Un coût écologique trop élevé, pour des motifs politiques
Suisse: Pas de garantie fédérale pour une centrale en Anatolie
Berne, 27 août 1998 (APIC) Les organisations d’aide au développement et de protection de la nature s’opposent à l’octroi, à Sulzer-Hydro, notamment, d’une garantie contre les Risques à l’Exportation (GRE), pour la construction de la centrale d’llisu, en Anatolie, en en Turquie. Consultées, ces organisations donnent aujourd’hui leur avis. Elles se prononcent contre une garantie fédérale pour un montant de plusieurs centaines de millions de francs, pour la construction d’un barrage qui nécessiterait l’inondation artificielle de quelque 320 km2 de superficie et d’une septantaine de villages. Sans parler de l’anéantissement de sites cultures et historiques, dont certains font partie du patrimoine mondial.
Dans l’optique de la construction de la centrale d’Ilisu en Turquie, Sulzer Hydro et la Commission de la Garantie contre les Risques à l’Exportation (GRE) ont consulté les organisations d’aide au développement et de protection de l’environnement. Il s’agissait pour ces derniers de donner leur avis sur l’octroi d’une garantie fédérale contre les risques à l’exportation de plusieurs centaines de millions de francs réclamée par des sociétés suisses. La Communauté de travail des œuvres d’entraide, la Déclaration de Berne et le WWF rejettent l’octroi d’une telle garantie pour un projet qui ne fera qu’aggraver les problèmes politiques, sociaux et écologiques que connaît le Sud-Est de la Turquie.
La construction de la centrale d’Ilisu en Turquie fait partie du gigantesque projet du Sud-Est de l’Anatolie mis en chantier dans la région kurde de la Turquie. Son coût avoisinera 1,6 milliard de dollars. Il provoquera l’inondation d’une superficie de 313 kilomètres carrés et produira deux fois plus d’électricité que le barrage de la Grande Dixence. Sulzer Hydro, ABB et l’UBS prennent part au projet. Pour la première fois, Sulzer et la Commission de la GRE ont consulté les organisations d’aide au développement et de protection de l’environnement sur l’octroi d’une garantie fédérale dans un tel contexte.
Dans un avis écrit sur Ilisu, Peter Bosshard, de la Déclaration de Berne (DB), a relevé qu’avec des garanties avoisinant1,2 milliard de francs, la Turquie arrivait déjà en tête des pays bénéficiaires de la GRE. La majeure partie de ce montant est destinée à des centrales hydrauliques construites dans le cadre du projet du Sud-Est de l’Anatolie. Or il faut savoir que la Turquie a mis ce gigantesque projet en chantier afin de pouvoir exercer une pression politique sur la Syrie et l’Irak en les privant au besoin de l’eau du Tigre et de l’Euphrate.
Le barrage d’Ilisu pourrait également servir de moyen de pression. La Turquie est l’un des trois pays à avoir refusé la Convention de mai 1997 de l’ONU régissant le contrôle des cours d’eau internationaux. En raison des tensions de politique extérieure, la Banque mondiale renonça en 1984 déjà à financer ce projet mammouth. Peter Bosshard a invité la Commission de la GRE à ne pas contribuer, par le biais d’une nouvelle garantie fédérale, à attiser encore les tensions régionales.
Nadine Keim, coordinatrice de politique de développement de la Communauté de travail Swissaid/Action de carême/Pain pour le prochain/Helvetas/Caritas, a expliqué pour sa part devant la Commission de la GRE que le projet du Sud-Est de l’Anatolie accentuerait les contrastes sociaux. Les sans-terre ne recevraient pas de dédommagement contrairement aux grands propriétaires fonciers. La centrale d’Ilisu va inonder 52 villages et 15 bourgades. Le dédommagement des personnes concernées n’aurait toujours pas été fixé. Nadine Keim a en outre mis en exergue que le barrage allait contribuer à propager la malaria et la leishmaniose dans la région. De surcroît, le déversement dans la retenue d’Ilisu d’eaux usées non épurées en provenance des villes voisines engendrerait des sérieux problèmes écologiques.
Le 25 août, dans la perspective du «hearing» de la GRE, le WWF, la Déclaration de Berne et la Communauté de travail des œuvres d’entraide ont publié une documentation de Joerg Dietziker, spécialiste de la Turquie, sur le projet d’Ilisu. Ces écrits montrent que le barrage, en faisant disparaître la ville kurde d’Hasankeyf, rayerait du même coup de la carte un berceau unique de la culture assyrienne, chrétienne, musulmane et ottomane en Turquie. Ils englobent une confirmation délivrée par le ministère turc de la Culture montrant que cette ville est sous protection archélogique intégrale depuis le 14 avril 1978. Nombre de spécialistes et d’associations culturelles turcs appellent le gouvernement turc et les firmes suisses à ne pas détruire Hasankeyf, véritables joyau du «patrimoine mondial». (apic/com/smm/pr)



