de Paul s’interrogent sur le chômage
Suisse romande: les soeurs de St-Vincent (280694)
«Entendre le cri des pauvres»
Fribourg, 28juin(APIC) Bien que n’étant pas menacées par le chômage, les
soeurs de St Vincent de Paul de Suisse romande ont consacré une journée de
réflexion à ce problème. Pour mener la discussion, elles ont fait appel à
l’abbé Guy Oberson, aumônier de l’action catholique ouvrière (ACO) et à Anne-Marie Chassot, secrétaire du mouvement. Comme les prophètes de la Bible,
il faut entendre le cri des pauvres aujourd’hui, ont relevé les religieuses.
Les Constitutions des soeurs de St Vincent de Paul leur demandent de
porter une attention particulière aux plus pauvres. «A l’école du Fils de
Dieu, les Filles de la Charité apprennent qu’il n’y a pas de misère qui
leur soit étrangère. Le Christ appelle continuellement leur Compagnie.
(…) Multiples sont les formes de pauvreté, multiples les formes de services». Ou encore: «saint Vincent rappelle que l’amour implique la justice;
aussi les soeurs se mettent-elles à l’écoute de leurs frères pour les aider
à prendre conscience de leur dignité».
Or il apparaît clairement que depuis près de trois ans, le chômage engendre de nouvelles pauvretés. C’est donc la situation concrète de chômeurs
qui interpelle les religieuses.
L’économie est devenue en quelque sorte un nouveau dieu auquel l’homme,
les jeunes et la famille doivent se soumettre. Beaucoup ne comprennent pas
les inégalités qui apparaissent dans la société, les informations données
et les décisions prises sur le marché du travail. Pour les Filles de la
Charité, il n’est pas question de baisser les bras. Le chômage est un mal
pour l’homme et il faut le combattre. «Il faut entendre le cri des pauvres
aujourd’hui», a rappelé Anne-Marie Chassot, comme autrefois les prophètes
l’ont entendu. Là où elles se trouvent, à travers leurs engagements, les
soeurs voient la nécessité de soutenir toutes les initiatives visant à résoudre ce grave problème social et humain. Les responsables politiques doivent fournir des réponses nouvelles.
Parler de chômage ne va pas sans remettre en question les emplois que
certaines soeurs occupent. Prennent-elles la place de laïcs en recherche
d’emploi? Le travail bénévole que certaines accomplissent pourrait-il être
confié à des laïcs et rétribué? Les soeurs ont fait cependant remarquer
que, pour résoudre les problèmes de vieillissement, de nombreuses congrégations ont engagé des laïcs pour la cuisine, l’intendance, l’entretien des
jardins. Pour les soins aux religieuses âgées, les communautés ont également créé leur propre infirmerie avec du personnel laïc, étant donné que
les soeurs n’ont pas droit aux mêmes prestations que les laïcs.
Les personnes touchées par le chômage sont choquées, découragées et finalement se démobilisent, notent les soeurs. Comment réagir quand d’un côté
les banques annoncent de bénéfices records et de l’autre rechignent à revoir les conditions d’un prêt hypothécaire? Le chômage apparaît également
comme une menace pour les relations entre Suisses et étrangers, alors que
les uns ont besoin des autres.
Il n’est pas dans l’intention des Filles de la Charité de s’engager politiquement. Leur place est aux côtés de ceux qui peinent dans la vie. Mais
cette journée leur a permis de redécouvrir l’importance de leur participation à la vie politique, la nécessité de s’informer davantage afin de soutenir les politiciens qui s’engagent vraiment en faveur des plus défavorisés.
Les soeurs s’inquiètent de la perte d’humanité. Lorsque l’être humain
n’est plus accepté dans son droit au travail, on nie en quelque sorte son
droit à l’existence. Accepter sans réagir que des gens soient marginalisés
de la société est une attitude très grave. Quel projet d’avenir peut faire
un chômeur en fin de droit? Que pourra-t-il offrir à ses enfants?
A l’issue de la journée, les soeurs ont pris une série de décisions:
mieux écouter toute personne en situation de chômage; mieux s’informer sur
les questions liées à ce problème; refuser toute parole ou attitude d’indifférence ou de résignation face à ce fléau social; soutenir toutes les
initiatives capables de redonner espoir aux chômeurs; soutenir lors des
élections les candidats qui partagent leur préoccupation sur la place des
plus fragiles dans la société. (apic/com/mp)



