«Surtout pas, à la curie je mourrais!»
Rome: Jorge Mario Bergoglio, le cardinal qui ne voulait pas travailler au Vatican
Rome, 14 mars 2013 (Apic) Par le passé, le cardinal Jorge Mario Bergoglio a marqué les esprits par la simplicité de son mode de vie. Il avait exprimé dans la presse sa réticence à travailler pour l’administration du Vatican, au sein de la curie romaine, en affirmant: «Surtout pas, à la curie je mourrais!». Après le conclave d’avril 2005, il confiait par ailleurs: «Ma vie est à Buenos Aires, sans les gens de mon diocèse, sans ses problèmes, il me manque toujours quelque chose».
Celui qui avait renoncé à vivre au siège de l’archevêché pour s’installer dans un simple appartement et qui privilégiait les transports en commun pour se déplacer dans sa ville avait été le challenger du cardinal Joseph Ratzinger durant le conclave d’avril 2005.
Dans une interview accordée au quotidien italien «L’Indipendente» le 13 octobre 2005, le cardinal archevêque de Buenos Aires s’était refusé à commenter les fuites sur le vote du conclave, mais avait préféré parler de politique, un sujet qui lui tient à cœur.
Presque pape en 2005
«Je suis resté ahuri et aussi un peu blessé. Je ne voudrais pas parler de ces indiscrétions», avait déclaré le cardinal Bergoglio au sujet de la publication par la revue de géopolitique italienne «Limes» des mémoires d’un cardinal anonyme sur le conclave. Ces révélations indiquaient que le cardinal argentin avait recueilli jusqu’à 40 voix lors du conclave, et que Benoît XVI avait été élu par 84 cardinaux sur 115.
«Ce ne sont pas nous, les cardinaux, mais la providence divine qui guide le choix du successeur de Pierre», avait-il sobrement commenté. «Raconter des anecdotes ou des faits d’un conclave laisse à croire que ce sont les hommes qui ont décidé. Mais ce n’est pas le cas», avait expliqué le jésuite argentin.
Par ailleurs, en 2005, selon certaines reconstitutions, le cardinal Bergoglio aurait été sur le point d’être élu, mais aurait demandé à ses pairs, les larmes aux yeux, de ne plus voter pour lui. Cependant, lors des Congrégations générales pour le conclave, le cardinal Bergoglio aurait affirmé devant le sacré collège que celui qui serait élu souverain pontife aurait le devoir d’accepter sa charge.
Eglise et politique
Dans l’interview accordée alors à «L’Indipendente», l’archevêque de Buenos Aires avait par ailleurs revendiqué la légitimité pour lui, l’Eglise et le Saint-Siège, d’intervenir sur les questions politiques. «Les évêques font très bien de talonner et de blâmer les politiques et les hommes de gouvernement. Si l’Eglise n’a plus le courage de parler, si elle est muette, elle n’est plus l’Eglise», avait-il lancé.
«Il faut de la délicatesse et de l’intelligence. Il est nécessaire d’être intransigeant avec les hommes de pouvoir, mais il faut aussi comprendre les problèmes des gens, ne pas condamner les comportements de familles ou de couples qui souvent traversent des crises douloureuses».
Sous la dictature militaire argentine
Si la presse lui a parfois reproché de ne pas avoir suffisamment condamné la dictature du général argentin Jorge Raffael Videla entre 1976 et 1981, Jorge Mario Bergoglio a prononcé avec les autres évêques argentins en 2000 une demande de pardon publique. L’épiscopat argentin, au sein duquel il occupait déjà une place importante, avait ainsi reconnu son indulgence envers des «positions totalitaires» ainsi que des «actions et omissions» ayant favorisé la discrimination de nombreux Argentins pendant la dictature.
Quant aux difficultés de l’Amérique du Sud, ce n’est pas la théologie de la libération qui les résoudra, avait estimé le haut prélat. «Ce n’est pas le marxisme qui résout les problèmes. Le christianisme, s’il est vécu dans sa profonde acceptation, est pleinement suffisant». IMEDIA/CP/MM
Encadré
Le sanglant régime militaire argentin avait mis en place une vaste campagne de tortures et d’assassinats d’opposants, coordonnée au niveau continental par les dictatures latino-américaines, sous le nom d’»Opération Condor». La répression en Argentine a fait près de 30’000 «disparus» entre 1976 et 1983, assassinés d’atroce manière. Parmi eux des prêtres, des religieux et religieuses – argentins et étrangers -, dont Mgr Enrique Angel Angelelli Carletti, évêque de la Rioja, assassiné par les militaires argentins en 1976.
L’un des cas les plus connus fut l’enlèvement, la torture puis le meurtre par les forces armées de deux religieuses françaises, Léonie Duquet et Alice Domon, parce qu’elles collaboraient avec les «Mères de la place de Mai», qui cherchaient leurs enfants enlevés par des militaires. Le cas du prêtre français Gabriel Longueville et de son vicaire Carlos de Dios Murias, enlevés le 18 juillet 1976 dans la paroisse d’El Salvador d’El Chamical – leurs corps criblés de balles avaient été retrouvés, les yeux bandés, dans un terrain vague de la ville – est également bien connu à la Congrégation romaine pour la cause des saints. Mgr Roberto Rodriguez, évêque de La Rioja, a en effet entamé en décembre 2010 le procès en béatification des Pères Gabriel Longueville et Carlos Murias.
Selon le Mouvement œcuménique pour les droits humains d’Argentine (MEDH), 10 prêtres, deux séminaristes et cinq responsables laïques ont été assassinés durant la dictature argentine, 10 autres prêtres, quatre religieux, sept séminaristes et 45 responsables laïques sont portés disparus. (apic/com/be)



