Les travaux se poursuivent à un rythme soutenu

Synode africain: bilan à mi-parcours (250494)

Rome, 25avril(APIC) Après deux semaines de travaux, le Synode des évêques

pour l’Afrique est arrivé à la moitié de son parcours. Seuls les impatients

peuvent s’étonner que rien de spectaculaire n’en soit encore sorti. Pourtant, les travaux se poursuivent à un rythme soutenu et les participants

sont unanimes à parler d’une atmosphère conviviale.

Beaucoup attribuent ce climat de confiance à l’intervention initiale du

cardinal Thiandoum, archevêque de Dakar et rapporteur général du Synode.

Celui-ci vient de donner également dans l’aula synodale une synthèse provisoire des travaux. La plus grande partie des deux semaines écoulées a permis à l’assemblée d’entendre les interventions de ses membres. Ces prises

de parole étaient brèves (maximum huit minutes), mais elles furent nombreuses (largement au-dessus de 200). Les Pères parlaient soit en leur nom personnel, soit au nom de leur conférence épiscopale.

La dignité des lieux a amené les évêques à s’exprimer de manière déférente, nuancée et prudente. On sent que personne ne veut mettre en danger

l’unité du groupe. Comme on l’a constaté depuis le début, deux thèmes reviennent avec beaucoup d’insistance: l’inculturation de l’Evangile et l’engagement de l’Eglise pour la justice et la paix. La nécessité du dialogue a

été fortement soulignée: avec les religions traditionnelles, avec l’islam,

avec les chrétiens des autres confessions, mais aussi à l’intérieur de

l’Eglise. La famille et le mariage dans le contexte africain ont fait l’objet de nombreuses interventions: un droit canonique a été souhaité, notamment pour les questions matrimoniales.

Les laïcs et la place des femmes

Certains Pères ont présenté le thème de «l’Eglise-famille»: compréhension de l’Eglise comme famille de Dieu, Eglise domestique, petites communautés chrétiennes. Il a souvent été question des laïcs, avec un double souhait: développement de plus de ministères laïcs et meilleure présence des

chrétiens dans la société pour la transformer selon l’Evangile. En particulier, il a été beaucoup question de la femme africaine et de sa place dans

l’Eglise et dans la société. Les prêtres, les religieux et religieuses ainsi que leur formation n’ont pas été oubliés. Le célibat ecclésiastique pose

des problèmes en Afrique.

Un évêque ougandais a estimé qu’en cas de difficulté, c’est la communauté chrétienne locale, en concertation avec la Conférence épiscopale, qui

devrait pouvoir juger si tel prêtre peut ou non poursuivre son ministère.

Mgr Thsibangu, évêque de Mbuji-Mayi (Zaïre), a attiré l’attention sur les

conditions à mettre en place pour que le Synode connaisse un heureux aboutissement. Plusieurs auditeurs et auditrices ont été invités à s’exprimer.

Ce ne sont pas ces orateurs qui ont apporté le plus d’éléments novateurs

dans l’assemblée. On ne sait du reste pas très bien selon quels critères

ils ont été choisis.

Quelques cardinaux de curie ont aussi donné des conférences pour situer

la réflexion dans un contexte plus général: le cardinal Tomko sur la situation de l’Eglise en Afrique et à Madagascar – il a notamment réagi contre

l’idée selon laquelle le célibat ne conviendrait pas à l’Afrique: le célibat, a-t-il dit, «est une valeur évangélique et non la propriété d’une culture spécifique» -; le cardinal Etchegaray sur la coexistence de deux Afriques, celle de la misère et de la corruption, mais aussi celle «qu’on ne

montre jamais avec ses racines spirituelles et ses bourgeons printaniers»;

le cardinal Sodano sur la question de la planification démographique. Ce

sujet avait d’ailleurs donné au pape l’occasion d’intervenir directement au

Synode le 19 avril, en exprimant son inquiétude au sujet de la prochaine

Conférence du Caire et en affirmant que l’Etat ne peut être le destructeur

de la famille.

Les évêques africains, très sensibles à toute intervention étrangère

dans les questions de natalité, feront certainement de cette question une

de leurs priorités pastorales.

