Dans les coulisses du Synode
Synode pour l’Europe: La machine est bien huilée.
Rome, 7 octobre 1999 (APIC) Des soutanes noires filetées de rouge et de violet. On en voit rarement autant que ces jours-ci sous les colonnes de la Place Saint-Pierre à Rome, ou dans les restaurants proches du Vatican, où 179 évêques participent au Synode pour l’Europe depuis le 1er octobre. Entre deux congrégations générales, les participants se retrouvent chez les uns ou chez les autres, discutent, prennent rendez-vous, se saluent et font connaissance, tout en se pressant vers la Salle du Synode lorsque l’Assemblée va commencer. Il ne s’agit pas d’être en retard: un Synode au Vatican est une chose sérieuse, et son organisation est minutée.
«Un peu trop minutée!» s’exclame en souriant Mgr Joseph Doré, évêque français de Strasbourg, qui évoque les huit minutes réglementaires accordées à chaque intervenant pour exposer son point de vue sur le sujet de son choix devant l’ensemble des Pères du Synode. Un panneau lumineux indique à l’orateur qu’il ne lui reste que deux minutes de parole, puis une, puis un «stop» s’affiche, et le micro est alors coupé, même si l’évêque n’a pas fini son discours. Il en est ainsi pour chaque intervenant, à de rares exceptions près, comme ce fut le cas pour Mgr Godried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, invité par le pape à terminer son intervention, malgré le temps imparti écoulé.
Pour joindre les évêques, et avoir leurs impressions personnelles, il faut les «cueillir» à la sortie des congrégations générales, avant qu’ils ne se dispersent par petits groupes. En arrivant du côté de la salle des audiences, dont l’entrée est surveillée par les Gardes Suisses à gauche de la Place Saint-Pierre, on les observe attentivement au fur et à mesure qu’ils sortent, on aborde ceux que l’on reconnaît, et l’on tâche de découvrir ceux dont on a que le nom, grâce aux badges qu’ils portent sur leurs soutanes. Si on est généralement reçu avec amabilité, la difficulté est de trouver un moment pour un rendez-vous.
Car l’emploi du temps des Pères synodaux est pour le moins chargé. Quelquefois, la meilleure solution peut être de lui demander un entretien sur place, s’il a quelques minutes à consacrer. Mais pas question de l’interroger dans les salles du Synode elles-mêmes. Ce n’est pas prévu par l’organisation du Secrétariat général. Il vaut mieux se retrouver à quelques mètres de là, en dehors du Vatican, par exemple dans un des cafés qui jouxtent la Place Saint-Pierre.
Groupes particulièrement distincts
«Nous nous invitons beaucoup entre nous aux moments des repas, pour faire plus ample connaissance et échanger personnellement nos points de vue», explique Mgr Joseph Doré, évêque français de Strasbourg. «C’est là une des possibilités les plus intéressantes du Synode». Mgr Doré est visiblement satisfait de ces rencontres. «J’ai déjàà parlé avec quinze ou vingt évêques!» raconte-t-il. «Nous n’avons pas toujours les mêmes analyses sur les situations, mais il est intéressant de profiter des réflexions des autres, et de découvrir que malgré les différences, nous avons des choses fondamentales en commun».
Les interventions officielles, servent-elles à quelque chose? Mgr Doré se dit personnellement très intéressé de voir «deux grands ensembles de l’Europe se découvrir», ceux de l’Est et ceux de l’Ouest. «Cela permet de mieux comprendre la situation de la Roumanie par exemple», souligne-t-il, «et de voir à quel point la situation est difficile en Russie». «On découvre des situations que l’on ne connaît pas, et c’est très enrichissant», constate l’évêque de Strasbourg.
Mgr Doré s’avoue par ailleurs étonné de la diversité des évêques au sein même des pays latins d’Europe de l’Ouest. «On distingue bien le groupe français du groupe espagnol, lui-même très différent des groupes italiens ou suisses! ” s’exclame-t-il. «Bien sûr, tous les évêques d’Erope ne sont pas là, et toutes leurs visions des choses ne sont pas représentées», fait remarquer l’évêque. Mais pour Mgr Doré, il est déjà bon que ceux qui sont là aient pu ainsi se rassembler pour échanger les leurs. «En tous cas, je suis frappé de l’assiduité et de l’écoute des évêques lors des congrégations», ajoute-t-il.
Le 5 octobre, Mgr Doré se trouvait par ailleurs à table avec Jean Paul II, qui reçoit tous les jours une douzaine d’évêques du Synode pour le déjeuner. «J’avais été frappé pendant les congrégations générales par sa démarche saccadée et son corps déformé», souligne-t-il. «On a vraiment l’impression qu’il porte un poids de souffrance physique, mais ça ne l’empêche pas d’être très attentif aux exposés des intervenants». «A table, on voit aussi qu’il est fatigué mais son visage est serein et souriant», continue Mgr Doré. Ce jour-là étaient présents notamment le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, et Mgr Noël Treanor, secrétaire général de la Commission des évêques de la Communauté européenne. «Le pape a adressé la parole à chacun de nous, continue l’évêque de Strasbourg, posant des questions, demandant des précisions, et faisant des suggestions».
Difficile synthèse
Est-il possible de définir une ligne directrice synthétisant l’ensemble des premières interventions? «C’est difficile pour l’instant», estime Mgr Doré, «parce que les interventions sont extrêmement variées par leur style et leurs sujets».
Pour parer à cette difficulté, le secrétariat général du Synode a prévu une quinzaine d’experts, qui sont des théologiens polyglottes et assistent à tous les travaux. Ysabel De Andia, directrice pour les recherches de philosophie antique auprès du «Centre National de Recherches Scientifiques» en France est l’une de ces quinze experts. «Chacun d’entre nous établit quotidiennement une synthèse des interventions sur le thème qu’il s’est attribué», explique-t-elle, «et nous nous retrouvons tous les jours pour en discuter avec l’archevêque de Madrid, le cardinal Rouco Varela, rapporteur général du Synode». Le thème dont Ysabel De Andia doit rendre compte est celui de l’oecuménisme. «C’est grâce à ce travail quotidien que je commence à me rendre compte de quelques grandes lignes qui reviennent sur le sujet», explique-t-elle, «ce sera le brouillon de la ’relatio’ finale qui sera faite par le cardinal de Madrid». Tout a donc été prévu dans les détails. La machine du synode est bien huilée.
Sans débat ni applaudissements
Huilée, mais sans débat ni applaudissements. A ce jours, on compte près de 80 interventions de huit minutes chacune. Cette première vague, note le quotidien français «La Croix», laisse encore apparaître une différence notable entre évêques de l’Est et de l’Ouest. Les premiers consacrent très souvent leurs propos à une narration de ce que leurs Eglises particulières ont vécu avant et après la chute du mur de Berlin. Les seconds évoquent des problématiques plus générales. Et le quotidien catholique de constater qu’il n’y a pas eu, à ce stade, d’interventions particulièrement tranchées. Aucun orateur ne s’étant explicitement démarqué du rapport introductif présenté par le cardinal Rouco (apic/imed/pr)



