Pas une solution à court terme, estime le cardinal Turkson
Synode: La redistribution du clergé dans le monde?
Rome, 19 octobre 2005 (Apic) La redistribution du clergé dans le monde n’est qu’une solution à court terme pour pallier au manque de prêtre dans les pays occidentaux, a estimé le 18 octobre le cardinal ghanéen Peter Kodwo Appiah Turkson.
L’archevêque de Cape Coast, prudent sur la question de l’ordination des hommes mariés, a aussi évoqué devant des journalistes anglophones, les problèmes soulevés par la polygamie en Afrique ainsi que par des habitudes culturelles locales.
«Concernant le problème du manque de prêtres, nous avons étudié différentes solutions», a affirmé le cardinal Turkson interrogé sur cette question très souvent évoquée durant le synode sur l’Eucharistie. «L’une des solutions, souhaitée» par les pays en manque de prêtres, serait «qu’ils en accueillent venant d’endroits où ils sont nombreux». «Il y a des pays où les séminaires sont pleins» et «cela pourrait être une solution immédiate», a-t-il expliqué. Le cardinal a cependant évoqué la question «du long terme» qui serait de susciter à nouveau des vocations dans ces lieux.
Par ailleurs, si les séminaires sont pleins dans certains pays, notamment en Afrique, «nous ne parlons pas de surplus», a-t-il précisé. «Nous n’avons pas plus» de prêtres que «ce dont nous avons besoin», a-t-il poursuivi. Et d’affirmer «il est difficile d’apprécier la gravité de la situation» concernant les pays riches. «Les gens se déplacent» pour les jeux sportifs, pourquoi ne pas faire la même chose la messe?, s’est-il interrogé, insistant sur la grande mobilité des fidèles occidentaux dotés de voitures. Il a aussi expliqué qu’envoyer du renfort dans les pays occidentaux ne pouvait être qu’une solution «de court terme», correspondant à un acte «généreux» de leur part, comme l’avait été autrefois celui des pays d’Europe à leur égard.
Le cardinal ghanéen a souligné que cette redistribution du clergé dans le monde n’allait pas sans poser de problèmes. Il a évoqué les difficultés de type culturel pouvant apparaître lors des transferts de prêtres, ceux-ci ne parvenant pas toujours bien à s’intégrer et les fidèles pouvant avoir du mal à les accepter. Il a aussi encouragé les Conférences épiscopales à former les prêtres en déplacement et à encourager les fidèles à s’ouvrir à la différence.
Le cardinal Turkson a expliqué que les pays d’Afrique comme d’Asie et d’Amérique latine, devaient prendre exemple sur le modèle occidental et «essayer d’éviter» les erreurs qui y ont été commises. Il a ainsi évoqué le problème des catéchèses qui avaient à tord remplacé l’évangélisation, et de l’exclusion du côté chaleureux de la messe qui faisait fuir certains fidèles vers les communautés protestantes.
Viri probati: pas une solution immédiate
Concernant la question des viri probati, le cardinal ghanéen a relevé que la tendance durant le Synode «a été: épuisons les autres possibilités avant d’arriver» à celle-ci et d’étudier un peu plus la question. Il a ajouté que pour lui, «ce n’était pas une solution immédiate au manque de prêtres». Tout en précisant que «personne ne demande encore cela donc nous n’avons pas encore à affronter une telle situation au Ghana».
Concernant la question de la polygamie en Afrique, le cardinal Turkson a expliqué que c’était «un problème» pour les personnes se convertissant au christianisme. Il a expliqué qu’on ne pouvait pas toujours exiger de l’homme de laisser ses femmes sauf la première pour avoir accès à la communion, après s’être mariée religieusement avec elle. Outre la nécessité qu’il survienne à ses besoins financiers, et pourvoit à l’éducation des éventuels enfants, se pose aussi la question de la vie affective et sexuelle des femmes. En attendant de trouver une solution convenable, l’Eglise insiste sur «la communion spirituelle» de ces personnes polygames, en s’efforçant de les accueillir le mieux possible.
Enfin, le cardinal Turkson a évoqué la difficulté des cas où l’un des conjoints, catholique, ne pouvait avoir accès à la communion, à cause de son conjoint. Il a expliqué que certains hommes ne souhaitaient pas se marier religieusement par peur d’entrer dans un système matriarcal ou par conviction religieuse, sans pour autant qu’il y ait de réel péché. «Certains de ces mariages deviennent en fait des obstacles pour l’admission de la femme à la communion», a alors regretté le cardinal. (apic/imedia/ar/pr)



