Suisse: Le Prix catholique de la communication 2000 décerné à Michel Bavarel
40 ans de journalisme engagé, un «témoin» récompensé
Fribourg, 9 juin 2000 (APIC) Le journaliste genevois Michel Bavarel, 60 ans – dont 40 de journalisme! – a reçu vendredi à l’Université de Fribourg le Prix catholique de la communication 2000 décerné par la Commission des médias de la Conférence des évêques suisses. Ce prix de 4000 francs remis par Mgr Bernard Genoud, «évêque des médias» pour la Suisse romande, récompense un journaliste socialement engagé, véritable «avocat des pauvres», pour reprendre les mots du Jury présidé par Georg Rimann, rédacteur en chef du bulletin de paroisse «Forum» de Zurich.
La Commission entend ainsi récompenser l’engagement du lauréat pour faire connaître en Suisse les problèmes des pays du Sud. Depuis quatre décennies, Michel Bavarel, ancien journaliste de radio, a été le porte-parole infatigable des pauvres et des exclus, tant en Suisse que dans le tiers monde. Chaque année en reportage dans les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, grâce à ses articles et ses livres, il a grandement contribué à faire connaître des visages du Sud et des personnalités comme les évêques latino-américains Dom Helder Camara, Oscar Romero ou Samuel Ruiz et d’autres témoins de l’Evangile moins connus, comme le Père Alfredinho Kunz, dans le Nordeste brésilien.
Répétant «le merci de toute l’Eglise de ce pays pour les valeurs que vous servez si bien», Mgr Genoud a également remis une mention au journaliste protestant Cyril Dépraz, au nom de la Commission, et à sa collègue absente Nathalie Baud. Cette mention veut distinguer la série d’émissions à la Radio Suisse Romande «Figures croyantes du XXe siècle: Ils ont marché sur la terre», produites par le Service protestant de Radio et le Centre Catholique de Radio et Télévision dans le cadre de leur collaboration œcuménique.
Un «prix d’humanité»
Georg Rimann a souligné que le Prix décerné à Michel Bavarel ne récompense pas seulement l’excellence de son travail professionnel de journaliste, mais aussi la mise en pratique du message chrétien par son engagement social concret, à la base, notamment avec les réfugiés. Le journaliste zurichois lui aurait volontiers donné également un «prix d’humanité».
Dans le même registre, Charles Ridoré, secrétaire romand de l’Action de Carême, a confirmé que ce Prix n’est pas seulement la reconnaissance de qualités professionnelles indéniables d’un journaliste «convaincu, talentueux et engagé», mais également un hommage aux valeurs dont Michel Bavarel a rendu témoignage ces 40 dernières années. Il a ensuite mis en exergue les talents de vulgarisateur et de pédagogue de son collègue – M. Bavarel rédige le calendrier de l’Action de Carême – qui possède l’art de mettre à la portée du grand public les thèmes les plus compliqués. Au terme «d’avocat des pauvres» utilisé par la Commission des médias, Charles Ridoré préfère employer pour M. Bavarel celui de «témoin». Ce dernier en effet ne se contente pas d’écrire sur les pauvres et les exclus de Suisse et d’ailleurs, il s’engage personnellement. «Si l’avocat garde une certaine distance par rapport à son client, le témoin vit dans la proximité, la complicité, il a de l’empathie pour ceux et celles en faveur desquels il témoigne!»
Montrer ce que les pauvres ont de beau et de grand
Michel Bavarel a tenu à préciser que le titre d’»avocat des pauvres» l’avait lui aussi laissé sceptique. Il préférait volontiers celui de «témoin», car tout au long de ces années, le journaliste genevois a plutôt cherché à montrer ce que les pauvres ont de beau et de grand. Il a voulu faire connaître «leur extraordinaire résistance», notamment «l’héroïque courage des femmes simplement pour maintenir leur famille», leur sens de l’accueil et de la fête. Il a aussi rappelé que s’il y a des pauvres – «ou plutôt des appauvris!» – c’est en partie parce qu’il y a des riches, «ou plutôt des enrichis» qui souvent accaparent, exploitent et excluent. Fustigeant l’injustice qui domine dans le monde, rappelant la maladie, les bidonvilles, la destruction de la nature et la faim dont il a été souvent témoin, il se dit que «ce ne sont pas les pauvres qui ont besoin d’avocats pour les défendre, mais bien les riches… et peut-être sans doute nous-mêmes qui nous résignons d’autant plus facilement face à cet état de fait qu’il nous est plutôt favorable. Du moins dans le court terme, parce que dans le long terme, je crois que nous sommes tous perdants!».
Journaliste protestant honoré: «signe encourageant d’œcuménisme»
Cyril Dépraz a également dit sa joie de recevoir la mention spéciale du Jury de la Commission des médias de la Conférence des évêques suisses, soulignant qu’il s’agit là d’un «signe encourageant d’œcuménisme». Il a saisi l’occasion de la cérémonie à la Salle du Sénat de l’Université pour lancer un cri du cœur. Il s’est dit indigné par la campagne de publicité exploitant, au profit d’une assurance dépendant du Crédit Suisse, l’image du Prix Nobel de la Paix Mgr Desmond Tutu, ancien archevêque anglican du Cap. Cette publicité utilise sans honte – «sans doute sans son accord» – une citation de ce militant antipartheid de premier plan sur «les risques de la foi». «Quand on connaît l’attitude des banques suisses par rapport à l’apartheid, quand on sait l’arrogance de ces mêmes banques qui refusent aujourd’hui encore de recevoir le successeur de Desmond Tutu pour discuter de la dette de l’apartheid, j’ai trouvé cela tout à fait écœurant!» (apic/be)




