Suisse: Le peuple accepte la légalisation de l’avortement à plus de 70%

«Ce qui est permis par la loi n’est pas forcément moral»

Berne, 2 juin 2002 (APIC) L’avortement sera autorisé, en Suisse, sur demande de la mère, durant les 12 premières semaines de grossesse. Le peuple suisse appelé aux urnes le 2 juin a accepté l’autorisation de l’interruption de grossesse à près de 70%. Il a rejeté l’initiative anti- avortement «Pour la Mère et l’enfant» à 80%. Les évêques suisses «déplorent profondément l’approbation par les citoyennes et citoyens du régime du délai». Cette loi ouvre la porte à de nouvelles atteintes au respect de la vie, tant à son début qu’à sa fin, affirme la Conférence des évêques suisses, qui rappelle dans un communiqué que «ce qui est permis par la loi n’est pas forcément moral».

Seuls Appenzell Rhodes-Intérieures et le Valais refusent le régime des délais, avec un peu plus de 54% de non. Tous les autres cantons l’acceptent. Le taux atteint respectivement 82, 85 et 88% de oui à Bâle- Ville, à Neuchâtel et à Genève.

Le Conseil fédéral proposait une modification du Code pénal en vue d’une dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Mais ce projet s’est heurté à un double référendum, qui ont entraîné la soumission de l’objet à la votation populaire. Le premier provenait du PDC. Les démocrates-chrétiens estimaient que le projet de révision ne protège pas assez la vie à naître. Le deuxième référendum était issu, lui, de milieux hostiles à toute idée d’avortement.

L’initiative populaire dite «Pour la mère et l’enfant», quant à elle, a été balayée. Le texte proposait d’interdire l’avortement si la vie de la mère n’est pas en danger. Même en Valais, canton qui a rejeté le régime des délais, le non atteint près de 68%. Genève enregistre plus de 88% de rejet, Neuchâtel plus de 86%. «Ainsi, un des droits de l’homme, en l’occurrence le droit à la vie, sera confiée à la conscience privée», commente «Aide suisse pour la mère et l’enfant». «Nous sommes vraiment tristes», a déclaré Barbara Güpfert, membre du comité d’initiative. «Un droit humain essentiel sera bafoué à l’avenir, estime-t-elle. «L’enfant qui n’est pas né ne sera plus protégé et la femme en situation de détresse devra rester seule».

Pour sa part, le Parti démocrate chrétien (PDC) prend acte du résultat. Il regrette toutefois que le droit à l’autodétermination de la femme devienne plus important que celui de la vie à naître.

Une porte ouverte à de nouvelles atteintes au respect de la vie

La Conférence des évêques suisses (CES), dans un communiqué diffusé le 2 juin, «déplore profondément l’approbation par les citoyennes et citoyens du régime du délai». «Le fait de pouvoir désormais supprimer impunément la vie humaine à naître pendant les douze premières semaines de grossesse ouvre la porte à de nouvelles atteintes au respect de la vie, tant à son début (avortement jusqu’à la naissance, élimination des foetus porteurs de handicaps, etc.) qu’à sa fin (euthanasie)», estiment les évêques suisses.

«Tout ce qui est permis par la loi n’est pas forcément moralement admissible», souligne la CES, qui rappelle que «pour l’Eglise catholique l’avortement représente une atteinte fondamentale au commandement de Dieu: Tu ne tueras pas!» :

«Il ne s’agit pas de culpabiliser les chrétiens, femmes et hommes», affirment les évêques, «mais de les placer face à leurs responsabilités». Et de rappeler que «les valeurs fondamentales telles que le respect de la vie humaine – valeurs qui sont présentes dans toutes les religions -, ne peuvent varier selon l’air du temps». «L’Eglise continuera à s’engager, à temps et à contretemps, pour la promotion et la protection de ces valeurs», soutient le communiqué.

Mais, pour les évêques, prôner simplement une interdiction de l’interruption de grossesse ne suffit pas: «Il faut que notre société, qui clame haut et fort qu’elle souhaite – malgré le signal contraire du régime du délai – réduire au maximum le nombre d’avortements (!), se dote d’urgence des moyens permettant la réalisation de ce voeu pieux. De nouveaux chemins doivent être trouvés afin d’apporter l’aide nécessaire aux femmes en situation difficile et de soutenir effectivement les familles».

«De la part de l’Etat, poursuit le communiqué, résoudre la détresse morale ou financière des femmes enceintes et des mères en supprimant purement et simplement l’origine du ’problème’, c’est-à-dire l’enfant à naître, est irresponsable. En revanche, prendre des mesures courageuses visant à apporter le soutien de la société envers les personnes dans le besoin, est la bonne manière d’aborder la question».

Pour des mesures de protection de la famille

Les évêques suisses demandent «instamment au gouvernement et au parlement d’empoigner résolument le problème et d’étudier toutes les solutions possibles, à savoir un ensemble de mesures légales d’accompagnement en faveur des femmes concernées et de la protection de la famille: assurance maternité, congé maternité, allocation pour enfants, crèches, réduction des primes de l’assurance-maladie, allègements fiscaux, etc».

Les évêques suisses rappellent que l’Eglise agit elle aussi dans ce sens, «dans la mesure de ses moyens, bien plus modestes que ceux de l’Etat». De nombreuses associations ecclésiales ou proches de l’Eglise, catholiques ou oecuméniques, petites ou grandes, sont à l’écoute des femmes et des couples dans le doute ou le besoin, et viennent en aide matériellement dans les cas de détresse.

Mgr Denis Theurillat, évêque auxiliaire à Bâle, interrogé par l’APIC, s’est dit «très surpris et déçu du résultat». S’il s’attendait un peu à ce que la légalisation de l’avortement soit acceptée, il affirme que l’ampleur du vote «l’interroge». «Ce résultat nous invite à poursuivre l’appel au respect de la vie humaine. La Conférence des évêques suisses va se faire un devoir d’écouter encore plus les appels des femmes et des couples en situation de désarroi», soutient Mgr Theurillat. «Et nous continuerons d’insister sur le soutien et la protection de la famille».

Des dispositions applicables, pour le Conseil de la FEPS

Pour sa part, le Conseil de la Fédération des Eglises Protestantes de Suisse (FEPS), qui soutient le régime des délais «salue le fait que l’acceptation de la révision du Code pénal sur la question de l’interruption de grossesse permette la mise en vigueur de dispositions légales réellement applicables». Le Conseil de la FEPS estime dans un communiqué que «la nouvelle réglementation respecte et protège la décision, prise en conscience, de la femme qui a fait valoir une situation de détresse».

Le Conseil insiste cependant sur le fait que «les conditions générales de politique de la famille doivent être encore améliorées pour exclure les interruptions de grossesse pour raisons sociales ou financières». Et de citer notamment le développement et soutien des bureaux de consultation, l’encouragement de conditions d’emploi favorables à la famille, la réalisation d’une assurance maternité équitable, des mesures de lutte contre la paupérisation progressive de familles et des possibilités de garde pour les enfants.

Le Conseil de la FEPS en appelle à ce que «les soignants et des médecins qui refusent pour raisons personnelles et éthiques de procéder à des interruptions de grossesse» ne subissent «aucun préjudice professionnel». (apic/com/bb)

2 juin 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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