Suisse romande: «Un autre appel du 18 juin» à l’occasion de la Journée du réfugié 2000

Autorités ecclésiales et politiques interpellées sur les réfugiés

Lausanne, 18 juin 2000 (APIC) «La politique d’asile de la Suisse s’éloigne de plus en plus des principes éthiques que les Eglises avaient exprimés dans leurs mémorandums des années 80, comme elle s’éloigne du droit et de la simple humanité.» Tel est le sévère constat dressé par une cinquantaine de militants réunis dimanche 18 juin, dans la paroisse protestante de Sévelin, à Lausanne. A cette occasion, un groupe de personnalités chrétiennes romandes engagées auprès des réfugiés ont lancé «Un autre appel du 18 juin».

Les participants à cette «Journée d’interpellation des autorités ecclésiales et politiques» ont entendu des témoignages poignants de requérants d’asile, ainsi que de Suisses qui s’efforcent de résister à la dégradation de la situation. Ils ont adopté un appel dont le titre est un clin d’œil au célèbre appel lancé par le général de Gaulle le 18 juin 1940.

Les mémorandums des Eglises

Par leur seule présence, les réfugiés constituent un défi pour la Suisse comme pour chacune et chacun d’entre nous, écrivent les auteurs de l’appel de dimanche. «Il s’agit de reconnaître comme des êtres humains ces milliers de personnes qui demandent l’asile chez nous et qui ont droit à être traités conformément à la dignité humaine», affirmaient les Eglises de Suisse dans le mémorandum de 1985 intitulé «Aux côtés des réfugiés». Les Eglises chrétiennes suisses évoquaient déjà un durcissement dont elles rendaient responsables «les politiciens qui préconisent une politique d’intimidation

Non à «l’accoutumance à la xénophobie et à l’idéologie de la dissuasion»

Deux ans plus tard, dans un second mémorandum, les Eglises mettaient en garde contre «l’accoutumance à la xénophobie et à l’idéologie de la dissuasion». Enfin, en 1991, dans une nouvelle déclaration, elles rappelaient que «la communauté chrétienne est appelée à aider les personnes en difficulté à vivre une existence digne de ce nom à l’intérieur et non en marge de la société.»

Oeuvrant en Suisse romande, à divers titres, dans le domaine de l’asile et réunis à Lausanne le 18 juin 2000, les participants à la rencontre de Sévelin ont relu ces textes en les confrontant à la réalité actuelle. Ils constatent «une grave dégradation des conditions d’accueil des requérants d’asile». L’idéologie et la pratique de la dissuasion – souvent appelée «réduction de l’attractivité de la Suisse» – ne font que s’amplifier: «On ne cesse de renforcer, de manière quasi hystérique, l’arsenal législatif. Dans un nombre croissant de cas, les autorités n’entrent pas en matière sur la demande d’asile. Les prestations d’assistance sont réduites bien en dessous de ce qui est considéré comme le minimum vital et l’on empêche toujours plus de requérants de travailler».

Dans leur nouvel «Appel du 18 juin», les signataires déplorent que le discours officiel mette sans cesse l’accent sur les «abus» et sur la criminalité, la préoccupation essentielle devenant désormais le renvoi, y compris par la force. Même si l’on risque ainsi, dans le cas du Kosovo, de contribuer à déstabiliser une région. «Pour ceux dont on n’obtient pas, malgré tout, le départ, on envisage la création de camps d’internement et le rejet dans l’»anonymat» et la clandestinité. C’est-à-dire la négation de leur qualité d’êtres humains!»

Manipulations politiciennes dénoncées

Les participants constatent que l’on est bien loin d’un traitement conforme à la dignité humaine que réclamaient les Eglises en 1985. «Pourtant, et comme elles le craignaient, une grande partie de l’opinion publique, orientée, pour ne pas dire manipulée par des politiciens qui utilisent la question de l’asile à leurs propres fins, s’est «accoutumée» à l’inacceptable.» Ils estiment qu’une société s’honore quand elle traite avec respect les plus faibles et les plus démunis. «Par contre, elle est en danger moral et spirituel quand elle les traite avec mépris!»

A leurs yeux, en Suisse, les requérants d’asile apparaissent comme des boucs émissaires choisis pour détourner l’attention d’un système économique impitoyable, à l’origine des peurs et des difficultés de la population. «Le mépris à leur égard nous entraîne à mépriser d’autres couches défavorisées, comprenant également des citoyens helvétiques. Le non respect de leurs droits fondamentaux menace les droits de tous».

Se référant à «celui dont nous essayons d’être des disciples, Jésus-Christ, qui a manifesté une prédilection pour les plus petits», ils s’engagent à ne pas s’»accoutumer» à ce que les requérants d’asile, ou d’autres, soient considérés comme des «sous humains ou, pire encore, comme des «non-êtres». Ils s’engagent également dans leur appel à continuer de résister de toutes leurs forces «aux abus des autorités et de certains fonctionnaires».

Les autorités des Eglises appelées à s’engager sur le terrain

Les signataires appellent les autorités des Eglises à mettre elles-mêmes en pratique les mémorandums qu’elles ont proclamés dans les années quatre-vingt. «Nous jugeons nécessaire une présence – physique – accrue de ces autorités dans les lieux où vivent les requérants d’asile, une écoute plus attentive de ceux et celles qui se tiennent auprès d’eux. Nous leur demandons aussi de contribuer à former l’opinion publique, de prendre clairement position dans le débat sur l’asile chaque fois que c’est nécessaire et de se montrer fermes dans leur dialogue avec les gouvernements des cantons ou de la Confédération et avec les administrations concernées. «

Finalement, c’est l’ensemble de la société qui est appelée à considérer la présence de requérants d’asile d’une manière objective. «Ils ne représentent nullement, par leur nombre, un poids insupportable : des pays d’Afrique ou d’Asie en accueillent plus que nous, avec des moyens bien inférieurs aux nôtres. (…) Nous appelons nos autorités civiles à examiner les demandes d’asile selon la lettre et l’esprit des conventions internationales en vigueur. Si des requérants ne peuvent être admis ou doivent repartir, cela doit se faire dans le respect des personnes et sans risques pour leur intégrité. Nous sommes persuadés qu’un accueil digne et généreux, fondé sur les valeurs éthiques de notre population, constitue pour celle-ci un élément essentiel de l’estime qu’elle se porte à elle-même». (apic/com/mb/be)

19 juin 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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