Les fabricants d’ordinateurs font fi de leur responsabilité sociale

Suisse: Lancement de la campagne de carême des oeuvres suisses d’entraide

Lausanne, 27 février 2007 (Apic) Les entreprises Hewlett Packard, Dell, Acer, Apple, et Fujitsu Siemens sont accusées par les oeuvres suisses d’entraide de profiter du contexte mondialisé de la fabrication d’ordinateurs pour négliger leur responsabilité sociale.

Dans le cadre du lancement, mardi 27 février, de leur traditionnelle campagne de carême, l’Action de Carême et Pain pour le prochain ont commandé une étude exclusive sur les conditions de travail dans les usines de fabrication d’ordinateurs. Résultats atterrants: les droits du travail y sont quotidiennement bafoués dans les usines de sous-traitance.

Au moyen d’une «action-cartes», les oeuvres d’entraide exhortent les grandes marques d’ordinateurs à assumer leur responsabilité sociale pour que cesse l’exploitation de la main-d’oeuvre.

Un ordinateur est composé de plus de mille pièces provenant d’une dizaine d’entreprises, elles-mêmes dispersées dans plusieurs pays. Les usines d’où sortent ces composants n’appartiennent plus aux marques que l’on connaît. Ce sont de simples usines de sous-traitance. Les grandes marques, Hewlett Packard, Dell, Acer, Apple, et Fujitsu Siemens se défaussent ainsi sur elles de leur responsabilité sociale.

Les grands producteurs se défaussent sur les sous-traitants

Le corollaire pour les ouvriers/ères de l’électronique est sans équivoque: horaires déments, heures supplémentaires obligatoires, pression sur les salaires, exposition aux produits toxiques, absence de contrats de travail sont la norme plutôt que l’exception.

Selon Jenny Chan, coordinatrice de l’organisation non-gouvernementale de Hong Kong SACOM (Students & Scholars Against Corporate Misbehavior), certaines usines en Chine enrôlent même des enfants de moins de 16 ans. Comble de cynisme: «Ils les font travailler 1 heure 30 de plus par jour, non payée, pour compenser leur productivité plus faible que la normale!». Pour Chantal Peyer, responsable de la politique de développement à «Pain pour le prochain», «derrière l’écran de nos ordinateurs se cache une réalité d’un autre âge».

Une étude exclusive mandatée par les oeuvres d’entraide et réalisée par l’Institut de recherche SOMO (Centre de recherche sur les entreprises transnationales, une fondation néerlandaise pour la recherche sur les sociétés multinationales), le prouve: parmi les cinq principales marques d’ordinateurs vendues en Suisse, aucune ne peut garantir aujourd’hui que ses ordinateurs sont produits dans le respect des droits les plus élémentaires du travail.

Des codes de conduite à la mise en oeuvre lacunaire

Certaines entreprises ont certes adopté un Code de conduite, mais son contenu et sa mise en oeuvre demeurent lacunaires. Dans un contexte de compétitivité exacerbée, la pression sur les droits du travail est énorme.

Pour Huma Khamis de la Fédération romande des consommateurs (FRC), il est temps que les acheteurs suisses soient informés des conditions de fabrication de leurs ordinateurs. Pour la première fois, les associations de consommateurs présentent un tableau comparatif, à paraître dans la revue «J’achète mieux» no 350 de mars 2007, qui permet d’analyser le profil social des marques. «Une façon de créer une concurrence positive entre les entreprises et de les pousser à améliorer leur performance», a-t-elle souligné.

Avec le lancement de cette campagne, «Pain pour le prochain» et l’»Action de Carême» ne revendiquent pas le boycott des marques, mais préconisent un dialogue constructif. Par l’envoi de cartes, elles invitent les «consomm’acteurs» à demander aux firmes d’ordinateurs de reconnaître leur responsabilité auprès de leurs sous-traitants et de faciliter, dans les usines de production, la formation des travailleuses à leurs droits. En effet, insistent les oeuvres suisses d’entraide, «on ne peut faire valoir que les droits que l’on connaît!»

Cette «action-cartes» se trouve au coeur de la campagne nationale «Nous croyons. Tout travail doit respecter la dignité humaine», menée conjointement par l’oeuvre d’entraide catholique «Action de Carême», et par ses homologues protestant «Pain pour le prochain» et catholique-chrétien «Etre partenaires». Et de conclure: «Il est temps d’agir pour que, dans le monde, des êtres humains ne perdent plus leur vie à la gagner». (apic/com/be)

27 février 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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