Mais les interviewés sont également . des étrangers
Suisse: Une étude veut montrer l’attitude des Suisses envers les étrangers
Propos recueillis par Valérie Bory, Apic
Genève, 27 juin 2006 (Apic) «Une étude met en exergue la xénophobie en Suisse» ou «Plus de la moitié des Suisses» a des préjugés» contre les étrangers et un sur cinq est «antisémite». Les médias rendent compte le 25 juin de l’enquête réalisée par le Département de sociologie de l’Université de Genève. L’échantillon dit représentatif comprend aussi. les étrangers résidant en Suisse. L’Apic a demandé à Sandro Cattacin, sociologue, responsable de la recherche, des éclaircissements.
L’étude sur les rapports entre les Suisses et les étrangers, présentée le samedi 24 juin, est financée par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS). Elle subdivise la population sondée (un échantillon de 3’000 personnes) selon 4 groupes, dont le groupe «traditionaliste désorienté», dans lequel «près d’un Helvète sur dix est un traditionaliste xénophobe» (rapporté par Le Temps, 26 juin). Problème: on apprend que dans ce groupe se trouvent aussi des ressortissants de l’ex Yougoslavie.
Apic: Votre échantillon ne comprenait donc pas que des Suisses?
S C. Non, en effet. L’étude est représentative pour (les habitants de) toutes les régions de la Suisse. On a donc a aussi parmi les sondés la population étrangère.
Apic: Est-ce que ces résultats du sondage en Suisse, vite devenus dans les médias les réponses «des Suisses», ne sont-ils pas faussés, dans un pays où la proportion résidante étrangère (qui possède un permis d’établissement), de quelque 22%, est englobée dans les résultats?
S.C. On a testé cette question – On peut dire que l’influence de l’échantillon étranger dans le résultat final est très petite.
Apic: Par exemple?
S.C. Par exemple sur l’islamophobie. Si on enlève les musulmans du sondage, cela diminue le tout de 2% seulement.
Apic: Et sur la question, très délicate aussi, de l’antisémitisme?
S.C. Oui, là on a regardé évidemment avec beaucoup d’attention. Les musulmans compris dans le sondage sont nettement plus fortement antisémites, mais comme leur nombre (musulmans antisémites) se résume à 180 personnes. Cela n’a pas d’influence statistique.
Apic: Vous avez quelques données où les réponses des Suisses et des étrangers, du moins, précisez-vous, de certaines catégories d’étrangers, sont séparées, cela n’apparaît pas dans la presse.
S.C. Oui c’est tout à fait juste. La presse n’a pas repris cela. Mais nous avons surtout voulu voir si l’instrument (de recherche) marche pour les étrangers. Et on a quelques doutes sur pas mal de questions car la différenciation est grande. Ce que l’on peut dire par exemple, c’est que les Italiens (Ndlr deuxième grand groupe d’immigrés en Suisse derrière l’ex-Yougoslavie) se comportent selon les critères autres que les critères relevants concernant la population suisse. Sur le petit échantillon de musulmans ou de personnes de l’ancienne Yougoslavie, il y a des différences majeures, mais qu’on n’arrive pas statistiquement à valider
Apic: Ce sont des différences sur quoi, par exemple?
S.C. Eh bien, sur le sexisme, le rôle traditionnel de la femme. Chez les musulmans il est plus haut (le sexisme est plus élevé).
Apic: Il est dommage de mettre dans un même échantillon, dénommé suisse, des cultures différentes et de nier aussi, de ce fait, l’aspect multinational de la Suisse.
S.C. Non, car en fait il y a 2 parties dans l’enquête: l’une ou les questions sont posées à tout le monde et l’autre où les mêmes questions sont posées plus particulièrement aux étrangers Dans ce qu’ont repris les journaux, ils ne se sont préoccupés que de l’ échantillon global, c’est vrai. Mais comme je viens de le dire, l’échantillon global donne les mêmes résultats que si on sépare les 500 étrangers des 2’500 Suisses de l’échantillon, qui comportait 3’000 personnes. Cela ne change rien du tout car la partie «suisse», dedans, est tellement grande que l’effet des étrangers sur l’échantillon total est négligeable.
Apic: Dans la mesure ou il y a quelque 22% d’étrangers ayant un permis de résident, votre échantillon devrait avoir aussi 22% d’étrangers, non?
S.C. En effet, il n’y a pas 22% d’étrangers dans notre échantillon. Il y a 500 étrangers sur 3000 personnes, donc cela fait un peu moins, soit 1/6ème.
Apic: Pourquoi? Comment l’expliquez-vous?
S.C. On ne peut pas le faire. Si on voulait avoir une différenciation des étrangers, des groupes étrangers, on aurait besoin d’un échantillon non pas de 3000 personnes, mais de 20 ou 30’000 personnes. Ce n’est pas possible matériellement. Pour la partie qui contient les réponses des étrangers, on a fait le choix uniquement d’un groupe longtemps installé dans le pays, les Italiens, et des résidents de l’ex-Yougoslavie aussi.
Apic: Donc, une extrapolation a été faite sur ces 2 catégories d’étrangers seulement, dans votre l’étude?
S.C. Oui. Parmi la population étrangère de l’étude, on a fait un oversampling (sorte d’extrapolation) uniquement pour les Italiens et les personnes de l’ex Yougoslavie. C’est un choix. Nous avons fait la même chose pour le Tessin. Nous n’avons pas fait d’analyse spécifique. On voulait sortir les données générales, montrer que l’instrument marche. Je pense qu il faut attendre les prochains 12 mois pour en tirer une analyse sur les étrangers. C’est prévu, mais cela risque de durer encore un petit moment.
Apic: En regardant la presse, à nouveau on va se dire: Ah comme les Suisses sont xénophobes.. Peut-être que sur un sujet si délicat, on aurait dû ne pas se contenter de tendances générales?
S.C. Cela aurait été tout à fait possible mais ne changerait pas le résultat. Si j’ai 10 personnes et que 2 de ces 10 personnes répondent d’une manière différente, j’arrive pourtant à dire sur les 10 personnes quelle est la tendance. C’est ça notre logique.
VB
L’étude a été réalisée dans le cadre du Programme national de recherche (PNR 40+) Extrêmisme de droite et contre-mesures, FNS, 2006.
Encadré
Etrangers ayant un permis de séjour stable
Sur un total de quelque 21% d’étrangers en Suisse, les Italiens représentent 21 % de la population étrangère totale, suivis des ressortissants de Serbie, avec 13.3%, Macédoine, 4%, Bosnie, 3%, Croatie, 2,9%, Portugal 10%, Allemagne 9%, Turquie 5,2%, Espagne 5,2, France 4,5, Autriche 2,1. Autres pays européens 7,3. Autres continents 13,1%. On le sait, la plus grande partie des étrangers résident depuis plus de 15 ans en Suisse ou sont nés en Suisse, mais ne se naturalisent pas: (le taux de naturalisation est de quelque 3%). La Suisse a le plus fort taux de résidents étrangers parmi ses voisins européens. (Source OFS 2003).
(apic/vb)



