Suisse: Pas de «tabous» pour le nouveau directeur de l’Action de Carême à Lucerne

Pour la 1ère fois, la collecte sous la barre des 21 millions

Berne, 25 avril 2001 (APIC) Pour la 1ère fois en dix ans, la collecte de l’Action de Carême (AdC) en l’an 2’000 est passée sous la barre des 21 millions (- 1’361 par rapport à 1999). La tendance – qui n’est pas encore confirmée – serait encore négative cette année. Par rapport à l’an dernier, à cette date, les rentrées sont en baisse de près de 800’000 francs. Des réformes sont agendées: «il n’y aura pas de tabous», annonce le tout nouveau directeur de l’œuvre d’entraide catholique, Antonio Hautle, qui tient les rênes de l’AdC depuis le 1er mars 2001.

«Pourtant, la campagne 2001, sur le thème ’Civiliser l’argent’, a marché très fort, surtout en Suisse romande, l’écho médiatique n’a jamais été aussi bon», a révélé lundi à Berne A. Hautle, lors du Club de la presse de l’Association suisse des Journalistes catholiques. Pour enrayer cette érosion constante, due en partie au recul de la pratique religieuse dans les paroisses, le Lucernois Antonio Hautle veut bousculer les habitudes: l’œuvre d’entraide des catholiques suisses, qui a 40 ans, devra resserrer ses structures et les moderniser. En effet, les différentes instances sont beaucoup trop lourdes à manier et peu opérationnelles: Conseil de fondation, Commission d’administration, Conseil d’action, Commission théologique, Commission mixte d’experts du secteur suisse, Commissions d’experts du secteur Mission et du secteur Coopération au développement voient souvent leurs compétences se chevaucher.

Une réforme des structures est vitale

PME au chiffre d’affaires approchant les 30 millions de francs, l’AdC ne peut plus être dirigée par un Conseil de fondation de 16 membres – tous les évêques et autant de laïcs – qui ne se réunit que deux fois par an. Instance suprême, le Conseil de fondation est ainsi dans l’impossibilité d’en connaître tous les rouages et les détails. Pour Antonio Hautle, «transparence et clarté» dans les structures et les compétences de l’AdC sont une des grandes priorités. La procédure de consultation sur les réformes de structures devrait être lancée ces prochaines semaines et le nouvel édifice prêt d’ici un an.

Aux yeux de la nouvelle direction, il est nécessaire également de restaurer la confiance auprès de la population et des donateurs, après la crise qui a vu le départ l’an dernier de la directrice Anne-Marie Holenstein et de l’ensemble de la direction. Les remous qui ont agité ces dernières années cette importante œuvre d’entraide des catholiques a notamment pour cause une véritable «crise d’identité». «Le Conseil de fondation, les évêques, doivent maintenant dire ce qu’ils veulent vraiment et quelle direction ils veulent donner à l’Action de Carême; les attentes des autres instances et de la direction doivent également être mises sur la table», lance le jeune directeur. Il s’agit de clairement «positionner» l’AdC par rapport aux autres œuvres d’entraide et de chercher des synergies – par ex. avec Caritas Suisse – là où c’est possible.

L’Action de Carême a encore du «potentiel»

L’Action de Carême a encore du «potentiel», pour son nouveau directeur, mais il faut que l’œuvre d’entraide, fondée par des laïcs il y a quatre décennies pour organiser la solidarité des catholiques, assure son avenir à long terme. Notamment en prenant les mesures qui s’imposent pour que l’écart entre les frais de gestion et d’administration et le montant de la collecte ne se creuse pas davantage. La progression, l’année dernière, des coûts d’administration de 2,5% – alors que les dons sont en recul – est pour Antonio Hautle «un signal d’alarme» qu’il faut prendre très au sérieux.

