Suisse: Les démocrates-chrétiens suisses favorables à une aide au suicide

Mais pour empêcher le «tourisme de la mort» en Suisse

Berne/Zürich/Fribourg, 15 août 2008 (Apic) La direction du parti démocrate chrétien suisse (PDC) est favorable à ce qu’une aide au suicide «pour des motifs respectables» reste possible en Suisse. Le PDC s’oppose par contre fermement au «tourisme de la mort» en Suisse.

Un document intitulé «Non au tourisme de la mort», adopté le 13 juin dernier par la présidence du part, est désormais en consultation auprès des sections cantonales, rappelle le PDC. La conseillère nationale Ida Glanzmann, vice-présidente du PDC suisse, attend du Département fédéral de justice et police qu’il élabore une réglementation efficace pour empêcher le «tourisme de la mort» en Suisse, par exemple en introduisant un délai de résidence obligatoire.

Dans son document, le PDC affirme que seule une personne domiciliée depuis une année au moins en Suisse doit pouvoir bénéficier d’une aide au suicide. Le parti démocrate chrétien est cependant d’avis que l’aide au suicide doit rester autorisée, car elle est ancrée dans la société et bénéficie déjà d’une longue tradition. L’article 115 du Code pénal suisse précise d’ailleurs que «s’il manque le mobile égoïste, l’aide au suicide n’est pas punie».

Ainsi, pour le PDC, l’assistance au suicide doit dans tous les cas être désintéressée et la personne qui aide à mourir ne doit pas accepter un héritage du défunt. Les organisations d’aide au suicide doivent être surveillées par l’Etat et soumises à autorisation et ne doivent pas pratiquer dans des quartiers résidentiels. La ministre de justice Eveline Widmer-Schlumpf est chargée de rédiger un rapport qui devrait être prêt au début de l’année prochaine.

Divergences au sein du PDC, étonnement du Parti évangélique, son allié

Au sein de la fraction parlementaire du PDC, les positions sur la question sont divergentes: le conseiller national lucernois Pius Segmüller, ancien commandant de la Garde suisse au Vatican, a déclaré au portail internet «Newsnetz.ch» qu’un parti qui s’appelle démocrate chrétien ne peut pas tolérer l’aide au suicide. La conseillère nationale zurichoise Barbara Schmid-Federer, quoique membre du présidium du PDC, refuse cependant l’aide au suicide à titre personnel, estimant que cela ne va pas avec sa vision chrétienne de l’homme.

Bien que le Parti évangélique suisse (PEV) forme avec le PDC un groupe parlementaire sous la Coupole fédérale au cours de la nouvelle législature, le PEV est pour l’interdiction de l’assistance au suicide, comme l’a demandé en juin dernier son conseiller national zurichois Ruedi Aeschbacher. Jeudi 14 août, dans une prise de position, le PEV a répété que l’aide au suicide doit être interdite et que l’Etat doit au contraire contribuer à développer les soins palliatifs. Le partenaire du PDC se dit particulièrement déçu de la position des parlementaires fédéraux démocrates chrétiens à propos de l’aide au suicide.

Le document «Non au tourisme de la mort» a été envoyé à la Conférence des évêques suisses (CES) par le président du PDC, Christophe Darbellay, mais il n’a encore reçu aucune réponse, étant donné la période de vacances. La CES va cependant très prochainement réagir, a déclaré à Newsnetz.ch l’abbé Felix Gmür, secrétaire général de la CES.

Les évêques suisses sont totalement opposés

Dans une prise de position publiée le 8 juillet dernier sous le titre «Pas de légitimation étatique pour les organisations d’assistance au suicide», l’évêque de Bâle, Mgr Kurt Koch, président de la Conférence des évêques suisses (CES), affirmait que «celui qui respecte la vie et la dignité humaine ne peut pas approuver le suicide et encore moins l’encourager».

Les évêques suisses, peut-on lire dans le communiqué, rejettent toute tentative d’ancrer dans la loi une assistance au suicide organisée et commerciale. Selon le président de la CES, une assistance au suicide organisée contredit non seulement la vision chrétienne de la personne humaine, mais aussi la vision définie dans la Constitution fédérale. «Pour cette raison, le Conseil fédéral a constaté que le législateur doit agir. Mais l’éventuelle introduction envisagée par le Conseil fédéral d’exigences minimales en matière de diligence et de conseils aux patients est inacceptable pour les évêques suisses». JB/BOS

Encadré

Un arrêt inquiétant du TF

Dans un arrêt du 3 novembre 2006, le Tribunal fédéral (TF) a admis que les personnes atteintes de troubles psychiques peuvent aussi avoir recours à une assistance médicale au suicide, comme les autres malades. La Commission de Bioéthique de la Conférence des évêques suisses (CES) avait alors jugé «très inquiétant» cet arrêt. Elle constatait cependant qu’il est «l’aboutissement logique» d’une attitude trop libérale en matière d’aide au suicide en Suisse.

Pour la CES, l’arrêt du TF est inquiétant, car chez les personnes souffrant de maladies psychiques, la demande de suicide est souvent l’expression de pathologies psychiques (surtout chez les personnes d’âge gériatrique): il semble à beaucoup de psychiatres que l’autonomie du malade est fortement diminuée, ainsi que sa capacité de discernement. De toute manière, estimait alors la CES, les professionnels eux-mêmes ne souhaitent pas évaluer de telles demandes d’assistance au suicide. En général, sauf aux Pays-Bas, pays extrêmement libéral dans ce domaine, il n’est pas recommandé d’entrer en matière. Par ailleurs, en Suisse, cela posera le problème de l’intervention d’associations d’aide au suicide, telles que «Exit» ou «Dignitas», dans les hôpitaux psychiatriques. L’arrêt du TF est en ce sens très inquiétant, insistait la CES. (apic/job/be)

15 août 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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