Cette authentique réfugiée n’aurait aucun statut en Suisse

Suisse: Si l’initiative de l’UDC sur l’asile avait été en vigueur

Michel Bavarel, de l’agence APIC

Genève, 8 novembre 2002 (APIC) Elle a été enseignante, puis ministre dans un pays africain. A la suite de graves troubles, elle a dû s’enfuir et elle a abouti en Suisse après avoir transité par un pays «sûr». Si l’initiative de l’UDC «contre les abus du droit d’asile», soumis en votation populaire le 24 novembre, avait alors été en vigueur, les autorités ne seraient pas entrées en matière sur sa demande d’asile.

Même si elle n’aime pas trop le mettre en avant, Marcienne Mujawaha a été ministre dans le gouvernement de son pays. Elle est d’ailleurs venue à deux reprises à Genève en mission officielle. Quand la situation s’est détériorée chez elle, elle a commencé par placer les cinq enfants dont elle a la charge à l’abri dans un pays voisin. «Ils étaient traumatisés par les horreurs qu’ils voyaient et avaient peur que je meure d’un moment à l’autre. Avec raison, parce que c’était possible».

Elle a fini par les rejoindre «en attendant que ça se calme». Cependant, là aussi elle était en danger : des policiers venaient chez elle, de jour comme de nuit, armés de barres de fer ou de bâtons. «Les enfants tremblaient de tous leurs membres». A la recherche d’un havre pour sa famille, elle est partie pour la France, avec l’intention de se réfugier ailleurs en Europe. Les circonstances ont fait qu’elle a finalement abouti en Suisse, un peu par hasard. «Mais je ne suis pas venue parce que je mourais de faim chez moi !» souligne-t-elle.

Est-ce différent d’être reçue par la Confédération comme requérante d’asile plutôt que de l’être comme ministre ? «Oh la la ! J’ai été hébergée comme tout le monde au Centre d’enregistrement, on m’a fouillée.» A l’arrivée, dit Marcienne, alors qu’on est déjà fragile à cause de ce qu’on a vécu auparavant, on subit un choc. «Il y a toutes ces restrictions, l’ignorance de ce qui va nous arriver, cette attente et la suspicion des auditeurs lors des interviews.»

Pourtant, elle avait avec elle ses documents d’identité et ses dires étaient aisément vérifiables, ce qui n’est bien sûr pas le cas de tous les requérants d’asile. «Quand on s’enfuit, on n’a pas toujours le temps d’aller chercher les actes de naissance, de mariage, etc. Et si votre maison a été incendiée, vous partez sans rien !» On doutait même, dans certains services de l’Etat, que ses enfants étaient bien les siens, car ils portent un autre nom qu’elle. «Dans notre culture, c’est tout à fait normal !»

Blessée par les propos de l’UDC

Marcienne a tout de même bénéficié d’une certaine compréhension des autorités helvétiques. «Comme mes enfants étaient en danger en Afrique, on m’a permis de les faire venir, avant même de m’octroyer, au bout de huit mois, le statut de réfugiée». Un statut qu’elle n’aurait pas obtenu si les dispositions figurant dans l’initiative de l’UDC avait alors été en vigueur, puisqu’elle avait transité par un «pays sûr». Sa demande n’aurait même pas été examinée sur le fond et elle aurait fait l’objet d’une non entrée en matière.

Elle a regardé, dimanche, l’émission «Droit de Cité» sur cette initiative à la Télévision romande et l’attitude des représentants de l’UDC l’a heurtée : «Ce que ces gens-là ont dit et la façon dont ils l’ont dit m’a fait mal, m’a blessée. C’est sans doute ce qu’ils veulent. Peuvent-ils imaginer un instant comment vit un réfugié ? Je ne leur souhaite pas de fuir leur pays, mais peut-être de passer une petite semaine dans cette situation leur ferait mieux comprendre notre réalité».

Marcienne a subsisté durant les premiers mois de son séjour grâce aux – maigres – prestations d’assistance accordées aux requérants d’asile. «Est- ce que les gens de l’UDC pourraient vivre avec cela ?», demande-t-elle. Récemment, elle a travaillé dans un lieu insalubre, «comme je n’aurais jamais imaginé qu’il en existe en Suisse». Un travail épuisant et, bien sûr, sans aucun rapport avec sa formation. «Mes camarades et moi-même étions là par désespoir, parce que nous ne pouvions trouver mieux».

L’initiative de l’UDC la révolte. «C’est une honte pour la Suisse qui a signé la Convention de Genève sur les réfugiés et a l’image d’un pays humanitaire, respectueux des droits de l’homme. Heureusement que tout le monde ici ne pense pas comme l’UDC !» MBA

Encadré

Ecoeurée par l’attitude des pays riches

Depuis cinq ans, Barbara Tschopp est permanente d’ELISA qui accorde une assistance juridique bénévole aux requérants d’asile. Elle se dit «écoeurée» par l’attitude des pays riches. «Les requérants ont besoin de compréhension, de respect et d’être traités comme des êtres humains. Or ils sont l’objet d’un rejet, on les met à l’écart et on les laisse se débattre tout seuls, en proie à n’importe quoi et à n’importe qui.» Alors qu’on aurait les moyens de faire autrement ? «Largement, mais il y a une volonté politique de ne pas faire autrement».

Quand les requérants sont accompagnés – c’est l’une des tâches d’ELISA – Barbara Tschopp estime qu’on les interroge chez nous d’une manière relativement correcte. Cependant, dit-elle, les prises de décision sont parfois insultantes. «On dénigre leurs arguments, on leur dit qu’ils ont menti, alors que ce n’est pas le cas, et l’on se base là-dessus pour justifier un refus. Quand il s’agit de personnes psychologiquement fragiles, mieux vaut ne pas leur donner la décision à lire, mais leur en faire part avec précaution.» MBA

(apic/mba)

8 novembre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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