Sur les traces de la plus ancienne «Eglise libre» dans le monde protestant
Jura bernois: Ouverture du «Chemin des Anabaptistes» sur les hauteurs du Jura
Sonceboz, 2 juillet 2010 (Apic) Les anabaptistes, issus de la Réforme protestante du 16e siècle, présents en Suisse, dans le sud de l’Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas, ont été longtemps persécutés. On peut désormais suivre à pied les chemins parcourus il y a quatre siècles par les anabaptistes venus se réfugier sur les hauteurs du Jura, en suivant le tout nouveau «Chemin des Anabaptistes». C’était en quelque sorte la plus ancienne «Eglise libre» dans le monde protestant.
Le marcheur pourra ainsi découvrir les hauts lieux historiques de cette communauté religieuse – également appelée mennonite – dans les magnifiques paysages du Parc régional du Chasseral. (Cf. www.kulturwege-schweiz.ch). Le tracé part de Sonceboz pour rejoindre le Chasseral ou Courtelary. Cet itinéraire culturel de 33 kilomètres, qui vient d’être ouvert, a pu être réalisé grâce à l’aide financière du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) et du Fonds suisse pour le paysage (FSP). Sur le parcours, on découvre des lieux de rassemblements secrets aux inscriptions mystérieuses – par ex. au Pont des Anabaptistes, dans le massif du Chasseral – des réseaux de murs de pierres sèches ou des documents des Archives anabaptistes, sans oublier un passage par la grotte du Creux de Glace.
Les anabaptistes prônent le baptême à l’âge de raison et refusent le baptême des enfants. Partisans d’une nette une séparation entre l’Eglise et l’Etat, ils refusaient de porter les armes. Ils ont été persécutés pour ces raisons jusqu’au milieu du 18e siècle. Fuyant la persécution en Suisse, une partie d’entre eux ont émigré en Europe et vers l’Amérique (Cf. les fameux amish). D’autres se sont réfugiés sur les hauteurs jurassiennes de l’ancien évêché de Bâle, dans des terres d’altitude qu’ils ont défrichées. JB
Encadré
Encore persécutés à Berne il y a 300 ans
Le 18 mars 1710, 56 anabaptistes, dont le bateau sur la place d’accostage de l’Aare était sous haute surveillance, ont été chassés de la ville de Berne. Ils devaient être déportés vers l’Amérique, ce que les anabaptistes du Palatinat et des Pays-Bas ont finalement pu empêcher. «Ceci s’est passé en vertu de l’application des lois suivantes: les anabaptistes étaient invités à renier leur foi. S’ils refusaient, on les plaçait en détention. S’ils persistaient, on les expulsait. Ils pouvaient emporter leurs biens avec eux, mais devaient promettre de ne plus revenir. Celui qui revenait quand même perdait ses biens et était de nouveau expulsé ou déporté. Celui qui revenait encore encourait la peine de mort ou était condamné à la prison à perpétuité», rappelle la Commission de dialogue de la Fédération des Eglises Protestantes de Suisse et de la Conférence Mennonite Suisse, dans le document «Christ est notre paix / Dialogue suisse entre Mennonites et Réformés 2006 – 2009». La société suisse pour l’histoire des anabaptistes souligne les changements positifs dans les relations entre les réformés suisses et les mennonites. La déportation de 1710 est l’aboutissement d’une longue série d’efforts des autorités bernoises en vue de faire de leur territoire un espace «sans anabaptistes».
Encadré
Persécutés par les autorités bernoises aux 17e et 18e siècles
En Suisse, aux 17e et 18e siècles, l’histoire des anabaptistes est principalement marquée par une forte pression contre eux de la part des autorités bernoises. Elle provoque leur émigration vers les hauteurs du Jura, où ils sont tolérés et peuvent se rassembler dans les fermes qu’ils habitent. En 1693, on assiste à une séparation au sein des anabaptistes suisses, un groupe mené par Jacob Amman souhaite revenir à des valeurs moins mondaines – c’est le début de l’histoire des amish.
En raison de l’émigration d’un grand nombre d’anabaptistes vers l’Amérique du Nord et du Sud, (17e et 18e siècles) et du travail missionnaire, on trouve aujourd’hui des communautés mennonites sur les cinq continents. Elles se retrouvent au sein de la Conférence Mennonite Mondiale, qui a fêté ses 80 ans d’existence en 2005.
2’500 membres en Suisse
Malgré cette histoire mouvementée et souvent tragique, des pas de réconciliations ont eu lieu et de nouvelles relations ont été établies notamment avec l’Eglise réformée. Les anabaptistes ou mennonites sont rassemblés en Suisse au sein de 14 communautés comptant environ 2’500 membres et sont rattachées à la Conférence Mennonite Suisse (CMS). Ils se concentrent dans 4 régions: le Jura, l’Emmental, la périphérie de Berne et celle de Bâle. En Europe, les mennonites disposent d’environ 400 communautés dans 15 pays, comptant environ 52’000 membres. Au niveau mondial, les anabaptistes sont environ 1,5 million, vivant dans 75 pays sur les 5 continents. JB/Com
(*) Ils rejettent notamment le baptême des enfants et prônent le baptême à l’âge adulte. C’est pourquoi leurs adversaires les appelleront «anabaptistes» ou «rebaptiseurs». Ils refusent le port des armes et le service militaire. Voir par ex. l’ouvrage de 80 pages du photographe jurassien Xavier Voirol, «Sonnenberg – Une communauté mennonite des hauteurs jurassiennes», sur les mennonites de la région du Mont-Soleil, au-dessus de Tramelan, dans le Jura bernois. (apic/be)



