Suisse: Lancement samedi 7 juillet de la campagne «0,7 %, ensemble contre la pauvreté»
7.7.07 pour le 0,7%
Berne, 5 juillet 2007 (Apic) La campagne «0,7% – ensemble contre la pauvreté», portée par une soixantaine d’ONG et d’oeuvres d’entraide suisse, sera marquée samedi 7 juillet – sous le fameux slogan 7.7.07 pour le 0,7% – par une importante manifestation de soutien sur la Place fédérale de Berne, suivie d’une fête populaire. Il s’agit de faire pression pour augmenter l’aide publique au développement de la Suisse à 0,7% du PNB.
Outre plusieurs mini concerts, dont des prestations de Thierry Romanens et de Michel Bühler, en présence de l’ancienne Miss Suisse Mélanie Winiger, la manifestation verra également l’intervention de Mary Robinson, ancienne Haut-commissaire de l’ONU pour les droits humains, et de diverses personnalités politiques.
Un «wagon du 0,7%» partira de Genève vers Berne avec à bord une quarantaine de personnalités engagées dans la vie politique, associative et culturelle des cantons de Genève, Vaud, Valais et Fribourg. Ces personnalités seront rejointes à Berne par une quinzaine de représentants des cantons de Neuchâtel, du Jura et de la région du Jura Bernois.
De nombreuses oeuvres d’entraide, mouvements de jeunes, associations de protection de l’environnement comme le WWF, Greenpeace et Pro Natura, des organisations d’Eglises comme l’Action de Carême, Caritas, Pain pour le Prochain ou l’Entraide protestante, de défense des droits humains comme Amnesty International et syndicales comme l’Union Syndicale Suisse et Travail Suisse, envoient des délégués.
Réduire de moitié l’extrême pauvreté d’ici 2015
Le 7.7.07 est la mi-temps symbolique des Objectifs du Millénaire du Développement (ODM): ils ont été adoptés en 2000 avec pour but, d’ici 2015, de réduire de moitié l’extrême pauvreté et d’améliorer massivement l’accès à l’eau potable et aux infrastructures sanitaires, à la santé et à l’éducation.
Cette manifestation permettra de réactualiser une très «vieille» revendication avec pour objectif d’augmenter le budget de la Suisse consacré à la coopération au développement. «C’est un grand défi, un pas en avant de la société civile suisse, un risque calculé», estime Peter Niggli, directeur d’Alliance Sud, la plateforme regroupant 6 des plus importantes ONG suisses actives dans le domaine de la coopération. Peter Niggli souligne le grand fossé actuel entre le montant actuel de 0,4 % du PNB consacré à l’aide au développement et le 0,7 % que réclament depuis des années les oeuvres suisses d’entraide.
Peter Niggli relève que la promesse de porter l’aide suisse au développement à 0,7 % du PNB remonte à bien longtemps. L’ONU avait fait une telle demande en 1970 déjà. Depuis longtemps, seul cinq pays européens affectent plus du 0,7 % de leur PNB à la coopération au développement: la Suède, le Danemark, les Pays-Bas, la Norvège et le Luxembourg.
«Pour les autres, peu de choses ont été faites. Néanmoins, cette revendication a été réactualisée, depuis la ’Déclaration du Millénaire’ lancée par les Nations Unies», relève le directeur de l’Alliance Sud dans une interview accordée au journaliste Sergio Ferrari.
Dans la «Déclaration du Millénaire», les pays industrialisés ont promis d’augmenter leurs budgets de coopération. 5 ans plus tard, en 2005, les ministres des finances de l’Union Européenne ont franchi un pas supplémentaire en acceptant le chiffre de 0,7 % comme clause contraignante, devant être atteint d’ici 2015. Hormis les Etats européens, le Canada et le Japon ont accepté l’objectif de 0,7 %, mais sans fixer de délai.
Seuls, trois pays industrialisés ont clairement rejeté cet objectif: les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande et l’Australie. «Mais ils ont augmenté leur coopération et il faut reconnaître qu’ils ont fait des pas importants dans cette direction… C’est dans ce cadre international que le gouvernement suisse devra définir sa propre position».
L’actuelle campagne en Suisse vise à pousser le gouvernement suisse – compte tenu de la position des autres Etats européens – à augmenter le budget consacré à la coopération, dans le but d’avancer vers les Objectifs du Millénaire.
Quelle fut jusqu’ici la position de l’exécutif helvétique ? En 2005, lors de l’Assemblée générale de l’ONU, à New York, le président du Conseil fédéral Samuel Schmid annonça que le gouvernement va «envisager d’accroître, au-delà de 2008, le pourcentage qu’elle consacre à l’aide publique au développement de manière à augmenter sa part dans les efforts internationaux en la matière».
Même si cette déclaration était un peu vague, estime Peter Niggli, c’était tout de même une promesse faite à la communauté internationale. «De manière contradictoire, en novembre 2006, le Conseil fédéral a pris une autre décision: il a annoncé que toutes les dépenses de la Confédération, ces prochaines années, n’augmenteront que de 2 % (y compris la coopération au développement)».
Il n’y aura qu’une exception, l’éducation, vu la forte pression du législatif pour de meilleurs budgets. «Si cette décision de novembre 2006 est appliquée, d’ici à 2015 la Suisse va, en fait, diminuer sa contribution à la coopération…Nous pensons donc que c’est le bon moment pour lancer cette campagne. De plus, les élections fédérales auront lieu en octobre 2007 et nous pourrons ainsi présenter notre pétition à un nouveau parlement», insiste le directeur d’Alliance Sud.
Pour Peter Niggli, il existe des tendances politiques en Suisse qui voudraient diminuer le budget de la coopération. Le conseiller fédéral UDC Christophe Blocher voudrait même aller jusqu’à une coupe de 30 %. «Dans un tel cadre, il est important d’avoir un instrument, c’est-à-dire cette pétition qui demande une augmentation claire et ouvre le débat sur ce thème. Sans aucun doute, cette campagne suscitera un débat public sur la coopération au développement, si celle-ci sert à quelque chose ou non, sur les priorités, les conditions… Elle occupera une partie de la scène politique à partir de la seconde moitié de cette année et l’année prochaine». JB/SF
Encadré
Plus de 60 organisations de coopération, de défense de l’environnement, de femmes, de jeunes et des syndicats figurent parmi les promoteurs de cette initiative. UNITE (plateforme suisse pour l’échange de personnes en matière de coopération internationale) appuie cette campagne. Parmi ses 25 membres, 14 soutiennent directement la campagne: Aiuto Medico al Centro America, Mission de Bethléem (Immensee), Département missionnaire-Echange et mission, E-CHANGER, Eirene, Groupe Volontaires Outre-mer, Inter-Agire, Interteam, Mission 21, SolidarMed. Quatre autres – Armée du Salut, Interserve, Service missionnaire évangélique et Mission mennonite suisse – appuient la campagne via l’initiative Stop Armut 2015/Stop Pauvreté 2015. (apic/sf/be)



