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'Summorum pontificum' a libéralisé la messe tridentine en 2007

Il y a quatorze ans, le 7 juillet 2007, le pape Benoît XVI publiait le motu proprio Summorum Pontificum facilitant l’usage de la liturgie selon le Missel de saint Pie V en vigueur avant le concile Vatican II. Alors que plusieurs médias se font aujourd’hui l’écho d’une possible révision par le pape François de ce décret, retour sur sa courte – et agitée – histoire.

Le 7 juillet 2007, après de «longues réflexions, de multiples consultations, et de la prière», le pape Benoît XVI publie un motu proprio intitulé Summorum Pontificum – d’après les deux premiers mots du décret rédigé en latin qui signifient en français «les souverains pontifes». La lettre apostolique du pontife allemand énonce les deux formes du rite romain: l’une «ordinaire», selon le missel romain postérieur à Vatican II, publié par le pape Paul VI en 1969. Celle-ci généralise notamment l’usage des langues vernaculaires. L’autre «extraordinaire», selon le missel de saint Pie V édité pour la dernière fois par Jean XXIII en 1962, est célébrée en latin par un prêtre qui tourne le dos au peuple.

La messe tridentine: une question hautement sensible

Dans les faits, le missel de saint Pie V n’a jamais été juridiquement abrogé. Lors de l’introduction du nouveau missel, au lendemain de Vatican II, il n’a pas semblé nécessaire de publier des normes propres concernant le missel antérieur. Rapidement, commente Benoît XVI dans une lettre aux évêques qui accompagne le motu proprio, les catholiques restés attachés au rite tridentin (en référence au concile de Trente qui l’établit) – et qui, contrairement au mouvement conduit par Mgr Marcel Lefebvre, acceptaient clairement «le caractère contraignant du Concile Vatican II», par fidélité au pape et aux évêques – ont manifesté le désir de retrouver «la forme de la sainte Liturgie qui leur était chère».

Souci de réconciliation avec la FSSPX

Jean Paul II y avait apporté une première réponse avec l’indult spécial Quattuor abhinc annos, publié en 1984 par la Congrégation pour le culte divin. Il avait d’abord concédé, sous certaines conditions, la possibilité de reprendre l’usage du Missel promulgué par Jean XXIII en 1962. Quatre ans plus tard, en 1988, avec le motu proprio Ecclesia Dei, le pontife polonais avait donné un premier cadre normatif pour l’usage du missel de 1962 et chargé une commission du même nom de veiller à l’organisation des communautés «traditionalistes» dans le monde. Sans fournir de prescriptions détaillées, le texte fait appel à la générosité des évêques envers les «justes aspirations» des fidèles qui réclament cet usage du rite romain.

Mgr Marcel Lefebvre a fondé la Fraternité Saint-Pie X en 1970 | © wikimedia commons Dutch National Archives CC BY-SA 3.0 NL

Au moment de l’élection comme évêque de Rome de Joseph Ratzinger, la réconciliation souhaitée par Jean Paul II avec la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) – fondée par Mgr Lefebvre en 1970 – «n’a malheureusement pas encore réussi», regrettait le pontife allemand. En dehors de ces groupes, «la question de l’usage du Missel de 1962 est restée difficile», les évêques craignant que l’autorité du Concile ne soit remise en cause. En outre, Benoît XVI constatait que le recours à la messe en latin ne se limitait pas «à la génération plus âgée, celle qui avait grandi avec lui», mais concernait aussi les plus jeunes qui se sentaient attirés par cette forme liturgique.

Jusqu’à 2007, donc, les prêtres et les fidèles qui souhaitaient célébrer la messe traditionnelle en latin devaient demander une autorisation explicite à leur évêque. Cette messe ne pouvait être proposée qu’à ceux qui en faisaient la demande. Elle ne pouvait pas figurer au calendrier normal des messes dans les églises paroissiales, et l’évêque pouvait fixer des jours et des conditions spécifiques pour sa célébration.

L’accueil contrasté de Summorum pontificum

Soucieux de «parvenir à une réconciliation interne au sein de l’Église», Benoît XVI a donc remplacé les normes de Quattuor abhinc annos par le motu proprio Summorum pontificum, entré en vigueur le 14 septembre 2007, en la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix. Le document a élargi l’accès à la messe en latin, en permettant aux prêtres qui le souhaitent de célébrer la forme extraordinaire du rite, sans peuple ou avec les fidèles qui le veulent, et en encourageant les fidèles qui le désirent à assister à la messe de Pie V de s’adresser à leur évêque ou même au Vatican si leur demande n’était pas satisfaite. Le Souverain pontife insistait alors sur le fait que les deux formes de messe «n’entraîneront en aucun cas une division» dans la foi de l’Église, «car il s’agit de deux usages de l’unique rite romain».

