Unité, religion, migration, création, justice et paix

Suisse: Les Eglises sont parties à Sibiu avec des propositions dans les bagages

Fribourg, 5 septembre 2007 (Apic) Les délégués suisses sont partis mardi pour la 3ème Assemblée oecuménique européenne à Sibiu en Roumanie. Dans leurs bagages se trouvent des propositions créatives au sujet des thèmes suivants: unité des Eglises, spiritualité, témoignage, migration, Europe, religion, création, justice et paix.

Les propositions et points de vue ont été élaborés lors de plusieurs rencontres en Suisse, dernièrement le 18 août à Olten, communique la Communauté des de travail des Eglises chrétiennes en Suisse (CTEC) dans un message signé de sa secrétaire générale Christiane Faschon. Les textes sont conçus comme des contributions destinées à l’échange qui aura lieu à Sibiu, ils ne constituent pas moins une base de discussion sur l’état du chemin oecuménique dans notre pays, précisent leurs auteurs.

L’Europe est une réalité plus large que l’Union européenne, soulignent les délégués. Ils se posent donc la question de «l’identité chrétienne» de l’Europe, précisément dans un moment où les Eglises, tout en constituant plutôt des minorités, sont tout de même une partie intégrante de la culture européenne. Il s’agit d’éclaircir ces questions sur l’identité européenne, c’est un terrain où les Eglises sont attendues au détour.

Les délégués constatent que les motifs de ressemblance des Eglises chrétiennes sont amplement inconnus en Suisse. Ils souhaitent une meilleure information à tous les niveaux (paroisses, aumôneries) concernant en particulier la Charta oecumenica. Quant à la reconnaissance mutuelle du baptême, les Eglises suisses ont fait oeuvre de pionniers, estime la CTEC.

Pour une date commune de la Fête de Pâques

Le groupe Spiritualité s’engage pour une mise en commun de la date de Pâques pour toutes les confessions. En regardant la tradition spirituelle des Eglises orthodoxes, il propose une date en lien avec leur calendrier. «Si tous les chrétiens célèbrent cette fête à la même date, cela constituera un signe visible de recherche d’unité aussi bien dans nos paroisses que dans la société». Le groupe Témoignage propose des partages oecuméniques de la Bible dans des petits groupes paroissiaux ou dans des cercles oecuméniques, ainsi que lorsqu’un groupe ecclésial ouvre une séance de travail. L’enseignement de la religion à l’école est également envisagé comme une plateforme pour permettre une introduction dans le monde de la Bible et la transmission des récits bibliques. Il soutient en outre l’initiative du Conseil de l’Europe pour ancrer l’enseignement de la religion chrétienne dans l’école.

Concernant la migration, la CTEC signale la dichotomie entre d’une part les responsables d’Eglises qui se posent souvent résolument du côté des «étrangers» et d’autre part la base ecclésiale, en partie marquée par des relents xénophobes. L’on demande une action politique commune de toutes les confessions. «Dans la discussion et les expériences concernant la migration, les Eglises sont des instances essentielles et de vrais partenaires de dialogue. Grâce aux multiples nationalités qui s’y côtoient, elles accueillent pareillement indigènes et migrants», affirme la CTEC. Surtout le dialogue avec les religions soulève des questions: à quelle condition et dans quel cadre peut avoir lieu un dialogue interreligieux? Où sont les points faibles qui engendrent des conflits? Qu’est-ce qui unit ou sépare?

Le groupe de travail correspondant propose d’insérer dans le calendrier liturgique un jour oecuménique de la création. Il demande en outre que l’eau soit considérée un bien public et que le droit à l’eau soit compté parmi les droits de l’homme. Au vu du changement climatique, les Eglises devraient s’engager pour un style de vie écologiquement responsable.

Clivage croissant entre riches et pauvres

Le clivage entre riches et pauvres se creuse sur tout le continent. En Suisse, la pauvreté augmente également. «La force d’une nation se mesure dans la façon de traiter les faibles», rappelle la CTEC. Ici la voix prophétique des Eglises doit être mieux entendue, aussi dans les médias. Ce thème devient une question à l’échelle européenne, c’est là la nouveauté. Les Eglises en Suisse portent une responsabilité face à toute l’Europe dans l’engagement courageux en vue d’abolir la pauvreté.

Afin que les décisions puissent être réalisées en Suisse, une rencontre post-Sibiu aura lieu le 24 novembre à Zurich. La CTEC entend faire fructifier les nombreuses propositions pour les Eglises. Et également pour elle, précise-t-elle.

Genève: Le Centre intercantonal d’information sur les croyances existe depuis cinq ans

Les Suisses envoûtés par les offres de guérison et de bien-être

Déo Negamiyimana, Apic

Genève, 5 septembre 2007 (Apic) Le Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC) a reçu en moyenne 37 demandes de renseignements par mois en 2006. Ouverte en 2002, cette fondation de droit privé a pour mandat d’informer le public sur les croyances et sur les activités à caractère spirituel, religieux ou ésotérique.

