Suisse: Shafique Keshavjee et Claude Ducarroz déplorent la diffusion de «Dominus Iesus»

Le dialogue œcuménique s’est pourtant renforcé

Lausanne, 8 novembre 2000 (APIC) Le théologien protestant Shavique Keshavjee et l’abbé Claude Ducarroz déplorent tous deux le caractère triomphaliste de «Dominus Iesus», même s’ils constatent que le dialogue œcuménique a été renforcé par cette publication. Les deux conférenciers étaient les invités des informateurs religieux de Suisse romande, réunis mercredi 8 novembre à Lausanne.

Spécialiste du dialogue interreligieux, le pasteur Shavique Keshavjee souligne que la déclaration «Dominus Iesus» réagit face au relativisme et au syncrétisme, et tente de prévenir le tourisme religieux. Parmi les retombées du document, Shavique Keshavjee relève que les affirmations de «Dominus Iesus» ont été bien accueillies par de nombreux catholiques d’Orient, plus à l’aise pour se positionner face aux musulmans. «Ce texte a aussi permis aux musulmans en Suisse de s’affirmer à leur tour aussi dans l’absolu», a précisé le pasteur protestant.

Le conférencier déplore cependant que la vérité, personnalisée dans la Bible par le Christ, soit utilisée par l’Eglise catholique pour assurer sa supériorité face aux autres croyances religieuses. «Le Christ est une autorité qui s’exprime dans le service et dans l’humilité, mais qui ne s’impose pas», relève le pasteur protestant. Au moment même où la société devient pluraliste, l’Eglise catholique s’exprime de façon «hiérarchique» et veut inclure les autres religions, sans tenir compte du dialogue interreligieux, souligne-t-il.

Dialogue œcuménique renforcé

Le pasteur Keshavjee a cité les deux phrases du document qui ont particulièrement fait réagir les milieux protestants: «L’Eglise du Christ continue à exister en plénitude dans la seule Eglise catholique (no 16). Et si certaines valeurs sont à relever dans les autres croyances, elles dérivent de la foi catholique». Le langage du Vatican est jugé arrogant par Shavique Keshavjee, à l’extérieur comme l’intérieur de l’institution, et le pasteur relève que le dialogue œcuménique s’est vu renforcé, du fait du peu d’enthousiasme de la plupart des catholiques. Certains milieux ont même lancé une pétition à l’intention du pape Jean Paul II et du cardinal Ratzinger, leur demandant de retirer la déclaration romaine et de composer un texte tenant compte des différentes sensibilités catholiques.

Un document rédigé la peur au ventre

«Il y a longtemps qu’un document romain n’avait suscité autant de réactions et de discussions, et cela dans tous les milieux», relève l’abbé Claude Ducarroz, auxiliaire à la paroisse St-Jean à Vevey et rédacteur au journal «l’Echo». Pour le prêtre fribourgeois, «Dominus Iesus» est un texte réactif, dicté par la peur du syncrétisme. «Or, la peur empêche de conserver un langage humble et charitable», relève-t-il en regrettant qu’une valeur comme la vérité soit exprimée sans charité ni humilité.

L’abbé Ducarroz estime que la déclaration romaine traite de sujets importants et intéressants. «Je suis content du fondement interreligieux du document. Les autres religions ont une grande valeur, dans le rayonnement du Christ sauveur», relève-t-il.

Pas de marge pour la conversion

Pour le conférencier, l’affaire se gâte dans les deux chapitres consacrés à l’unicité de l’Eglise. «Le dialogue œcuménique nécessite des positions claires, mais il suppose que l’on accepte de s’enrichir des connaissances de l’autre. Or, comment cela est-il possible avec une attitude triomphaliste? Où se trouve la marge pour la conversion de l’Eglise catholique?», se demande l’ancien curé l’église du Valentin, à Lausanne. Il regrette que les bonnes questions posées par le document romain n’aient pas fait l’objet d’un dialogue préalable, notamment avec les réformés. Il déplore également que «le centralisme ait été préféré à la collégialité» et que les évêques des pays en prise avec l’œcuménisme n’aient pas été consultés.

Le prêtre fribourgeois constate, tout comme le pasteur Kevshajee, que l’œcuménisme progresse et que le document romain n’a pas entamé la foi de ceux qu’anime un esprit de dialogue: «Souvent, l’affirmation de positions claires provoque un échange constructif». Le danger, pour le prêtre-journaliste, c’est que de nombreux catholiques, déjà peu concernés par leur Eglise, quittent le bateau en silence, découragés par les prises de position du Vatican et sans avoir de lieu où exprimer leur souffrance. (apic/bb)

9 novembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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