Synode pour l’Asie: Pour la reconnaissance du «caractère sacré» de Jérusalem
Mgr Abraham Nehmé, de passage à Lausanne, témoigne
Lausanne, 17 mai 1998 (APIC) La reconnaissance du «caractère sacré» de Jérusalem figure en bonne place dans le message final du Synode sur l’Asie. De passage à Lausanne, Mgr Abraham Nehmé, un évêque grec-catholique de Syrie, l’a confirmé: «Jérusalem n’est pas seulement un lieu de départ géographique pour le christianisme. Jérusalem est la patrie spirituelle de tout chrétien dans le monde, de quelque bord qu’il soit».
«En tant qu’habitant du Moyen-Orient, je désire vraiment la paix avec Israël. Mais, je la souhaite dans la justice. Jérusalem est la ville qui rassemble les trois religions monothéistes. L’on doit s’y sentir chez soi: que l’on soit juif, musulman ou chrétien», a confié Mgr Nehmé au journaliste Jean-Charles Zufferey.
L’Archevêque grec-catholique-melkite du diocèse de Homs, Hama et Jabrud, en Syrie, a participé au Synode pour l’Asie, qui s’est tenu à Rome du 19 avril au 14 mai. En visite privée à Lausanne, Mgr Abraham Nehmé a accepté de commenter quelques lignes forces du message du Synode. Il rappelle que même s’il n’en est pas fait état dans le message final, les pères synodaux ont très clairement évoqué l’Eglise souffrante ou souterraine de Chine. «Dans nos propositions, nous avons même demandé de relancer un appel à la Chine afin qu’elle n’ait pas peur de la liberté de religion».
Suicide de protestation de Mgr John Joseph: un geste regrettable
Le message final ne fait pas non plus allusion au suicide de protestation de Mgr John Joseph, évêque de Faisalabad, au Pakistan. «Cet acte très particulier n’a en effet pas été soulevé officiellement. Il nous manquait notamment des détails pour donner une explication concrète. Personnellement, je connaissais très bien cet homme. Il était un lutteur jusqu’à l’abnégation. Il luttait avant tout pour les droits humains avec passion et émotion. Il a d’ailleurs fait deux grèves de la faim. Voulait-il, cette fois-ci, abréger le chemin? A mon sens, il a été trop loin. Je regrette son geste».
5000 enfants meurent chaque mois en Irak
Les pères synodaux ont aussi demandé la levée de l’embargo contre l’Irak. «Est-ce une question d’Eglise ? Effectivement, le régime irakien ne brime pas les libertés religieuses. Il faut néanmoins parler de dictature au niveau social. Ajoutez à cela l’embargo et la situation des personnes vivant dans le pays devient tout simplement inhumaine. L’Eglise doit le dire. Les statistiques de l’ONU prouvent que, chaque mois, 5000 enfants meurent de faim en Irak. Les motifs d’hier n’ont plus leur raison d’être aujourd’hui. L’embargo doit être levé, sinon cette injustice flagrante perdurera».
A propos de la nécessité de renégocier la dette du tiers monde pour l’an 2000, Mgr Nehmé affirme que le tiers monde est véritablement victime des superpuissances économiques: «Nous n’avons pas cessé de le redire, exemples à l’appui. Nous devons donc remédier rapidement à ces situations indescriptibles de pauvreté dans de nombreux pays. A vrai dire, ce sont les grandes puissances qui possèdent la clé. Qu’elles la tournent dans le bon sens et qu’elles fassent un geste d’ouverture concret. En tant qu’Eglise, nous pouvons seulement et modestement les interpeller».
Inculturation: le Christ n’est pas un bouddha
Sur un plan plus religieux, le message final reconnaît volontiers les valeurs spirituelles des grandes religions de l’Asie. Mais pour l’évêque syrien, le fameux terme d’inculturation, très employé, ne devrait pas défigurer la personne de Jésus Christ. «S’il y a, dans les réalités socio-religieuses, des sentiments forts de libération ou des besoins de médiation, le Christ peut effectivement être présenté comme le grand frère qui sauve. Mais, il n’est en aucun cas un bouddha. Je pense, en revanche, que l’inculturation est souhaitable sur le plan liturgique. Par exemple, à la messe d’ouverture du Synode, nous avons assisté à des scènes de danse orientale. C’était magnifique». Concluant sur ses attentes personnelles, Mgr Nehmé souhaite pour le Moyen-Orient, en particulier, «davantage d’autonomie dans le respect de nos traditions». (apic/jcz/be)



