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Sujet : VOCATIONS CONGRES EUROPE?Date : 96 10 29 1?Car : 9300

«Que manque-t-il a la pastorale des vocations de notre temps pour

encourager plus efficacement des reponses ?» Cette question centrale sera

posee du 5 au 10 mai 1997 a l’occasion d’un «Congres sur les vocations au

Sacerdoce et a la Vie consacree en Europe», organise a Rome par «l’Oeuvre

Pontificale pour les Vocations Ecclesiastiques», presidee par le Cardinal

Pio Laghi et egalement Prefet de la Congregation pour l’Education

Catholique.

?Le 29 octobre 1996 a Rome ce dernier a presente devant la presse un

«document de travail» preparatoire de soixantes seize pages, en compagnie

de deux autres cardinaux, Achille Silvestrini, Prefet de la Congregation

pour les Eglises Orientales, et Eduardo Martinez Somalo, Prefet de la

Congregation pour les Instituts de Vie Consacrees et les Societes de Vie

Apostolique.

?Evitant les «generalisations», ce document tres technique et fruit d’une

«vaste consultation», met en evidence «la crise des vocations» dans «les

Eglises particulieres d’Europe». De fait, le texte pose plus de questions

qúil n’apporte de reponses, ce qui sera l’objet de ce congres : «Un

discernement attentif est necessaire pour determiner la complexite du

phenomene des vocations, ecrit le document, tel qúil s’est developpe ces

dernieres annees. Beaucoup se demandent si nous n’avons pas deja depasse la

crise. Difficile de le dire. Car si, d’une part, dans certaines Eglises

particulieres il existe des signes tres nets de reprise, de l’autre, le

malaise d’une courbe descendante de viellissement du clerge et des

vocations de consecrations speciales ne cesse de se poursuivre.»

?L’etude s’ouvre donc sur une serie de statistiques europeennes. Le nombre

de pretres, diocesains et religieux, a diminue de 13 % entre 1978 et 1994.

Situation contrastee puisque la Belgique arrive en tete des pertes avec 31 %, suivie de peu par la France – 27 %, l’Allemagne se tient dans la

moyenne avec – 14 %, alors que la Pologne voit le nombre de pretres

augmenter de 32,18 %, et que des pays sortis du l’ex bloc sovietique, comme

la Biolorussie, connait un taux record de + 467, 57 %, spectaculaire mais

de seulement 210 pretres pour 10 millions d’habitants.

?Seconde tendance lourde, «la tendance positive des ordinations

sacerdotales». Les ordinations de pretres diocesains, par exemple, ont

augmente de + 37 % entre 1978 et 1994. Mais, observe le texte :

«l’augmentation totale ne compense toutefois pas les pertes dues aux

defections et aux deces. Les Nations ou le nombre d’ordinations a ete le

plus eleve, bien que de maniere irreguliere sont la Tchecoslovaquie, la

France, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne, l’Espagne , la Roumanie, et

l’Ukraine».

?Enfin, derniere donnee, «reconfortante» selon le texte, le nombre global

des seminaristes. Pour l’ensemble de l’Europe, il a augmente entre 1978 et

1994, de 23 %, passant de 23 915 a 29 511.

?Le document poursuit aussitot sur l’etude des «reactions des communautes

chretiennes face a la crise» qui va de la «resignation a un lent declin» a

des attitudes plus positives. Le texte cite en particulier «des Conferences

episcopales qui presentent la situation d’une maniere exagerement

negative», comme la «Suisse de langue allemande», qui voit «dans

l’obligation du celibat un obstacle negatif aux vocations». Le texte se

refere egalement a la Belgique qui «fait observer que la crise devient

toujours plus grave, surtout dans les dioceses flamands, c’est-a-dire dans

ceux qui, il y a encore cinq ans, comptaient un nombre tres eleve de

vocations». Plus globalement, le texte constate que partout ou «un travail

assidu et constant» a ete realise en vue des vocations,  » le fruits ne

manquent pas.» Il souligne en outre de maniere generale  » une sympathie

grandissante en direction de choix radicaux, comme en temoigne la presence

notoire de jeunes dans les communautes monastiques de vieille tradition ou

dans les nouvelle formes de vie consacree».

?C’est a ce point que le document entre dans une consideration sur le

«niveau qualificatif des nouvelles vocations», qui ne va pas sans ombres et

lumieres. Si l’on souligne en effet que la «physionomie» des candidats

«s’est nettement transformee par rapport aux annees precedentes» avec la

presence de «personnalites fortement polarisees sur certaines valeurs

fortes, comme le desir de consecration a Dieu et aux freres, la grande

sensibilite a la priere, le besoin de donner un sens a sa vie, le desir de

servir l’Eglise», on constate de nombreux problemes.

