole – si possible quelconque – dont on ne connaît pas l’origine, qu’on n’a d’ailleurs pas besoin de connaître, et qu’elle n’est certes pas un ornement, mais au contraire un instrument de torture et de mise à mort».

Quant à savoir si les scènes de violence exhaustives, au centre de ce film, sont vraiment nécessaires, cela constitue une autre question.

Antisémitisme

Reste la question de l’antisémitisme, rattachée à ce film par les milieux juifs: «Il y a antisémitisme quand sont acceptés et reproduits des stéréotypes racistes, qui se sont avérés efficaces et dangereux au cours de l’histoire. Même le simple fait de citer la Bible peut être antisémite. De ce danger le film n’est pas exempt non plus. Après la Shoa, certaines choses ne peuvent plus être dites, sans être simultanément commentées, situées et relativisées historiquement. L’argument selon lequel seules des citations bibliques ont été utilisées dans «La Passion du Christ» ne met pas à l’abri du reproche d’antisémitisme. Le vulgaire cliché «meurtriers du Christ» – les Juifs sont responsables de la mort de Jésus – n’a pas disparu à ce jour. Tout ce qui aujourd’hui appuie l’attribution d’une responsabilité collective aux juifs, doit être interdit en toutes circonstances, même lorsqu’il s’agit de citations de la Bible». (apic/com/pr)

19 mars 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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