Un pays durement secoué par la crise financière

Suisse: Visite en Suisse alémanique de Mgr Bürcher, évêque de Reykjavik, en Islande

Jacques Berset, agence Apic

Zurich/Reykjavik, 16 février 2009 (Apic) La crise financière internationale a durement secoué l’Islande, qui a vu l’effondrement des trois plus grandes banques, la chute de la monnaie nationale et une sévère récession économique. Dans un pays où le secteur financier en rapide croissance représentait huit à neuf fois le PIB de l’île scandinave, l’ère du néo-libéralisme et du «laisser faire» est désormais terminée. Mais le peuple en ressort traumatisé. Témoignage de l’ancien évêque auxiliaire de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), depuis un peu plus d’un an évêque de Reykjavik, en Islande.

Mgr Pierre Bürcher est à la tête de quelque 9’000 catholiques, dont une grande majorité d’immigrés polonais, philippins, lituaniens, portugais. Sur une population totale de quelque 319’000 habitants, moins d’un quart des catholiques de l’île sont d’origine islandaise. Ils vivent dans 5 paroisses réparties sur tout le territoire, soit deux fois et demi la Suisse, avec treize églises et chapelles.

L’évêque de Reykjavik a rencontré l’Apic à l’occasion d’une tournée de conférences en Suisse alémanique et dans la Principauté du Liechtenstein à l’invitation de l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) à Lucerne, qui finance certains projets pastoraux de cette Eglise de diaspora (*). La Scandinavie, de tradition luthérienne, est en effet un pays de diaspora pour les catholiques, souvent d’origine étrangère.

Apic: Mgr Bürcher, décrivez-nous d’abord votre communauté. Quelles sont ses caractéristiques ?

Mgr Bürcher: A la fin de l’année 2007, le diocèse catholique de Reykjavik, qui couvre l’ensemble du territoire islandais, comptait 9’351 catholiques. Vu les distances, le ministère est très difficile. Il faut beaucoup de temps pour les déplacements. Ainsi, la toute dernière paroisse qui a été créée, celle de Reydarfjordur, à l’est de l’île, s’étend sur 600 kilomètres. C’est là que se trouve le nouveau couvent des capucins de Kollaleira, à Reydarfjordur. Dans la région vient d’être terminée l’usine d’alumium de la firme américaine Alcoa, la plus grande de l’île. Les routes pour accéder à cette paroisse sont extrêmement difficiles, spécialement en hiver.

Actuellement, nous avons 16 prêtres engagés dans la pastorale du diocèse, ainsi que de nombreux laïcs qui témoignent de leur foi de façon exemplaire dans tout le pays. A part un seul prêtre islandais, nos prêtres sont tous des étrangers, comme l’évêque! Ils viennent de la Hollande, de la France, de l’Angleterre, de l’Irlande, de la Slovaquie et de la Pologne. Je tente aussi de trouver un prêtre phillipin pour desservir les travailleurs immigrés philippins installés dans le pays. C’est pratiquement une Eglise de diaspora, avec les prêtres et de 36 religieuses venant de l’étranger. Elles viennent essentiellement de Hollande, de Pologne, ainsi que d’Argentine et du Brésil.

Apic: Vos fidèles sont donc essentiellement des travailleurs immigrés…

Mgr Bürcher: Effectivement, ces dernières années, le nombre des catholiques a fortement augmenté en raison de l’arrivée de forces de travail en provenance de pays ou de régions majoritairement catholiques, comme la Pologne, les Philippines ou la Lituanie.

Sans compter le nombre de naissances, car notre communauté est composée de gens jeunes. En 2008, 183 enfants ont été baptisés alors que seulement 24 fidèles sont décédés.

Apic: Sur le plan financier, votre Eglise a peu de moyens.

Mgr Bürcher: C’est un fait: depuis sa fondation, il y a 40 ans, le diocèse de Reykjavik a toujours dépendu quasi entièrement de l’aide financière extérieure. C’est pourquoi je suis très reconnaissant à l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) de nous venir en aide. En effet, l’Etat islandais verse, pour chaque catholique déclaré âgé de plus de 16 ans, un montant équivalent à 5 euros par mois, ce qui est très peu. Cette contribution, qui va à toutes les communautés religieuses reconnues en Islande, est payée par l’impôt civil. L’Eglise nationale luthérienne islandaise bénéficie d’autres contributions financières de l’Etat en raison de son statut constitutionnel privilégié.

