Suisse: Un manuel pour guider les Eglises protestantes face à- l’évolution des mœurs
«Qui a peur des homosexuels?»
Marie-José Portmann, APIC
Berne, 5 juin 2001 (APIC) Le titre du dernier ouvrage des éditions «Labor et fides», à Genève, est provocateur autant que sa page de couverture. «Qui a peur des homosexuels» propose aux 2,6 millions de protestants Suisse une base de réflexion sur la bénédiction de couples de même sexe et l’engagement de pasteurs homosexuels.
«Tout en contribuant un tant soi peu à intégrer «homos» et «hétéros» dans la même Eglise», écrivent les trois coauteurs (1) Isabelle Graesslé, pasteure à Genève et présidente de la Commission théologique de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS), Christoph D. Müller, doyen de la Faculté de théologie protestante de Berne et Pierre Bühler, professeur à la Faculté de théologie protestante de Zurich, également de la commission de la FEPS.
Mardi 5 juin à Berne, ils ont présenté leur ouvrage à la presse à la fois comme un état des lieux des prises de positions et des discussions des Eglises protestantes de Suisse, et comme un accompagnement critique pour les démarches à entreprendre par les 20 Eglises cantonales et à l’Eglise évangélique méthodiste, membres de la FEPS. Illustré de photographies noir-blanc de couples homophiles, ce livre de 240 pages vise également une perception plus concrète des réalités de l’amour humain.
Face aux résistances
Les Eglises sont-elles prêtes à accepter la bénédiction de couples de même sexe? Sont-elles prêtes à engager des pasteurs homosexuels en les autorisant à vivre en couple dans les cures des paroisses réformées? «Notre objectif a été d’aborder de front la question de l’homosexualité dans les Eglises protestantes de Suisse et les résistances qui apparaissent chaque fois que ce sujet est traité», explique la pasteure genevoise Isabelle Graesslé.
Beaucoup d’exécutifs cantonaux ont déjà pris position sur la bénédiction des couples homosexuels, poursuit la présidente de la Commission théologique de la FEPS, confrontés à la nomination de pasteurs homosexuels et à leur installation avec leur compagnon à la cure. A la suite également cultes de bénédiction «sauvages» de couples homosexuels.
Les résultats sont assez contrastés de part et d’autre de la Sarine, la Suisse alémanique ayant bénéficié d’une vague de sensibilisation à la question de l’homosexualité dans les années septante déjà.
Les Eglises qui n’ont pas encore publié de documents à ce sujet y seront obligées tôt ou tard, sous peine de se voire accusées de discrimination si les législations ecclésiales se montrent plus restrictives que l’Etat. L’Office fédéral de la justice annonce en effet un avant-projet de loi proposant le partenariat enregistré des couples homosexuels.
Une menace pour le mariage religieux traditionnel
Au-delà des approches théologiques ou anthropologiques, l’ouvrage donne la parole à une personne concernée, une pasteure qui espère pouvoir livrer son identité dans une édition ultérieure et qui rappelle que «l’essentiel, c’est l’amour qui unit les personnes homosexuelles (comme d’ailleurs les hétéros). Une fois cet amour placé au centre, tout devient secondaire», affirme la théologienne dans son témoignage.
Le doyen de la Faculté de théologie de Berne appelle les Eglises à manifester la liberté d’esprit, des réformateurs et de Luther en particulier pour avancer dans la réflexion sur l’homosexualité. L’amalgame entre homosexualité et péché demande que la théologie protestante approfondissent la notion de péché.
Le théologien se demande aussi pourquoi certaines Eglises refusent d’innover, attendant que l’Etat prenne les premières mesures, alors que d’autres osent des gestes prophétiques qui ouvre un nouveau champ d’action à l’Etat.
L’évolution des mœurs commande de mener «assez vite» un travail théologique, liturgique et pastoral. Selon le professeur de théologie, la peur du changement fait ressentir de nouvelles formes de coexistence comme des menaces pour le mariage hétérosexuel traditionnel, «alors qu’elles peuvent être tout aussi respectueuse de l’autre, et de la tradition religieuse».
Un jugement décalé par rapport à la vérité de la foi
Décider de bénir ou de ne pas bénir en fonction de ce qu’on imagine être la volonté divine est en complet décalage avec «la vérité de la foi chrétienne», estime le prof. Pierre Bühler. La parole théologique est d’abord une provocation, «un appel à incarner sans réserve et sans jugement de valeur l’homme et la femme que Dieu «, assure le prof. de la Faculté de théologie protestante de Zurich.
La théologie doit abandonner sa prétention «à surplomber l’ensemble de la réflexion», en dialoguant avec les autres sciences et en se remettant en question, poursuit le théologien.
Avant de décider qui l’on accepte ou qui l’on rejette, il faudra se rappeler que l’Eglise n’est faite que d’hommes et de femmes fragiles, placés sous le signe de la sollicitude divine éternelle. La grâce seule, le Christ seul est l’un des principes chrétiens revitalisés par le protestantisme, ajoute le professeur.
«Qui a peur des homosexuels» présente également avec les déclarations officielles des Eglises, une réflexion sur une éthique sexuelle œcuménique ainsi que l’état du débat sur l’orientation sexuelle dans les différentes parties du monde, avec des contributions de Pascale Rondez, Konrad Haldimann, Céline Ehrwein, Denis Müller, Christoph D. Müller, Bruno Bürki, Christine Lienemann Perrin, Bénézet Bujo, Wolfgang. Lienemann, Bob Scott, Asha De. (apic/feps/mjp)



