Réparations exigées après les compromissions avec l’apartheid

Suisse: Protestation des ONG Sud africaines auprès de la Confédération

Genève, le 14 octobre 1999 (APIC) Les ONG sud-africaines réunies au sein de la coalition «Jubilee 2000-Afrique du Sud» ont adressé une lettre à la présidente de la Confédération pour protester contre les conclusions du rapport sur les «relations Suisse-Afrique du Sud» publié début octobre par le Département fédéral de l’économie (DFE). La coalition n’accepte pas la dérobade du Conseil fédéral qui prétend, à travers le rapport du DFE, que la question des dettes héritées de l’apartheid ne le concerne pas.

Au moment où le chef du Département des affaires étrangères Joseph Deiss visite l’Afrique du Sud, le Conseil fédéral ne saurait se soustraire à ses responsabilités suite aux compromissions passées avec le régime de l’apartheid, soulignent les auteurs de la lettre, parmi lesquels on dénombre de nombreuses personnalités, dont Mgr Ndungane – le successeur de Mgr Tutu à l’archevêché anglican du Cap. Les autorités suisses ont par le passé maintenu un environnement politique favorable au régime de l’apartheid tout comme aux milieux économiques, qui ont tiré profit de ce système. Elles se doivent donc aujourd’hui de créer les conditions-cadre permettant aux représentants de la société civile sud-africaine de faire valoir leurs droits à des mesures de réparation et de restitution, de la part de la Confédération et des entreprises privés qui ont tiré profit de l’apartheid.

Selon «Jubilee 2000-Afrique du Sud», la Suisse devrait en outre jouer un rôle de premier plan pour favoriser la tenue de négociations à un niveau international entre les créanciers de l’apartheid et les représentants de la société civile sud-africaine, pour une annulation des dettes héritées de l’apartheid.

La «Campagne suisse pour l’annulation des dettes héritées de l’apartheid», qui groupe une trentaine d’organisations, soutient ces revendications en lançant également une campagne de lettres auprès de la présidente de la Confédération, Ruth Dreifuss, et des Conseillers fédéraux Couchepin et Deiss actuellement en visite en Afrique du Sud.

L’aveu du Conseil fédéral

Début octobre, en réponse à diverses interventions parlementaires et à la pression médiatique, le Département fédéral de l’économie (DFE) publiait un volumineux rapport sur les relations de la Suisse avec l’apartheid. Cette étude, fruit d’une collaboration interdépartementale, est encore lacunaire, estime Dominique Froidevaux, secrétaire de la COTMEC à Genève. Elle ne reflète que le point de vue de l’administration, mais permet néanmoins de dresser un premier bilan. C’est en fait la première fois que le gouvernement suisse consent à une amorce d’autocritique. Jusqu’ici, les faits dénoncés par les milieux anti-apartheid étaient systématiquement minimisés et la position de la Suisse justifiée par la sacro-sainte politique de neutralité. Ce rapport retentit donc comme une sorte d’aveu, relève la COTMEC.

Durant les périodes les plus pénibles de l’apartheid, lorsque la communauté internationale tentait de mettre l’Afrique du Sud au ban des nations, les capitaux affluaient dans ce pays depuis la Suisse. La Suisse semble avoir également joué un rôle déterminant dans le commerce de l’or et des diamants sud-africains, mais nos autorités, révèle le rapport, n’y ont jamais apporté une attention suffisante.

C’est pas notre problème!

Enfin, le rapport aborde la question de la remise des dettes héritées de l’apartheid en l’esquivant magistralement: en gros, ce ne serait pas l’affaire du gouvernement puisque l’Afrique du Sud n’est endettée qu’auprès du secteur privé. La COTMEC rappelle pourtant que c’est bien le gouvernement qui a aménagé et entretenu des conditions favorables aux profiteurs de l’apartheid. Il a donc une responsabilité aujourd’hui pour prendre des mesures de réparation en faveur de la société sud-africaine. (apic/com/mp)

15 octobre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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