Les impressions d’un expert

Devant un auditoire composé principalement de religieux, le P. Léonard

Kasanda, expert au Synode, a communiqué quelques impressions. Ce n’est pas

seulement l’Afrique qui est intéressée par le Synode, a-t-il souligné. Et

d’évoquer l’intervention de l’archevêque de Sao Salvador de Bahia: «J’ai du

sang africain dans les veines». Parmi les interventions des membres du Synode, le P. Kasanda croit pouvoir distinguer celles qui avaient été préparées à l’avance et qui sont plus classiques et celles qui se sont élaborées

en cours de Synode. Ces dernières ont bénéficié de l’ambiance de confiance

et osent dire des choses plus neuves. L’orateur constate aussi une différence importante entre les bureaucrates de la curie et les pasteurs du terrain. On sent chez plusieurs évêques africains que certaines de leurs convictions n’ont pu être acquises qu’à travers de longues épreuves. En Afrique du Sud, par exemple, l’Eglise a joué un rôle en faveur de l’engagement

politique des chrétiens et ceux-ci se sont engagés de manière oecuménique.

Dans le domaine de l’inculturation, l’orateur pense que l’insistance actuelle sur ce thème résulte d’une grande souffrance: les chrétiens africains voulaient être honnêtes et envers les exigences de leurs coutumes et

envers celles de leur Eglise. D’une manière générale, l’assemblée est en

train de prendre conscience d’un certain nombre de réalités: «l’Afrique vit

une situation très pénible en tant que dépotoir des pays industrialisés

(déchets toxiques, films pornographiques, immoralité, armes), au point

qu’elle ne peut prendre en mains son propre destin; l’Eglise doit devenir

la conscience du continent; l’engagement pour la justice et la paix fait

partie intégrante de l’évangélisation; pour que le laïcat prenne vraiment

sa place, il doit pouvoir bénéficier d’une formation plus poussée; le Synode a créé chez les évêques africains un besoin de communication entre eux:

les échanges entre diocèses du sud doivent passer avant ceux qui les relient à l’hémisphère nord».

Dans ce contexte, une autosuffisance totale est souhaitée. Au lieu de

toujours recevoir, l’Eglise d’Afrique veut aussi être celle qui donne.

Bref, pour le P. Kasanda, quelque chose est en train de se passer: les membres entrent dans la dynamique du Synode et le partage au plan continental

«réveillent certains qui n’avaient pas vu clair avant».

La suite des travaux

La troisième semaine commence ce lundi par des travaux en carrefours

(les «circuli minores»). Ceux-ci sont au nombre de douze. Les cinq groupes

français auront comme modérateurs Mgr Sanon (Bobo-Dioulasso, Burkina Faso),

Mgr Tshibangu (Mbuji-Mayi, Zaïre), Mgr Monsengwo (Kisangani, Zaïre), le

cardinal Zoungrana (Ouagadougou, Burkina Faso), et Agré (Yamoussoukro, Côte

d’Ivoire); les cinq groupes anglophones, Mgr De Jong (Ndola, Zambie), Mgr

Mpundu (Mbala-Mpika, Zambie), Sarpong (Kumasi, Ghana), Wamala (Kampala, Ouganda) et Turkson (Cape Coast, Ghana); le groupe luso-/hispanophone, le

cardinal Do Nascimento (Luanda, Angola); le groupe italien, Mgr Martinelli

(Tripoli, Libye).

Chaque carrefour réunit 20 Pères synodaux, sans compter les auditeurs et

auditrices qui y participent de plein droit et un ou plusieurs experts. Fatigués d’entendre une avalanche de discours, les Pères synodaux étaient impatients de pouvoir partager leurs préoccupations pastorales plus simplement que devant le pape et les cardinaux de curie. Ces groupes de travail

ont à prendre position sur l’ensemble de ce qui a été dit jusqu’ici, à donner des avis et marquer des insistances. Ce travail prendra les trois premiers jours de cette semaine. Jeudi matin, les Pères entendront une synthèse en assemblée générale. Ce n’est qu’ensuite que s’élaboreront les recommandations. (apic/cip/pr)

25 avril 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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