Depuis l’ouverture du Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC) en 2002, la directrice Brigitte Knobel souligne que des personnes prennent contact avec l’institution car elles éprouvent des difficultés à vivre avec quelqu’un qui ne partage pas ou plus les mêmes croyances. «Ainsi, observe-t-elle, le tiers de nos demandes proviennent de parents, de couples ou d’amis qui se font du souci pour un proche engagé dans un nouveau mouvement religieux (ou minorité religieuse) qu’ils ne connaissent pas. Mais nous avons aussi des personnes qui viennent nous voir parce qu’elles sont intéressées par les questions religieuses. Par exemple des étudiants, des enseignants qui nous demandent de la documentation.»

Environ les deux tiers des questions posées au CIC concernent des mouvements religieux qui proposent des pratiques de guérison ou des promesses de bien-être. Ces offres émanent aussi bien des Eglises chrétiennes que des mouvements néo orientaux et autres groupes ésotériques. «Nous avons également des questions qui portent sur des méthodes thérapeutiques qui revendiquent une dimension spirituelle», affirme la directrice.

Certaines promesses de guérison sont exagérées

Pour répondre aux demandes, le CIC fait un travail de recherche de documentation. «Nous proposons de la documentation qui provient de plusieurs sources différentes», indique Brigitte Knobel, qui précise que les sources sont constituées des mouvements religieux ou spirituels eux-mêmes, de la littérature scientifique, des articles de presse, etc. «Nous nous documentons également auprès des associations de défense des victimes», ajoute la sociologue. Les rapports, les jugements ou les lois qui proviennent des autorités publiques suisses fon également partie de la documentation transmise au public.

Le CIC conseille également les usagers de s’informer sur la formation suivie par le thérapeute. En même temps, l’institution recommande aux gens de rester prudents face à certains thérapeutes. Certains ont un comportement autoritaire, exigeant par exemple du patient qu’il abandonne son traitement médical. Des promesses de guérison sont également exagérées et peuvent avoir des conséquences pénibles lorsqu’une personne est gravement atteinte dans sa santé.

Des thérapeutes sans formation reconnue par l’Etat

Malgré le fait que les médecines parallèles ne soient par reconnue par l’Etat, les Suisses restent tentés par ces thérapies. Comme dans la plupart d’autres pays industrialisés des études montrent notamment que des femmes de la classe moyenne travaillant dans le médical ou le paramédical sont le plus intéressées par ces thérapies. Un rapport de l’OMS publié en 2003 relève un accroissement de l’usage des médecines alternatives dans les pays industrialisés.

Brigitte Knobel met en évidence l’augmentation, dans les librairies, des ouvrages sur les rayons santé ou développement personnel. C’est dans la même logique que MEDNAT, le plus grand salon des médecines naturelles en Suisse, se déroule chaque année à Lausanne et comprend toujours plus de stands.

Au CIC, on explique l’engouement des Suisses pour les médecines alternatives par l’exigence de santé et de bien-être de la société occidentale moderne. Aujourd’hui, la santé apparaît comme une des valeurs les plus importantes. On peut également mettre en rapport ce développement avec la crise économique que traversent nos sociétés depuis les années 1990. Ce besoin d’être en bonne santé a créé de nombreux emplois indépendants pour des thérapeutes qui n’ont pas tous suivi des formations reconnues par l’Etat. Enfin, ces thérapies, en proposant des méthodes de guérison simples et présentées comme bénéfiques pour tout le monde, offrent une réponse rassurante et désirée aux inégalités psychiques et physiques. «Ce qui constitue une ’boussole magique’ dans un monde inquiétant et de plus en plus complexe», conclue la directrice du CIC.

Encadré:

Un centre pour calmer les esprits

Le CIC ouvre ses portes en 2002 en réaction à de nombreux drames liés aux nouveaux mouvements religieux dans les années 1990. En 1993, aux Etats-Unis, 72 adeptes d’un mouvement apocalyptique chrétien dirigé par l’Américain David Koresh meurent dans un ranch du Texas à la suite d’un siège de 51 jours. En 1994, il se produit au Japon un attentat au gaz Sarin perpétré par un groupe appelé AUM. En 1994, puis en 1995, se déroule notamment en Suisse, le drame de l’Ordre du Temple solaire. Ces affaires ont provoqué une forme de psychose dans le monde, y compris en Suisse. Ils ont également suscité des réactions au niveau politique. Le canton de Genève mandate en 1996 des juristes pour un audit sur les dérives sectaires. Il leurs était notamment demandé si les lois suisses et genevoises étaient suffisantes pour protéger les citoyens d’éventuels dérapages sectaires. Plus tard, le document remis aux autorités genevoises recommande la création d’un centre d’information indépendant qui puisse assurer dans un but préventif la diffusion d’une information neutre et objective sur les pratiques et croyances des différents groupements.

Position du Conseil de l’Europe

En 1999, le Conseil de l’Europe a également jugé nécessaire une information objective en matière religieuse. Dans une recommandation, il préconise la nécessité d’une information objective sur les nouveaux mouvements religieux spirituels et ésotériques dans le cadre du respect de la liberté de conscience et de la religion et invite les Etats à créer des centres répondant à cette recommandation.

Le CIC travaille sur demande. Il n’est pas compétent pour l’accueil psychologique mais peut, le cas échéant, orienter les personnes vers les services adéquats. Actuellement, le CIC est financé par les cantons de Genève, Valais, Vaud et Tessin. En 2006, il a reçu en moyenne 37 demandes par mois (apic/dng/bb)

5 septembre 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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