«Quatorze ans après sa publication par Benoît XVI, Summorum pontificum pose donc encore des difficultés dans son application»

Dans le même temps, Benoît XVI considérait que, dans la fracture avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, la fidélité au missel ancien était devenue un «signe distinctif extérieur». Il a ainsi invité à rechercher les raisons de cette fracture «plus en profondeur». Ce faisant, il s’est empressé de rattacher la commission Ecclesia Dei à la Congrégation pour la doctrine de la foi, avec le motu proprio Ecclesiae unitatem, en juillet 2009.

Des risques de désordres?

Pour autant, dès la publication de Summorum pontificum, Benoît XVI a fait part des craintes légitimes que pourrait susciter un tel document, dont le risque d’amenuiser l’autorité de Vatican II et notamment de la réforme liturgique. Il voyait également le danger de générer des désordres, voire des fractures dans les communautés paroissiales. Dans sa lettre, le pontife allemand demandait aux évêques de lui soumettre un compte-rendu de leurs expériences, trois ans après l’entrée en vigueur du motu proprio.

Dans la foulée, en 2011, la Commission Ecclesia Dei publiait une instruction d’application intitulée Universae Ecclesiae. Ce document fournissait de nouvelles normes concernant le rôle de l’évêque diocésain, du groupe stable de fidèles et du prêtre célébrant selon la forme extraordinaire. Il établissait la faculté de réciter les lectures de la messe en langue vernaculaire uniquement pour les messes lues, et de célébrer le Triduum pascal sous une forme extraordinaire. Il prévoyait également que les séminaristes devraient apprendre à célébrer selon les deux formes du rite romain.

Bilan du motu proprio

Il faudra attendre une décennie pour dresser un premier bilan de Summorum pontificum. En France, où la question est particulièrement sensible, la Commission épiscopale pour la liturgie et la pastorale sacramentelle publie en 2017 un premier chiffre. Dans l’Hexagone, le nombre de lieux de culte proposant la forme extraordinaire a presque doublé en dix ans, passant de 124 à 230, comme aux États-Unis, où le nombre est passé de 230 à 480, et ce sans compter la Fraternité Saint-Pie-X. À la même date, Mgr Guy de Kerimel, évêque de Grenoble-Vienne et président de cette Commission, confiait au journal La Croix que, globalement, cette application «se passe bien», grâce à une démarche «de dialogue et d’écoute mutuelle».

Trois ans plus tard, en mars 2020, la Congrégation pour la doctrine de la foi, à la demande du pape François, lançait une enquête auprès de toutes les conférences épiscopales pour évaluer l’application de Summorum pontificum. Le document comportait des questions sur «les aspects positifs ou négatifs de l’utilisation de la forme extraordinaire» du rite romain, son «influence sur la vie des séminaires» ou sur le fait de savoir si elle répond «à un véritable besoin pastoral» ou est «promue par un seul prêtre».

«Les évêques regrettaient que le motu proprio ne fasse pas ‘grandir la communion’»

La crainte d’une «Eglise à deux vitesses»

Dans le rapport en réponse à ce questionnaire, publié en janvier 2021 par un média traditionaliste, la Conférence des évêques de France (CEF) concluait que «la publication du motu proprio manifeste une intention louable mais qui ne porte pas les fruits attendus».

Si la situation semble apaisée dans la plupart des diocèses interrogés, les évêques regrettaient que le motu proprio ne fasse pas, en revanche, «grandir la communion». Malgré les recommandations de Summorum pontificum, certaines rechignent à concélébrer et continuent d’adopter un calendrier liturgique et un lectionnaire différents.

Le pape, qui voit dans cette situation le risque d’une «Église à deux vitesses» et désunie, pourrait, selon certaines voix, publier prochainement une note sur le sujet.

Un récent incident, en France, a renforcé les craintes à ce sujet. La Fraternité Saint-Pierre (FSSP) s’est fait signifier son renvoi d’une église du diocèse de Dijon. Le problème portait sur le fait qu’une partie des fidèles de cette fraternité –traditionaliste mais restée dans la communion avec Rome – n’accepte pas de célébrer la messe dans le rite ordinaire.

Quatorze ans après sa publication par Benoît XVI, Summorum pontificum pose donc encore des difficultés dans son application. (cath.ch/imedia/at/rz)

Le pape François limite l'usage de la messe tridentine
2 juillet 2021 | 17:00
par I.MEDIA
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