Suisse: Mgr Bernard Genoud dit aux non aux lois fédérales sur l’asile et les étrangers

Sur la frontière, il rejette des lois «qui blessent notre Etat de droit»

Jacques Berset, Apic

La Cure/VD, 31 août 2006 (Apic) C’est dans un lieu hautement symbolique – le restaurant «Franco-Suisse» situé à cheval sur la frontière, dans le village du Jura vaudois de La Cure – que Mgr Bernard Genoud est venu ce jeudi dire non aux lois fédérales sur l’asile et sur les étrangers. En vertu de l’absolue dignité de la personne humaine.

Dans la grande salle du bistrot frontalier, assis du côté suisse, l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg s’est adressé aux journalistes situés en face de lui. du côté français. En insistant sur les notions de respect, de justice et de charité due au prochain, il a invité le peuple suisse à rejeter le 24 septembre le durcissement de ces deux projets de lois. Ils «blessent notre Etat de droit dans ce qu’il a de plus essentiel, à savoir la défense des personnes les plus vulnérables».

«Avec les évêques suisses, nous encourageons vraiment le peuple suisse à voter deux fois non, en soulignant que dans le Christ, en tant que chrétiens, il n’y a pas d’étrangers!», a-t-il lancé. «Nous disons en Eglise ’stop’ à cette spirale de durcissement. On en est à la 9ème révision de cette loi. A quand la 10ème, la 11ème ?». Et de demander que l’on s’oppose à cet engrenage «qui constitue certainement un repli dans l’égoïsme, avec quelques relents nationalistes».

Face aux réfugiés, un passé pas très glorieux

Avec un regard sur la Franche-Comté toute proche, et sur le canton de Vaud qui fait partie de son diocèse, Mgr Genoud a rappelé que pendant la guerre, de nombreux fugitifs juifs sont passés par ce poste frontière. Un regard sur le passé de la Suisse, a-t-il poursuivi, nous rappelle que des dérapages sont possibles.

Mgr Genoud a alors rappelé que durant la Seconde guerre mondiale, certains catholiques ou évêques suisses n’avaient pas fait tout leur possible pour accueillir les réfugiés.

«Mais nous avons eu aussi des actes héroïques», a-t-il déclaré, en rappelant l’attitude du cardinal Journet, une voix très entendue et qui a valu à la Suisse des remontrances de la part d’Adolf Hitler.

Soulignant que si la neutralité suisse existe, «nous n’avons pas droit, jamais, à la neutralité du coeur!» Et déplorant que la Suisse ait refusé à cette époque l’asile à une philosophe d’origine juive, Edith Stein, gazée à Auschwitz, l’évêque a révélé qu’il invoque cette carmélite de haut vol déclarée sainte il y a quelques années. «Je la prie de protéger le pays qui lui a refusé l’asile, le pays qui ne l’a pas secourue face à ses bourreaux, c’est notre pays!»

Si les évêques suisses ont demandé pardon pour de telles erreurs, a poursuivi Mgr Bernard Genoud, il ne faut pas les répéter. «Nos parents, vos grands-parents, avaient l’excuse de l’ignorance, mais je ne suis pas sûr que les générations futures auront la même consolation face à notre attitude. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas!».

Ne niant pas l’existence d’abus et la réalité des faux requérants d’asile, l’évêque a estimé qu’on n’en viendrait pas à bout simplement en durcissant les procédures. «Il y a d’autres moyens plus efficaces et ciblés pour enrayer les abus dans le domaine de l’asile». Citant l’ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss, il a relevé que certains chiffres officiels sur les réfugiés ne sont pas exacts.

«Lorsque l’on entre en matière sur des recours, la majorité sont acceptés, ce qui signifie que l’on n’avait pas pris le temps de suffisamment motiver la décision». Mgr Genoud met en garde contre les risques de restreindre encore les périodes d’examen, car alors des gens qui ont vraiment besoin d’être accueillis seront rejetés.

Il demande en particulier que l’on «désenveloppe» le terme de persécution, car il est encore «emballé d’un papier trompeur». Pour Mgr Genoud, la persécution n’est pas seulement celle qui provient d’un système totalitaire, où l’on serait poursuivi pour ses opinions. «Ne peut-on pas parler de persécution quand systématiquement l’on refuse le minimum vital à une population entière, l’on empêche de larges couches de la population d’accéder au travail, à la culture».

«Le bien commun sera pour tous, ou pour personne»

Dénonçant la détention pour insoumission – «on va emprisonner des adolescents de 15 ans, mettre avec des criminels des jeunes qui ont le seul tort d’être des requérants d’asile déboutés, cela dépasse la raison!» – Mgr Genoud a également déploré la criminalisation du comportement d’entraide et de solidarité à l’égard des requérants déboutés de bon nombre de citoyens. «Ce serait là le début d’un nouveau type de persécution contre ceux qui font le bien sans distinction de personnes!».

L’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg a également insisté sur la nécessité de l’aide au développement pour que les populations pauvres disposent chez elles d’infrastructures et ne soient pas poussées à émigrer. «Il serait en effet plus judicieux d’investir un peu plus d’argent dans l’aide aux pays en développement, alors que nous en dépensons beaucoup en enquêtes, en procédures, en centres d’accueil, en prisons. ” En se demandant combien de temps encore on verra 90% des richesses du monde aux mains de 10% de la population, Mgr Genoud estime finalement que «le bien commun sera planétaire, il sera pour tous, ou pour personne». (apic/be)

31 août 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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