L’abbé Bernard Genoud, un homme aux convictions affichées
Suisse: Le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg a un nouvel évêque
Fribourg, 18 mars 1999 (APIC) A 57 ans, le Veveysan Bernard Genoud, nouvel évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, est un homme aux convictions affichées sans complexes. «On prône l’écologie du corps, mais on est des pollueurs de l’âme», lançait-il sans détour il y a 5 ans lors de sa nomination comme supérieur du Séminaire diocésain à Villars-sur-Glâne.
Ce Fribourgeois du sud du canton fut le dernier prêtre enseignant au niveau gymnasial dans le canton de Fribourg, en tant que prof de philosophie et de sciences religieuses au Collège du Sud à Bulle, de 1976 à 1994. Musicien et philosophe, il se définit avant tout comme prêtre. Un prêtre attentif aux questions de la jeunesse, qu’il côtoie tout au long de sa carrière, comme prof au Collège du Sud puis au Séminaire diocésain. Des jeunes dont il a une vision positive et auxquels il a su transmettre sa simplicité et ses passions premières: l’amour de la vérité et de la beauté.
«Les jeunes sont francs, ils osent dire qu’ils ne sont pas d’accord», déclare-t-il à l’APIC lorsqu’il devient supérieur du Séminaire. Des jeunes qu’il perçoit tout de même comme plus vulnérables que par le passé. «Ils sont plus fragiles parce que soumis à un matraquage de la part des médias et de la société de l’argent… Si l’on n’a pas de structure personnelle forte, on est happé».
Redécouvrir une morale basée sur la nature, pour une écologie de l’homme
D’où pour l’abbé Genoud, qui fut élève du cardinal Journet, la nécessité de redécouvrir une morale basée sur la nature et les droits de l’homme: «La philosophie n’a jamais été aussi importante qu’aujourd’hui, la morale naturelle est à mon avis la seule façon de s’entendre entre croyants, incroyants, agnostiques ou croyants d’autres religions. C’est une sorte de consensus de culture sur les valeurs fondamentales».
Le recteur du Séminaire diocésain n’est pourtant pas l’homme du consensus mou, car l’amour ne va pas sans effort. Pour lui, il faut montrer la couleur, savoir exiger: «Les droits et les devoirs sont les enfants jumeaux de la nature. L’un des dangers les plus forts de l’époque contemporaine et qui menace les jeunes est la perte du sens métaphysique des natures. Cependant, il y a de façon cachée, dans l’écologie par exemple, un instinct métaphysique: on ne peut pas faire n’importe quoi avec la nature, elle a des droits et elle les réclame. Il faut maintenant aller jusqu’au bout de l’écologie pour aboutir à une écologie de l’homme.»
Transmettre la foi de l’Eglise, «pas ses petites idées personnelles»
Dans une formule choc, mais qui résume bien sa pensée, le professeur de philosophie insiste: «On prône l’écologie du corps, mais on est des pollueurs de l’âme. Il faut reconnaître à Dieu le droit d’être reconnu comme tel.» Au niveau théologique, le nouvel évêque prône la solidité théologique qui permet de transmettre la foi de l’Eglise «et non pas ses petites idées personnelles». Interrogé sur le célibat des prêtres, l’abbé Bernard Genoud y voit «un signe de contradiction pour le monde» qu’il ne faut pas jeter aux orties. «Le célibat doit être un signe qui manifeste la présence de Dieu. Il montre qu’il y a des gens qui ne ’carburent’ ni au sexe, ni au fric, ni au prestige.» Et de relever que le célibat des prêtres n’est guère compris, car il est socialement improductif. Sa justification n’est pas une question de disponibilité – ce serait faire injure aux pasteurs protestants mariés – mais la démonstration que Dieu est assez réel pour motiver totalement la vie d’un homme ou d’une femme.
Ordination d’hommes mariés, une question à résoudre au niveau de l’Eglise universelle
Quant à l’ordination d’hommes mariés, l’abbé Genoud ne l’exclut pas d’emblée, mais considère qu’elle n’est pas la solution à tous les problèmes. Il s’agit là de plus d’une décision de l’Eglise universelle, qui ne peut être laissée à l’arbitraire d’une Eglise locale. Le principe pourrait être celui des Eglises orientales – adopté aussi par les catholiques de rite oriental – à savoir que l’on reste dans l’état dans lequel on est au moment de son entrée dans le sacerdoce. On ordonne donc dans ces Eglises également des hommes mariés.
L’ordination des femmes ? L’abbé Genoud constate là «une confusion assez grave entre le service et le pouvoir». Pour lui, il faut en revenir à la notion d’appel universel à la sainteté, et à partir de là, les ministères ordonnés sont uniquement des services. «La grandeur dans la hiérarchie n’a rien à voir avec la grandeur dans la sainteté personnelle de l’ordonné (…) Si le Christ avait voulu le sacerdoce des femmes, Marie en aurait été beaucoup plus digne que les apôtres.»
Pour un plus grand engagement des laïcs
Pour le directeur du Séminaire, qui est également responsable de la formation des diacres permanents, le manque de prêtres et la crise des vocations ne changent rien à cette question. Par contre, ils postulent un plus grand engagement des laïcs – beaucoup de tâches dans l’Eglise peuvent et doivent leur être confiées – et le développement du diaconat permanent, en montrant bien la dimension ordonnée du diacre. «Il n’est pas question d’en faire des prêtres au rabais ou d’y voir un antidote à l’ordination d’hommes mariés: il s’agit là d’une vocation propre, tout à fait spécifique». (apic/mp/be)