Les sectes ne sont pas reconnues, mais les autres Eglises, comme l’Eglise orthodoxe russe ou l’Eglise catholique romaine, reçoivent certes une petite contribution, mais elle ne couvre qu’une petite part de nos besoins. C’est la raison pour laquelle il est très important pour notre diocèse que les nouveaux arrivants catholiques soient enregistrés, ce qui ne se fait pas automatiquement. Par exemple, les Polonais qui arrivent sont informés par l’Eglise catholique qu’ils doivent être enregistrés. L’information est ensuite transmise aux autorités et c’est sur cette base là que le gouvernement verse sa modeste contribution.

Il faut noter aussi que peu de catholiques islandais de souche – qui ne sont même pas 2’000! – sont à même de soutenir l’Eglise par des contributions significatives. Le diocèse dépend ainsi totalement de l’aide extérieure.

Apic: Outre les soucis financiers, quels sont les défis pastoraux auxquels vous êtes confronté ?

Mgr Bürcher: L’un des défis principaux pour notre pastorale réside dans la catéchèse ainsi que dans la formation des jeunes et des adultes. Nous sommes également actifs dans le domaine de l’aide sociale à nos fidèles, grâce à notre Caritas, qui est très active dans les paroisses, notamment depuis l’éclatement de la crise financière. La Caritas organise des collectes et des concerts de bienfaisance.

Les familles en difficultés sont de plus en plus nombreuses. Les paroisses aident au niveau matériel, par exemple par la distribution d’habits, et au plan spirituel, par des temps de prière et d’accueil. La plupart des immigrés polonais travaillent dans la pêche ou dans le secteur de la construction, qui est très trouché par la crise.

Beaucoup d’entreprises ont fait faillite et de nombreux chantiers sont arrêtés. Les Philippins sont davantage actifs dans les secteurs touristique et hôtelier. Il faut savoir que le tourisme comme la pêche sont des secteurs vitaux.

L’an dernier, il y a eu plus d’un demi-million de touristes en Islande, c’est très important pour une population de quelque 300’000 personnes. De plus, le tourisme se limite aux mois de mai, juin, juillet et août. Le reste de l’année, il y a très peu d’activités dans ce secteur, si l’on excepte Noël et Nouvel An, où les gens sont attirés par les feux qui illuminent toute la ville. Cette année, malgré la crise économique, le spectacle était merveilleux et je n’ai pas vu de différence par rapport à l’année précédente: toute la ville est en feu, c’est très impressionnant!

Apic: Quelle est l’ambiance dans les milieux catholiques et dans la population en général suite au brusque effondrement financier que doit affronter l’Islande ?

Mgr Bürcher: Les travailleurs immigrés sont venus en Islande pour faire vivre leur famille restée à l’étranger. Certains, notamment des Polonais, sont retournés dans leur pays, et l’on ne sait pas si c’est temporaire ou définitif. D’autres, qui ont perdu leur travail, préfèrent tout de même rester, estimant que toucher les allocations chômage en Islande vaut mieux pour eux que de chercher du travail chez eux, avec le risque de se retrouver une nouvelle fois au chômage.

Apic: Vous vous êtes mis à étudier sérieusement l’islandais, qui n’est pas une langue facile. Célébrez-vous déjà la messe en islandais ?

Mgr Bürcher: Oui, j’ai commencé, mais ce n’est pas si facile. Un professeur retraité vient quotidiennement me donner des cours à l’évêché. Je fais traduire mes textes et je lis l’homélie en islandais durant la messe. Finalement, j’aimerais souligner une caractéristique qui stimule ma vie de pasteur: tous les prêtres de notre diocèse, venant de tous les coins du pays – les plus éloignés à douze heures de voiture! – se rencontrent autour de leur évêque une fois par mois. Ainsi, je peux connaître personnellement chaque prêtre, et c’est une grande richesse.

Quant à la crise économique qui touche nos fidèles et toute la population, qui pousse certains à sombrer dans la désespérance, il nous faut voir dans cette épreuve une opportunité de conversion, l’occasion de se ressourcer aux vraies valeurs que sont la foi vivante, la vie familiale, le partage concret, l’amitié vraie, pour n’en citer que quelques-unes.

