Suisse: Lancement de la campagne œcuménique de carême «Civiliser l’argent»

En 40 ans, plus d’un milliard de francs récoltés pour la solidarité

Berne, 1er mars 2001 (APIC) Durant les quatre dernières décennies, les œuvres d’entraide suisses Pain pour le Prochain (protestante) et Action de Carême (catholique), qui fêtent justement cette année leur 40ème anniversaire, ont déjà récolté plus d’un milliard de francs. Investis dans des projets de développement à la base, dans les secteurs de l’économie informelle, bénéficiant aux plus pauvres, ils manifestent la solidarité chrétienne et humaine de la population suisse. Cet argent permet aussi de sensibiliser (»conscientiser») cette dernière aux injustices dans les relations Nord-Sud.

L’argent, «qui peut détruire la vie, peut être aussi source de vie», a précisé jeudi à Berne Christoph Stückelberger, secrétaire central de Pain pour le Prochain (PPP), lors du lancement de la campagne œcuménique de carême sur le thème «Civiliser l’argent». Cet argent, les œuvres d’entraide ne le démonisent pas: «L’argent, pour nous, ce n’est pas seulement Mammon; en effet, l’argent donne la sécurité, c’est pourquoi les pauvres en ont besoin!», a-t-il lancé. Le nouveau directeur de l’Action de Carême, Antonio Hautle, qui en était à son premier jour de travail officiel, a assuré que l’argent récolté durant la campagne serait géré par les œuvres d’entraide «de façon professionnelle, consciencieuse et éthique».

Durant les six semaines qui précèdent Pâques, l’Action de Carême (AdC) et PPP, en collaboration avec leur homologue catholique-chrétienne «Etre Partenaires», mènent la plus importante collecte de l’année pour des projets de développement. Pour récolter les 35 millions espérés, les deux œuvres d’entraide distribuent à travers la Suisse plus de 2 millions d’exemplaires de l’agenda de carême. Ces deux derniers mois, elles ont mis sur pied une quarantaine de réunions de préparation pour quelque 1’500 «multiplicateurs» venant notamment des paroisses.

Le thème de l’argent nous concerne tous

C’est que le thème de l’argent nous concerne tous: «Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une génération de boursicoteurs qui ne se posent plus de questions éthiques; installés devant leur écran, fascinés par les fluctuations des cours de la bourse, ils ne cherchent qu’un gain immédiat…Les grands spéculateurs font abstraction des êtres humains, quand ils décident de fusionner des entreprises au détriment de milliers de postes de travail, pour augmenter la valeur des actions», relèvent les œuvres d’entraide. Qui constatent que selon une étude de l’Université de Zurich d’octobre dernier, un Suisse sur trois place désormais son argent en bourse, soit deux fois plus qu’il y a 4 ans.

Face au pouvoir apparemment sans limites du capital financier transnational, l’AdC et PPP invitent la population à résister aux abus manifestes d’un «système qui fabrique des pauvres» et à orienter ses investissements vers des «placements éthiques», afin que son argent soit au service de la vie. La campagne interpelle également les Eglises – notamment les paroisses – et l’Etat, afin que leurs budgets soient respectueux des critères éthiques et écologiques.

Christoph Stückelberger l’a confirmé: PPP et AdC s’engagent en faveur d’une taxation des transactions financières internationales (sur le modèle de la Taxe Tobin). Il faut ralentir la circulation spéculative de l’argent – 2’000 milliards de dollars par jour circulent sur le marché des devises, seuls 3 à 8% sont liées à des activités productives! – , afin que cet argent contribue à promouvoir la vie. L’an dernier, AdC et PPP demandaient l’introduction d’un droit international d’insolvabilité pour désendetter les pays du Sud. Dans la même logique, tous deux plaident aujourd’hui pour la réglementation des marchés financiers, «de plus en plus déconnectés de l’économie réelle», dont l’instabilité, la volatilité et la tendance spéculative provoquent crises financières, restructuration d’entreprises et chômage massif.

Promotion des placements éthiques et écologiques

Dans le but de susciter un vaste débat, PPP et AdC organisent en Suisse romande une série de tables rondes sur les placements éthiques, tout en soutenant quatre initiatives de placements éthiques: la Banque alternative suisse (BAS), la Fondation Ethos (fonds de placement et caisses de pension), ACTARES (Actionnariat pour une économie durable), et SCOD-Oikocredit et ECLOF, deux instituts financiers engagés dans la solidarité Nord-Sud. De telles initiatives, proches de la société civile, jouent un rôle de pionnier et prouvent, aux yeux des œuvres d’entraide, qu’économie et développement durable, éthique et rentabilité, peuvent aller de pair.

Des billets de banque «solidaires»

Pour concrétiser leur slogan «Civiliser l’argent», AdC et PPP ont fabriqué de nouveaux billets de banque – qui ont dû rendre nerveuse la Banque nationale! – où l’on voit la Justice prendre la place de la fourmi sur les coupures de 1000 francs, le militant noir nord-américain Martin Luther King se substituer à Sophie Taeuber-Arp sur les billets de 50 francs ou Nelson Mandela remplacer l’architecte Le Corbusier sur les coupures de 10 francs. La Guatémaltèque Rigoberta Menchu, Prix Nobel de la Paix, remplace l’écrivain vaudois Charles Ferdinand Ramuz sur la coupure de 200 francs. Mais on trouve également des figures anonymes, comme une paysanne vietnamienne sur le billet de 20 francs ou un enfant africain sur le billet de 100 francs. Une façon de rendre hommage à ceux qui souffrent dans le silence, ignorés des médias.

Un bancomat fictif et animé – placé dans la rue ou dans les paroisses – , distribuera ces billets de banque portant au verso la biographie de ces personnages ayant œuvré pour la solidarité et la paix. Une façon originale d’entrer en conversation et de réfléchir ensemble à un autre usage de l’argent. (apic/be)

1 mars 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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