Cette organisation, qui est à la fois «trop petite et trop grande», doit trouver sa place parmi les œuvres d’entraide qui se battent pour avoir leur «part du gâteau» sur le marché de la récolte de fonds. Etant donné le recul de la fréquentation de la messe dominicale, qui représentait le public cible traditionnel du calendrier, des soupes et de la pochette de carême, il s’agit de trouver d’autres publics, notamment d’intéresser les jeunes. Et de rejoindre aussi des catholiques qui ne sont plus pratiquants et les critiques qui se trouvent en marge de l’institution Eglise.

Avec des méthodes de marketing et de «fund raising» qui n’ont peut-être plus grand-chose à voir avec les intuitions du départ, l’AdC doit générer de nouveaux donateurs et chercher de nouveaux sponsors – pourquoi pas auprès de PME et d’institutions financières – mais sans renier sa mission d’»avocate des pauvres». Il s’agira toujours de lutter contre la pauvreté et ses causes. Ce qui signifie s’engager comme par le passé – «mais sans moraliser, avec des arguments bien fondés éthiquement et économiquement» – dans le débat politique, notamment dans les questions du développement.

Se profiler professionnellement oui, mais en préservant son indépendance, «sans se vendre», sans succomber aux sirènes de l’idéologie néolibérale du «tout économique». Avec le projet de Loterie Environnement et Développement porté par des œuvres d’entraide et des associations écologistes suisses (*), l’AdC espère elle aussi récolter sa part du gâteau: «entre 200 et 300’000 francs par an».

La force de l’AdC: un partenariat à la base, avec les pays du Sud

«L’une de nos plus grandes forces est le partenariat, à la base, avec des organisations dans les pays du Sud; ce partenariat fonctionne bien, et nous pouvons offrir dans ce domaine une expérience précieuse que n’ont certainement pas les grandes organisations, justement parce qu’elles sont trop grandes», relève Antonio Hautle. Et de mentionner l’efficacité, en terme de levier de développement, du projet des «Banques de riz» en Inde, qui permet aux petits producteurs (obligés d’emprunter à des usuriers à des taux atteignant jusqu’à 100% … par mois) de sortir de «l’esclavage de la dette» et d’apprendre la gestion. Certes, il faut bien faire attention de pas exporter nos propres modèles de développement et plutôt favoriser l’inculturation. Mais pour Antonio Hautle, théologien féru de gestion, il tout à fait clair que l’économie de marché, produit de la civilisation occidentale, est désormais incontournable. Il s’agit, en fidélité avec les options de base de l’AdC, à partir d’une position chrétienne claire et d’une théologie libératrice, de combattre toute forme d’exploitation et d’injustice et de contribuer à humaniser l’économie. (apic/Jacques Berset/be)

Le nouveau directeur de l’Action de Carême a 40 ans

Domicilié à Schenkon (LU), Antonio Hautle-Bucher est né le 3 avril 1961 à Lucerne. Il est père de trois enfants. Licencié en théologie de l’Université Gregoriana de Rome, il a obtenu un MBA (Master in Business Administration) à l’Université de Genève et devrait obtenir prochainement un doctorat en éthique économique et sociale à l’Université de Fribourg. Antonio Hautle a dirigé dès 1996 les services sociaux et de tutelle de la ville de Lenzburg, en Argovie, ainsi que des projets informatiques. C’est un bon connaisseur de la réalité du Sud-Est asiatique, qu’il a étudiée durant ses études. Ordonné prêtre à Rome en 1989, vicaire de la paroisse de Sursee (LU) puis administrateur de celle de Derendigen, Antonio Hautle-Bucher a quitté le sacerdoce en 1994. Concernant son statut d’ancien prêtre, A. Hautle se dit «serein et réconcilié avec lui-même et avec l’Eglise». Il a précisé bénéficier du soutien de son évêque, Mgr Kurt Koch. Mgr Ivo Fürer, président du Conseil de fondation, relève qu’il n’y a pas d’obstacle pour qu’un ancien prêtre aujourd’hui marié occupe le poste de directeur de l’AdC, car il ne s’agit pas d’une fonction pastorale. (apic/be)

25 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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