La Fondation IYKAV poursuit sa lutte, malgré les pressions turques
Suisse: Rencontre du comité d’aide au peuple kurde de Turquie lundi à Fribourg
Bernard Bovigny, de l’agence APIC
Fribourg, 20 novembre 2001 (APIC) Le comité d’aide au peuple kurde de Turquie s’est réuni lundi soir à la salle sous le temple réformé à Fribourg. Le militant des droits de l’homme Yavuz Binbay a fait le point sur la Fondation à but humanitaire IYKAV, interdite par le gouvernement turc le 31 mai 2000, mais qui continue malgré tout ses activités.
Yavuz Binbay a montré à la vingtaine de participants à la rencontre, membres de l’Action des Chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) et représentants de partis politiques, des documents attestant des résultats positifs la Fondation Iykav pour l’aide humanitaire et le développement des Kurdes en Turquie. Photos prises au printemps dernier, coupures de presse, dossiers sur chaque résident, attestations de formation: autant de preuves que l’atelier de fabrication de tapis établi dans la région de Diyarbakir continue d’accueillir de nombreuses jeunes filles et femmes victimes de viol ou de torture, ou dont les membres de leur famille ont connu la répression du gouvernement turc. A ce jour, elles sont 327 à avoir bénéficié de l’aide médical et psychologique, à s’être formées et à avoir gagné un peu d’argent grâce à leur travail.
Et pourtant, la Fondation Iykav créée par Yavuz Binbay a été fermée il y a plus d’une année. Ce qui n’a pas empêché ses membres de poursuivre la totalité de ses activités, et même de chercher à les étendre avec un projet de dispensaire à Siirt, au sud-est de la Turquie.
Rendu sur place le 17 mars dernier, Yavuz Binbay a eu à peine le temps d’établir les contacts nécessaire pour lancer le nouveau projet. «J’ai reçu plusieurs menaces de mort par téléphone et après un mois et demi, j’ai dû repartir», a déclaré celui qui a croupi autrefois durant six ans dans les geôles turques avant de rejoindre la Suisse. Et c’est depuis Genève qu’il entreprend maintenant les démarches nécessaires pour récolter les sommes nécessaires et ouvrir un bureau en Turquie pour son organisation, condition sine qua non pour être autorisé à importer des fonds.
Impunité des tortionnaires
Suzanne Zbären, ancienne secrétaire générale de l’ACAT-Suisse, a dressé un tableau inquiétant de la situation des droits de l’homme en Turquie. «Le 12 novembre dernier, l’Union européenne a déclaré que la Turquie a fait des progrès en matière des droits de l’homme, mais n’a pas atteint le niveau demandé. En réalité, selon des témoins avisés, les cas de torture y ont pratiquement doublé durant la première partie de l’année», a-t-elle souligné, en déplorant que les tortionnaires, dans les prisons et les commissariats, bénéficient de l’impunité. Par ailleurs l’ACAT-Suisse a multiplié les interventions, auprès des autorités turques et d’autres organisations de lutte pour les droits de l’homme, pour dénoncer les dangers de torture et l’isolement dans les cellules de type F réservées notamment aux prisonniers politiques.
Les requérants d’asile kurdes renvoyés en Turquie courent-ils un véritable danger? A cette question posée par un participant, Yavuz Binbay a apporté une réponse claire: Oui, si le Kurde en question est fiché par la police, il risque réellement d’être torturé et emprisonné. Sinon, il sera gardé au commissariat un ou deux jours pour vérification d’identité avant d’être relâché. (apic/bb)



