Suisse romande: Hommage au Bullois Maurice Demierre dans les salles de cinéma

Portrait d’un «internationaliste» suisse assassiné au Nicaragua

Fribourg, 8 septembre 2006 (Apic) Le 16 février 1986, le Bullois Maurice Demierre, volontaire du mouvement chrétien romand «Frères sans Frontières» (FSF – aujourd’hui E-Changer), tombait sous les balles terroristes de la contra à Somotillo, au Nicaragua. Juste vingt ans plus tard, le cinéaste indépendant Stéphane Goël est revenu dans ce pays d’Amérique centrale avec une délégation suisse. Son film sera présenté dimanche 10 septembre 2006, au Cinéma Rex, à Fribourg. A partir du 13 septembre, il sera dans les salles de cinéma de Suisse romande.

Cherchant les traces qui permettraient de reconstruire la mémoire, le cinéaste vaudois a tourné un film, «Que viva Maurice Demierre (y también la revolución)», présenté en première mondiale en août dernier au Festival du Film de Locarno, dans la section «Cinéastes du présent». On pourra le voir à partir du 13 septembre dans les salles de cinéma de Suisse romande.

Il y a 20 ans, en effet, Maurice ’»el Suizo» était assassiné au retour d’un chemin de croix pour la paix. Le jeune coopérant bullois de 29 ans, au volant de sa camionnette Toyota, ramenait à la maison un groupe de femmes et d’enfants, et ce fut l’embuscade meurtrière à la sortie du village. Cinq femmes allaient perdre la vie avec lui.

Interrogé par Sergio Ferrari (*), Stéphane Goël explique que l’histoire de ce volontaire engagé auprès des paysans nicaraguayens touche des thèmes qui lui sont proches: le monde rural, l’engagement, la construction d’un monde nouveau, la confrontation entre le rêve et la réalité. «J’aime faire des films qui racontent des trajectoires personnelles dans un contexte historique puissant. La confrontation de la petite et de la grande histoire», souligne le réalisateur.

Stéphane Goël suit son personnage principal, Chantal Bianchi – qui était la compagne de Maurice Demierre -, sur les traces de son passé. «Je voulais cette confrontation, ce regard sur le Nicaragua d’aujourd’hui. Pas seulement un film sur le passé, sur la nostalgie, mais aussi une prise de température (même très partielle) sur la réalité de ces paysans avec lesquels Chantal et Maurice ont vécus».

«Je voulais faire un film sur l’engagement, sur la résilience et, finalement, c’est un film sur la perte. La mort de Maurice Demierre représente, symboliquement, la mort de la révolution. Le travail de deuil que fait Chantal en retournant sur sa tombe fait écho au deuil que le peuple nicaraguayen doit faire de sa révolution». Stéphane Goël relève que la présentation de la pièce de théâtre de Chantal Bianchi (»Celle qui reste») à Somotillo, au nord du Nicaragua, a suscité une polémique avec le curé du village.

«Il a tout mis en oeuvre pour empêcher la commémoration de ce ’martyr sandiniste’. Je me suis rendu compte que, sous son aspect tranquille, le feu de la révolte couve toujours au Nicaragua et qu’un nécessaire travail de réconciliation n’a pas été fait. Il est absolument vital pour ce pays qu’un important travail de mémoire soit mené. Raconter l’histoire de cette période de révolution, mettre des mots sur l’espoir immense qui a été celui d’une génération et la déception cruelle qui a suivi», poursuit le cinéaste vaudois.

Financé grâce au soutien des collectivités publiques suisses (Office fédéral de la culture, DDC, canton de Vaud, SSR), le film a été présenté à Locarno. Il sortira la semaine prochaine dans les salles de Suisse romande,. Après, il sera diffusé sur la Télévision romande qui est coproductrice du film. Stéphane Goël va en faire une version sous-titrée en espagnol pour tenter de le diffuser dans des festivals en Amérique Latine. JB

(*) Sergio Ferrari, du Service de Presse E-Changer. (apic/be)

8 septembre 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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