Le discours de Sarkozy relance le débat en Suisse

Suisse: Le PDC examine avec d’autres la possibilité d’interdire la burka

Berne, 24 juin 2009 (Apic) La discussion actuelle sur la burka – le voile islamique intégral – a été relancée en Suisse après le discours de Nicolas Sarkozy devant les députés et sénateurs français réunis lundi en congrès à Versailles (*). Le président français a estimé que la burka est un signe «d’asservissement» de la femme et ne sera «pas bienvenue sur le territoire de la République». Des représentants de divers partis politiques en Suisse, dont des représentants du parti démocrate-chrétien (PDC), examinent la possibilité d’interdire la burka.

Des parlementaires à Berne veulent déposer une nouvelle motion allant dans le sens d’une interdiction. Début 2007, le Conseil fédéral avait refusé l’interdiction du port de la burka dans les espaces publics «au nom de la liberté religieuse» inscrite dans la Constitution suisse. Le conseiller national Christophe Darbellay, président du PDC Suisse, avait demandé au gouvernement s’il voulait interdire le voile islamique intégral. Contrairement au voile islamique, la burka cache entièrement le visage et recouvre tout le corps.

Le Conseil fédéral, rejetant cette interpellation, avait relevé que de nombreux musulmans pratiquants déduisent du Coran l’obligation religieuse pour les femmes de couvrir leur corps et leur tête. Pas question donc de restreindre la liberté religieuse. A moins qu’il y ait une base légale ou qu’un intérêt public ou la protection d´un droit fondamental d’autrui le justifie. Il faut toutefois que la restriction soit proportionnée et que l’essence de la liberté religieuse demeure intacte, avait alors précisé le gouvernement. Qui estimait qu’une interdiction générale du port de la burka dans les espaces publics ne répondait pas à ces critères.

Aujourd’hui, a déclaré à l’agence Apic Marianne Binder, porte-parole du Parti, le PDC songe à déposer une nouvelle motion parlementaire. Une telle démarche pourrait obtenir le soutien des socialistes et de l’Union démocratique du centre (UDC). Ainsi, pour Julia Gerber-Rüegg, co-présidente des Femmes socialistes suisses, citée par le site internet de l’hebdomadaire gratuit «20 Minuten», la burka va à l’encontre du droit des femmes à l’autodétermination. Elle dégrade la femme en la transformant en «objet sexuel», étant donné qu’elle symbolise la prétention du pouvoir de l’homme sur la femme.

Claudine Esseiva, secrétaire générale des Femmes radicales suisses (PLR), estime pour sa part que l’on doit garantir les droits des femmes, quel que soit leur arrière-plan culturel. Marianne Binder déplore qu’au nom de la liberté religieuse, le gouvernement fédéral leur «enfonce toujours un sac sur la tête». Hisham Maizar, président de la Fédération des organisations islamiques faîtières de Suisse (FOIS), a par contre défendu la burka, affirmant qu’une interdiction serait une atteinte à la liberté personnelle et une atteinte à la liberté religieuse. Ce n’est pourtant pas l’avis de Saïda Keller-Messahli, présidente du Forum pour un Islam progressiste (FFI), qui déclare que plus vite, on sacrifiait de petits enfants au nom de la religion, et aujourd’hui, des hommes forcent les femmes à porter la burka au nom de l’islam. JB

(*) L’organisation américaine de défense de droits de l’homme Human Rights Watch (HWR) a estimé ce mardi que l’éventuelle interdiction en France du voile islamique intégral «violerait les droits humains». «Interdire la burka n’apportera pas la liberté aux femmes», a ainsi déclaré le directeur du bureau de Paris de HRW, Jean-Marie Fardeau. (apic/gs/job/be)

24 juin 2009 | 16:23
par webmaster@kath.ch
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