Suisse: le Parti Evangélique élabore une «Charte des communautés religieuses»

Face à la diver­sité crois­sante des reli­gions en Suisse et afin de promouvoir le dialogue et la coexistence pacifique, le Parti Evangélique Suisse (PEV) a présenté à Berne le 22 août 2019 une «Charte des communautés religieuses». Les diverses com­mu­nau­tés sont invitées à la signer pour montrer leur volonté d’intégration.

L’objectif de ce document de quatre pages est de donner une réponse en matière de poli­tique reli­gieuse aux défis qui accom­pagnent la diver­sité religieuse croissante qui caractérise le pays. Le Parti relève que le nombre de com­mu­nau­tés reli­gieuses non chré­tiennes aug­mente en Suisse du fait des migra­tions. Avec cette Charte, le PEV lance une base de dis­cus­sion concrète pour une coexis­tence paci­fique entre les com­mu­nau­tés reli­gieuses en Suisse.

Pour la coexistence religieuse

A moins de deux mois des élections fédérales du 20 octobre 2019 et à l’occasion de la Jour­née inter­na­tio­nale de com­mé­mo­ra­tion des per­sonnes vic­times de vio­lences en rai­son de leur reli­gion ou convic­tions, le Parti Evangélique Suisse a pré­senté sa vision de la coexistence religieuse.

L’influence des Eglises natio­nales s’amenuise, constate le PEV, tan­dis que de nom­breuses Eglises libres connaissent une crois­sance signi­fi­ca­tive. En même temps, le nombre de com­mu­nau­tés reli­gieuses non chré­tiennes aug­mente, ce qui sus­cite un sen­ti­ment d’insécurité, un scep­ti­cisme et des craintes au sein de la popu­la­tion.

Recon­naître les valeurs en vigueur dans la société

Marianne Streiff, pré­si­dente du PEV, explique pourquoi cette Charte a été éla­bo­rée: «Il est néces­saire d’avoir des lignes de conduite pour la coha­bi­ta­tion des dif­fé­rents groupes reli­gieux, afin de per­mettre un dia­logue d’égal à égal et d’assurer une coexis­tence et une col­la­bo­ra­tion paci­fiques dans une société plu­ra­liste».

«La Charte donne la pos­si­bi­lité aux com­mu­nau­tés reli­gieuses de se recon­naître publique­ment dans les valeurs de notre société et dans notre sys­tème juri­dique, et de sus­ci­ter ainsi l’acceptation et la confiance». C’est là, souligne Marianne Streiff, une des inten­tions de la Charte des com­mu­nau­tés reli­gieuses.

Des communauté réticentes

Par leur signa­ture, les com­mu­nau­tés reli­gieuses pour­raient ainsi témoi­gner qu’elles sont dis­po­sées à s’intégrer acti­ve­ment dans la société. «Mais en même temps, la Charte peut aussi contri­buer à mettre en évi­dence les com­mu­nau­tés qui ne sou­haitent jus­te­ment pas s’intégrer dans notre société, parce que leur concep­tion du monde n’est pas com­pa­tible avec nos prin­cipes de coha­bi­ta­tion», com­plète la dépu­tée cantonale de Bâle-Campagne Andrea Heger.

La dignité humaine est la base de départ de la Charte. Celle-ci se concentre sur les droits et les obli­ga­tions qui sont asso­ciés à la liberté reli­gieuse. Tous les droits vont de pair avec l’obligation de les accep­ter aussi pour autrui.

Matthias Inniger, expert religieux à Berne | DR

Contre les appels à la haine

«La Charte a donc éga­le­ment un effet pré­ven­tif, dans le sens où les com­mu­nau­tés reli­gieuses s’engagent d’une part à don­ner la prio­rité au dia­logue comme approche pour résoudre les conflits, et d’autre part à s’opposer aux appels à la haine», a expliqué Marc Jost, député au Grand Conseil ber­nois.

Contrai­re­ment à beau­coup d’autres docu­ments du même genre, la Charte per­met et recon­naît la diver­sité des com­mu­nau­tés – éga­le­ment au sein d’une confes­sion. Elle attache ainsi de l’importance au dia­logue intra religieux, et pas seule­ment au dia­logue inter­re­li­gieux. Le seul cri­tère pour adhé­rer à la Charte est d’être dis­po­sé à s’engager à res­pec­ter ses prin­cipes direc­teurs.

Une pres­ta­tion poli­tique pion­nière

La Charte thé­ma­tise aussi les ques­tions de pou­voir ou la prise en charge pro­fes­sion­nelle des per­sonnes dans le besoin, par exemple dans l’aumônerie, ainsi que l’aspect de la trans­pa­rence dans la direc­tion et les finances.

 

«La Charte est une pres­ta­tion poli­tique pion­nière qui pro­meut une approche prag­ma­tique et déten­due de la ques­tion reli­gieuse dans le pays», selon l’expert des reli­gions Mat­thias Inni­ger, à Berne.

Pour le PEV, la pro­chaine étape consis­tera à remettre le projet de Charte pré­senté le 22 août à une asso­cia­tion ou à un groupe d’experts à dési­gner, qui ras­semble des per­sonnes repré­sen­tant dif­fé­rentes reli­gions et com­mu­nau­tés reli­gieuses. Ce groupe devra dis­cu­ter de la Charte, la déve­lop­per et en être dépo­si­taire à l’avenir.  (cath.ch/com/be)

Conférence de presse du PEV: de g. à dr. Matthias Inniger, expert religieux, Marianne Streiff, conseillère nationale, Marc Jost, député au Grand Conseil bernois, Andrea Heger, députée à Bâle-Campagne | PEV
22 août 2019 | 15:09
par Jacques Berset
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