Si pour un temps, l’argent et le matérialisme ont été les valeurs du peuple qui ont fait des envieux dans le monde, l’Islande se trouve face à elle-même et à ce qu’elle a de plus solide: sa vie spirituelle et culturelle! Le pays saura-t-il vraiment revenir vers Dieu, comme en l’an 1000, où il a choisi le christianisme face au paganisme? Pouvoir vivre et exercer mon ministère dans ce pays – où l’augmentation du nombre de catholiques et de personnes engagées est sensible – est pour moi une chance énorme. Cela ne peut que réjouir le coeur d’un pasteur! JB

Encadré

Mgr Bürcher, spécialiste des Eglises catholiques du Moyen-Orient

Mgr Bürcher, originaire de Fieschertal, dans le Haut-Valais, est né le 20 décembre 1945 à Fiesch. Il fait son école primaire en Suisse romande, à Nyon, où sa famille s’est installée. Après des études gymnasiales au Collège St-Louis, à Genève, il passe sa maturité au Collège d’Einsiedeln en 1966. Après le cursus au Grand Séminaire diocésain et des études à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg, il obtient sa licence en théologie en 1971.

Ordonné prêtre à Genève le 27 mars 1971, il travaille en paroisse pendant 18 ans avant de devenir directeur du Grand Séminaire à Villars-sur-Glâne pendant 5 ans. Il est nommé évêque auxiliaire de LGF par le pape Jean Paul II le 3 février 1994, et ordonné évêque le 12 mars de la même année. Ce spécialiste des Eglises catholiques du Moyen-Orient, notamment des Eglises de Terre Sainte, est membre de la Congrégation romaine pour les Eglises orientales. Il s’est notamment rendu plus de septante fois en Terre Sainte.

Mgr Bürcher est encore actuellement président de «Catholica Unio Internationalis», qui a pour tâche de créer des liens et d’entretenir la solidarité entre les Eglises d’Orient et d’Occident.

Il aimerait bien cependant être déchargé de cette fonction, les distances ne facilitant pas ce travail en faveur des catholiques du Moyen-Orient, d’autant plus qu’il a été chargé récemment par la Conférence des évêques des pays scandinaves des relations avec les Eglises orientales. Le diocèse de Reykjavik est jeune puisqu’il a fêté en 2008 son 40e anniversaire. L’évêque d’Islande fait partie de la Conférence des évêques de Scandinavie qui compte sept membres et regroupe le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède. JB

Des photos de Mgr Pierre Bürcher et de son travail pastoral en Islande peuvent être commandées à Lucia Wicki, cf: lw@kirche-in-not.ch

Autriche: Mgr Gerhard Maria Wagner demande sa révocation au pape

Face à la levée de boucliers après sa nomination

Vienne, 16 février 2009 (Apic) Mgr Gerhard Maria Wagner, prélat autrichien ultra-conservateur, nommé récemment par le pape Benoît XVI évêque auxiliaire de Linz, demandé sa révocation au pape. Cela en raison des critiques et de la véritable levée de boucliers après sa nomination, il y a deux semaines.

«A la lumière des lourdes critiques, j’ai décidé, après consultation de l’évêque (réd: de Linz), de demander au Saint-Père de révoquer ma nomination comme évêque auxiliaire de Linz», a déclaré le prélat Gerhard Maria Wagner, cité par l’agence de presse catholique Kathpress à Vienne.

La nomination de Gerhard Maria Wagner il y a deux semaines, alors que son nom ne figurait pas sur la liste des candidats possibles soumise à Benoît XVI par l’Eglise autrichienne, avait provoqué des protestations en Autriche jusqu’au sein de l’Eglise.

Le prélat est connu pour ses propos outranciers, déclarant notamment que l’homosexualité était une maladie qu’il fallait guérir. Il avait qualifié de satanisme ce qui entouraient les romans d’Harry Potter, mais aussi que des catastrophes naturelles comme le tsunami et autres catastrophes en Asie et aux Etats-Unis étaient des punitions divines.

Face aux remous provoqués par cette nomination, le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, a convoqué pour lundi une réunion extraordinaire de la conférence des évêques autrichiens. Le nouvel évêque-auxiliaire de Linz et celui de Bregenz (ouest), Elmar Fischer, sont la cible d’une opinion publique très remontée en Autriche.

L’Eglise catholique dans ce pays a perdu plus de 370’000 fidèles en quinze ans en Autriche, dont plus de 40’500 en 2008, tombant à 66% de la population avec 5,58 millions de fidèles. (apic/ag/arch/pr)

16 février 2009 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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