Des paroissiens s’efforcent d’humaniser l’accueil
Suisse: Requérants d’asile logés dans un abri souterrain de Coppet
Coppet, 3 novembre 2002 (APIC) Depuis le mois de mai, des requérants d’asile – hommes célibataires jusqu’à 35 ans – dorment dans un abri de la protection civile, à Coppet. Ils doivent le quitter tôt le matin et ne peuvent le réintégrer que le soir. Des locaux paroissiaux sont mis à la disposition de bénévoles qui tentent d’humaniser cet accueil.
Rachid (1), 22 ans, vient de Guinée Bissau. Après son passage par le Centre d’enregistrement de Vallorbe, il est arrivé à Coppet le 24 mai. S’exprimant en portugais, il dit «le trou» quand il parle de l’abri souterrain où il passe ses nuits. «Nous devons nous lever à 6 heures. Sinon, les gardiens font claquer les portes, tirent les couvertures. Nous devons sortir au plus tard à 7h.15. Il fait froid». Rachid travaille à la pose de la troisième voie des CFF entre Coppet et Genève. Les requérants n’ont pas le droit de cuisiner dans l’abri. Pour cela, ils doivent se rendre dans une ancienne caserne de pompiers de Nyon, mais Rachid n’en a pas le temps. Il se contente d’une boîte de sardines avec une tomate et un morceau de pain. Sa journée achevée, à 16h.45, il va se réfugier le lundi et le mardi dans les locaux de la paroisse catholique de St-Robert, le jeudi et le vendredi dans ceux de la paroisse protestante de Terre Sainte, à Commugny.
Des repas sont servis trois soirs par semaine dans ces locaux. «Sinon, je mangerais toujours froid, dit Rachid. Je ne sais pas si je pourrais continuer de travailler… » L’accueil des bénévoles est important à ses yeux. «Ils sont sympathiques. Je suis musulman, mais ils ne font aucune différence à cause de la religion». C’est aussi ce que me dit un autre jeune musulman, Ibrahima, du Niger. «C’est une organisation géniale !» s’exclame-t-il. Il aimerait continuer des études, mais il a peur d’être renvoyé dans son pays.
Informatique et ping-pong
Mardi après-midi à la paroisse de St-Robert, à quelques pas du Léman. Au sous-sol, un ingénieur, Charles Brugger, donne un cours d’informatique à deux Africains. Tout à l’heure, le curé, Henri Kowalski, disputera une partie de ping-pong avec un autre Africain. Au rez-de-chaussée, requérants et bénévoles arrivent peu à peu. J’échange quelques mots avec Mary, Irlandaise et Suissesse, qui vient ici chaque semaine. Elle se dit surprise de l’harmonie qui règne entre ressortissants de différentes nationalités, dans des conditions aussi difficiles. Quelles sont les réactions de son entourage ? «Certaines personnes grimacent, d’autres disent je vous admire, mais je ne pourrais pas faire la même chose».
Une autre bénévole, Rose-Marie, d’origine lorraine, tient le vestiaire, ce qui n’est pas une sinécure, mais elle se montre pleine de compréhension. «J’ai des enfants de l’âge des requérants: je serais contente qu’on s’occupe d’eux s’ils étaient dans la même situation». Que pense-t-elle de l’initiative de l’UDC sur laquelle nous voterons le 24 novembre? «Ce qu’on leur donne est déjà tellement minime, alors si l’on faisait encore un pas en arrière… «
C’est un Britannique, marié avec une Valaisanne, Anthony Tugwell, qui est chargé de la coordination de l’équipe des bénévoles du côté catholique. Il déplore l’ignorance de la population pour laquelle les requérants viennent chez nous afin de «profiter» de notre niveau de vie. «Nombre d’entre eux ont une formation, il y avait par exemple un oculiste, et tout d’un coup leur existence est brisée. Souvent, ils ont subi des atrocités. Ici, ils ont tout de sortes de problèmes, pas seulement matériels, mais psychologiques, affectifs. Ils se demandent s’ils peuvent garder espoir, s’ils ont un avenir».
Un apprentissage
Les bénévoles, dont la plupart n’avaient, au départ, aucune notion de la question de l’asile, ont ainsi effectué tout un apprentissage, relève Baudoin Sjollema, qui possède une longue expérience en la matière. Ils comprennent désormais que les requérants ne sont pas venus chez nous de leur propre gré, mais pour fuir des situations terribles, et que le problème est plus complexe que ce qu’en disent les tenants de l’initiative de l’UDC. Baudoin Sjollema, cheville ouvrière de l’opération du côté de la paroisse protestante, compte sur ces bénévoles pour faire passer le message.
«Au début du mois de mai, raconte-t-il, nous avons demandé à la commune de Coppet d’ouvrir un local, en nous déclarant prêts à assumer la responsabilité de l’accueil. Cependant, rien n’était disponible. C’est pourquoi l’on s’est replié sur les salles paroissiales. On a lancé un appel lors des célébrations dominicales et une dizaine de personnes se sont présentées de chaque côté. Une fois par mois, on tient une réunion tous ensemble pour partager les expériences des uns et des autres et se former». Deux représentants des requérants participent à ces rencontres.
Le mercredi soir, Georges Allenbach, boulanger de son état, prépare un repas pour les requérants dans l’abri de protection civile, dont il est l’un des responsables. «On en profite pour inviter des personnalités de la région. Par ailleurs, des rencontres ont régulièrement lieu avec les autorités. On ne désespère pas d’obtenir un local…»
L’intégration par le football
L’opération n’est pas limitée à Coppet. Des abris ont été ouverts dans d’autres localités. La paroisse protestante de Gland s’est mobilisée de mai à juillet, indique Magali Borgeaud, diacre, qui, en tant que «ministre de la solidarité», coordonne l’ensemble des interventions dans le secteur. Les diverses communautés chrétiennes de Nyon ont assuré une présence le soir et le week-end dans le centre de jour où les requérants pouvaient cuisiner. Cependant, ce centre ferme et, dès le mois de novembre, tout est concentré à Prangins où la FAREAS, officiellement chargée des requérants d’asile dans le canton, assume une permanence. «Je crains que les bénévoles de Nyon se démobilisent et que les requérants se sentent bien seuls», s’inquiète Magali Borgeaud.
C’est maintenant le moment du repas à St-Robert. Une quinzaine de requérants d’asile et une demi-douzaine de bénévoles autour de la table. «J’ai fui la mort, me confie Marc, un chrétien du Cameroun. J’étais commerçant, je gérais plusieurs magasins». Il n’a pas choisi la Suisse, c’est le passeur qui l’a déposé dans notre pays. Il a de la peine à trouver le sommeil dans le dortoir de la protection civile, mais, dit-il, résigné, «je fais avec ce qu’on me donne». Le seul travail qu’il ait trouvé jusqu’à présent, ce sont les vendanges. Il joue au football dans l’équipe de Terre Sainte et, le mercredi, il entraîne bénévolement un groupe d’enfants. «Cela m’a donné une ouverture. Avant, on ne me connaissait pas, maintenant, on me serre la main, on discute avec moi».
Son entraîneur l’invite chez lui, l’aide dans sa recherche d’emploi. Marc lui en est fort reconnaissant, comme il l’est à l’égard des bénévoles de St- Robert et de Terre Sainte. Comment voit-il cet accueil? «C’est une grâce de Dieu», répond-il. (MBA)
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1) Prénom d’emprunt, comme ceux des autres requérants interrogés. (apic/mba/pr)




