Asile: le conseiller fédéral tancé pour sa politique et ses propos
Suisse: Lettre ouverte des Eglises protestante et catholique vaudoises à Blocher
Berne, 23 décembre 2004 (Apic) Dans une lettre ouverte adressée à Christophe Blocher, chef du Département fédéral de Justice et police, le Conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée du Canton de Vaud et le Vicariat épiscopal de l’Eglise Catholique en Pays de Vaud critiquent le Conseiller fédéral. Ce dernier s’en était pris en début de semaine à Bienne aux deux Eglises, coupables à ses yeux d’être solidaires des demandeurs d’asile établis dans le canton de Vaud.
Le Conseil synodal de l’Eglise évangélique réformé et le Vicariat épiscopal du canton de Vaud ont pris position en faveur du non-renvoi «à de rares exceptions près» de requérants d’asile déboutés. Ce que n’a visiblement pas apprécié le chef de l’UDC, en place depuis un an au Palais fédéral à Berne.
«Vous le constaterez par vous-même en lisant nos communiqués (réd, émis le 7 décembre dernier, par lequel les deux Eglises se déclaraient préoccupées du sort des 523 requérants d’asile déboutés et des travailleurs «sans papiers»), nous sommes mus par le bien commun et lui seul. Chacun à notre place, nous oeuvrons pour le bien du pays».
Beaucoup de Vaudois – à commencer par la majorité du Grand Conseil – estiment qu’il est possible à leur canton d’accueillir ces requérants déboutés par l’Office fédéral des réfugiés, écrivent les deux instances, dans leur lettre signée par Antoine Reymond, pasteur, pour l’Eglise protestante, et Mgr Rémy Berchier, vicaire général, pour l’Eglise catholique.
Ils rappellent leur soutien à la position du Conseil d’Etat vaudois dans sa démarche au Conseiller fédéral Blocher. Celle-ci visait à faire suivre auprès de ce dernier la demande d’Amnesty International concernant les procédures.
Un Conseil fédéral généreux?
«Lors de votre conférence de presse tenue à Bienne, écrivent les deux Eglises, vous avez souligné que l’administration pouvait être lente… nous imaginons que l’ODR n’échappe pas à la règle! Or cette lenteur des procédures aboutit souvent à pénaliser des requérants qui se voient placés devant des décisions impossibles alors qu’ils vivent et travaillent en Suisse depuis plusieurs années».
Pour les protestants et les catholiques vaudois, travailler pour le bien du pays, c’est aussi favoriser des solutions qui permettent à l’Etat d’asseoir son autorité sur la justice et l’équité; «la population peut alors y reconnaître ces valeurs qui cimentent son unité. En permettant à la majorité des requérants incriminés de demeurer dans ce pays, vous donneriez l’image d’un Conseil fédéral faisant preuve de générosité et de grandeur d’âme. C’est aussi ce que le peuple suisse attend de son gouvernement».
En cette veille de Noël, concluent le pasteur Reymond et Mgr Berchier, «nous pouvons vous assurer des prières des Eglises pour les dirigeants politiques fédéraux et cantonaux».
En annexe, les deux signataires joignent leurs positions publiées le 7 décembre. L’une, émanant de l’EERV, parue sous le titre: «J’étais un étranger et vous m’avez accueilli», saluait l’intervention du Conseil d’Etat auprès du chef du Département fédéral de justice et police relatif à un traitement favorable des dossiers des requérants d’asile concernés. L’autre, signée de Mgr Berchier, lors du Rassemblement des «sans-papiers, à Lausanne, rappelle le soutien du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, ainsi que celui apporté par son évêque, Mgr Bernard Genoud, affirmant la solidarité des fidèles en faveur des «sans-papiers».
L’intervention signée de Mgr Berchier rappelait enfin que Mgr Bernard Genoud, puis la Conférence des évêques suisses ont toujours demandé le principe de la régularisation catégorielle et au cas par cas pour les entrées illégales en Suisse. «Une chose est soulignée fermement par les évêques: ne pénalisons pas les enfants pour la situation irrégulière de leurs parents!». (apic/com/pr)