?Parmi eux, la stabilite psychologique. «On craint parfois que certains

candidats cherchent dans l’ordination sacerdotale comme un refuge et une

liberation a l’egard des degats provoques par leurs experiences

emotionnelles et sexuelles (Grande Bretagne)». Autre element : «On ne peut

pas considerer ceux qui entrent en theologie ou dans les noviciats comme

etant definitivement acquis au sacerdoce ou a la profession religieuse. Un

serieux discernement est necessaire pour motiver et verifier les choix de

vie definitifs.» Autre aspect : «selon les Religieux francais, les jeunes

qui se presentent semblent serieux en general, mais avec des problemes

psychologiques et affectifs tres profonds (…). Les problemes ne viennent

non pas tant de la famille, du celibat ou autre que de l’engagement et de

la decision».

?Pour leur part, les Superieurs Majeurs, ajoutent a ce diagnostic que le

«sens du sacrificice et de la mortification corporelle est quasi totalement

absent chez les jeunes. Enfin beaucoup ont tendance a vouloir toujour

occuper le devant de la scene, et parfois, tendent a la clericalisation».

Ainsi, faut-il proceder selon eux «a un serieux travail de purification des

motivations vocationnelles, qui souvent, reposent sur des spiritualismes,

sur des exces devotionnels ou sur des visions ecclesiales

pre-conciliaires». Ils precisent : «L’elan vers le volontariat et le

service des pauvres est souvent compromis au niveau de son efficacite

formatrice par l’egocentrisme, par les difficultes a entrer dans des

projets communautaires globaux, par le manque de lucidite sur leur propres

limites, par l’inconstance et par le decouragement.» Une derniere note des

Superieurs Majeurs : «l’obeissance est rendue difficile par la rigidite

mentale et par l’absence d’une ’saine utopié, par la faible volonte et par

le bien etre dont ils sont malades.»

?Ainsi, pense le texte, il importe de «se preoccuper plutot de la qualite

que du nombre». En effet, «les Superieurs majeurs de Belgique affirment que

plusieurs familles religieuses n’ont plus de vocations depuis 25 ans», ou

autre exemple «En Suisse, depuis 20 ans, le reveil des vocations est devenu

une utopie». Sans parler, des conflits internes a l’Eglise entre Eveques et

religieux : «En general, ils ne voient pas avec sympathie la pastorale des

vocations faire par des religieux, et craignent que l’on detourne des

vocations des seminaires.»

?Comment en sortir ? C’est tout le sens de la convocation de Congres qui

veut, en fait, creer une «nouvelle conscience» dans l’Eglise, et faire que

la pastorale des vocations soit remise a l’honneur, mais dans une nouvelle

coherence. Il s’agit, precise le texte, de produire «un effort coherent

pour retrouver certaines lignes communes de pastorale des vocations qui

soient enracinees dans une forte conscience christologique et

ecclesiologique». Le texte constate en effet que «nous sommes encore loin

de l’insertion veritable de la pastorale des vocations dans la pastorale

ordinaire comme dimension essentielle de celle-ci.»

?Sur le fond, l’ambition de ce congres pourrait se resumer ainsi : «seule

cette auto-conscience vocationnelle permet de depasser des attitudes encore

repandues de mefiance ou d’ignorance reciproque entre pretres,

religieux/ses et laics, et une pastorale des vocations menee avec le seul

souci de son petit jardin.» ?Sur ce terrain, les pasteurs sont appeles en

premieres lignes : «le discernement pastoral requiert de tous les Eveques

et de tous les Superieurs Majeurs, le courage de prefigurer une autre image

de d’Eglise : moins clericale et avec une plus grande participation des

laics.» ?Il importe egalement de «surmonter la pathologie de la fatigue

chez les pretres et chez les religieux, en redecouvrant a l’interieur de

leur appel les raisons d’un visage pascal. C’est en particulier dans le

radicalisme evangelique que l’on retrouve le message le plus fort a crier,

par l’annonce et la vie, contre les vents croises de la secularisation, et

surtout comme alternative a la culture malade du sexisme exaspere, vecu a

une dimension». ?Le texte se conclut ainsi : «Aujourd’hui, pour former les

jeunes et leur faire retrouver la passion de la vie, il faut redevenir

’samaritains de l’esperancé. Il faut donc la regenerer chez les pretres,

chez les educateurs, les familles chretiennes, les familles religieuses,

dans les instituts seculiers, en somme chez tous ceux qui doivent servir la

vie aux cotes des nouvelles generations. L’esperance exige que l’on fasse

de la place a ce ministere de fait a l’interieur de l’Eglise connu sous le

nom de ’ministere de l’encouragement’, motive evangeliquement , surtout a

travers la parole sure du Seigneur ressuscite.»

29 octobre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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