L’assistance au suicide: une pente glissante

Suisse: Les évêques prennent position sur les directives pour les patients en fin de vie

Fribourg, 14 mai 2004 (Apic) Le Groupe de travail «Bioéthique» de la Conférence des évêques suisses (CES) prend position sur le document «Prise en charge des patients en fin de vie» mis en consultation par l’Académie des Sciences médicales (ASSM) à Bâle. Il rejette toute forme de caution morale de l’assistance au suicide, qu’il considère comme une «pente glissante» vers la «banalisation de la mort».

Le Groupe de travail «Bioéthique» participe à la consultation sur les directives de l’ASSM, destinées à l’ensemble des établissements touchés par l’accompagnement en fin de vie en Suisse. Dans un document de six pages, il salue «avec enthousiasme l’objectif principal qui y est exprimé, à savoir contribuer à soulager les souffrances et à offrir aux patients les conditions les meilleures possibles dans le sens de la prise en charge palliative, et contribuer à soutenir les proches du patient».

Le Groupe de travail, dans sa prise de position signée de son président, le Dr Urs Kayser de Küssnacht am Rigi, et de Mgr Kurt Koch, évêque de Bâle et responsable du dicastère «Bioéthique»de la CES, «s’élève par contre avec vigueur contre la caution morale que, malgré toutes les précautions, l’ASSM voudrait donner à l’assistance au suicide».

Dans son projet de directives, l’ASSM autorise l’aide au suicide à trois conditions: la fin de vie du patient est proche, des alternatives de traitement ont été proposées et le patient est capable de discernement. «Le dernier geste du processus conduisant à la mort doit en tous les cas être accompli par le patient lui-même», précise le document.

Une porte ouverte à de graves dérives

«Une telle assistance constitue un acte ne visant le bien en aucun cas, puisqu’il supprime la vie d’une personne», s’élève le Groupe de travail de la CES, ajoutant: «justifier un tel acte dans certains cas ouvre de surcroît la porte à de graves dérives».

La CES rappelle dans sa prise de position quelques principes anthropologiques et éthiques qui régissent le respect de la vie humaine. «Nul ne saurait porter atteinte à la vie d’un homme, y compris à la sienne, sans violer la valeur inaliénable et l’éminente dignité de la personne», affirme-t-elle. Par conséquence, collaborer intentionnellement à un suicide est une coopération à un «acte intrinsèquement mauvais». Le Groupe de travail «Bioéthique» qualifie cette possible aide au suicide de «pente glissante», qui «conduit progressivement à banaliser la mort, à cautionner une idéologie de l’homme tout puissant et maître de sa vie et de sa mort, et à démobiliser les personnes se trouvant en butte à de graves difficultés en leur proposant de quitter la vie».

«Dès qu’on entrouvre la porte en ces sujets délicats, la porte finit toujours par s’ouvrir davantage», prévient le groupe de travail de la CES, qui pointe du doigt l’exemple des Pays-Bas: «20% des patients environ ne meurent pas et doivent être achevés avec une injection mortelle pour éviter des suites fâcheuses et dramatiques. L’expérience montre que, en ces matières, la limite entre assistance au suicide et euthanasie ou homicide tend à s’estomper. De surcroît, dans le cas de la Hollande, une étude récente montre que la moitié des personnes décédées dans le cadre de l’assistance au suicide sont mortes sans avoir donné leur propre consentement».

L’assistance au suicide, une perversion de la pitié

«Les dérives masquées sont multiples, prévient le Groupe de travail «Bioéthique», si l’on songe seulement au problème financier dans le domaine de la santé d’une part, et aux problèmes du développement démographique de nos sociétés d’autre part.

De plus, il n’est pas impossible que, malgré les garde-fous proposés, l’assistance au suicide fasse appel à une compassion qui cache simplement une fausse pitié, voire une perversion de la pitié, et que le motif en soit le refus égoïste de porter la charge de l’existence de celui qui souffre. En réalité, la vraie compassion rend solidaire de la souffrance d’autrui, mais n’aide pas à supprimer celui dont on ne peut alléger la souffrance».

Dans ses conclusions, le Groupe de travail de la CES propose que l’ASSM adopte dans ses Directives médico-éthiques la formulation suivante: «Le médecin doit refuser d’apporter une aide au suicide à un patient mourant». Ajoutant: «En refusant l’assistance au suicide, pour lui préférer sans concession les soins palliatifs et l’accompagnement, notre position ne défend pas seulement la dignité des mourants: elle promeut l’avenir d’une société plus humaine». (apic/com/bb)

14 mai 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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