Suisse romande: les orgues d’églises sont-elles condamnées à disparaître?
Les organistes protestants défendent leur rôle d’»officiant» (070494)
Lausanne, 7avril(APIC) La tension monte entre des paroisses et leur organiste, constate Daniel Meylan, président de l’Association des organistes
romands (AOR). Que faire de cet instrumentiste qui, pensent certains, fait
fuir les jeunes. Place à la guitare et aux chants plus rythmés, et que
l’organiste se contente d’un interlude, court de préférence, et de l’accompagnement des bruits de pieds avant et après le culte. Les organistes
protestants défendent leur rôle de véritables officiants.
Dans nos contrées, la fréquentation du culte montre que la majorité ne
lie plus sa vie à l’expression communautaire de la foi, expliquent Martine
Reymond et Robert Schwitzgeubel, tous deux organistes d’église dans le canton de Vaud. Le «soliste» qui va occasionnellement jouer au service
n’échappe pas à la règle. Il est étranger au cercle des initiés. Initiés
qui, eux-mêmes, ignorent souvent à quel point la musique fait partie du rite et supplée la vanité des mots quand ceux-ci ont atteint leur limite.
Le quiproquo est répandu: pour beaucoup, musique classique et musique
d’église sont synonymes. La formation hymnologique des pasteurs est trop
peu considérée et trop chichement dispensée en Faculté pour que les conseils de ces derniers soient d’un secours pertinent, s’ils n’ont pas pris
un intérêt personnel à la question, estiment les deux organistes. C’est
donc bien de «l’officiant-musicien» que viendra la lumière. Plus que d’un
virtuose, les Eglises ont besoin d’un maître de cérémonie rompu aux dates
liturgiques et aux symboles musicaux. C’est lui qui évitera impairs et dérapages. A ce titre, l’organiste d’église est un vrai professionnel de
l’office et le partenaire à part égale du ministre de la Parole.
Non au «fast food» musical
«Cela me ferait mal que nous passions pour des intégristes, estime Daniel Meylan, président de l’AOR. S’il y avait une musique religieuse contemporaine qui ne soit pas simplement tributaire des modes, nous la défendrions, mais il n’y en a pas.» Pour lui, le débat est avant tout théologique
et non seulement musical. «Comment expliquer autrement que des organistes
soient mis en demeure d’accepter les choix du pasteur – ou de la paroisse sous la menace d’un renvoi?» «L’Eglise révèle ce qu’elle vit aussi par son
choix musical. Aura-t-elle le courage d’être en-dehors des modes ou céderat-elle aussi à la vaine course à l’audimat?»
«On ne chante plus en famille et peu à l’école. Comment s’étonner que le
chant à l’église pose des problèmes?», interroge François Altermath, pasteur et organiste. Selon lui, une des mesures à prendre consisterait à réapprendre aux paroisses à chanter. L’opposition entre orgue et guitare est
absurde . Ces deux instruments ont chacun leur place. «Quand le pasteur a
un minimum de connaissance musicale et que l’organiste accepte d’entrer
dans le jeu, le culte peut intégrer la diversité sans négliger la qualité.»
(apic/spp/croire-ds/mms/mp)



