Manque de prêtres et incompréhension de la curie romaine:

Synode pour l’Océanie: Une grande liberté de ton

vent de contestation

Rome, 27 novembre 1998 (APIC) Un petit vent de contestation a soufflé durant la première semaine du Synode pour l’Océanie. Certaines incompréhensions entre la curie romaine et les prêtres diocésains ont été soulignées. Comme a été déploré le manque crucial de prêtres dans certaines régions des îles du Pacifiques. «On n’a pas l’impression d’entendre uniquement ce qui fait plaisir au pape», a du reste fait remarquer le groupe francophone Malgré cette liberté de ton, l’atmosphère générale reste conviviale et respectueuse. On n’a pas entendu de contestations virulentes, mais le compte-rendu de problèmes très concrets, et très semblables à ceux de l’Europe occidentale.

Une semaine après l’ouverture du Synode pour l’Océanie, la plupart des participants qui le souhaitaient ont déjà pu donner leur opinion personnelle sur la situation de l’Eglise dans le continent devant l’ensemble de l’assemblée et devant Jean Paul II. Des évêques de Nouvelle-Zélande et d’Australie n’ont pas hésité à se montrer très francs en soulignant certaines incompréhensions entre la curie romaine et leurs prêtres diocésains.

«Certains de nos prêtres se posent continuellement des questions sur ceux qui vivent en situation matrimoniale irrégulière. Nos structures ne contrarient-elles pas ces personnes qui désirent appartenir à l’Eglise?», a demandé Mgr Leonard Boyle, évêque de Dunedin (Nouvelle-Zélande). «Le développement du multiculturalisme devrait être pris en compte par les dicastères romains», a renchéri Mgr Darwich, évêque de l’Eglise melkite d’Australie, pour qui «il nous faut préserver notre ancienne tradition d’ordonner des hommes mariés». Malgré cette liberté de ton, l’atmosphère générale reste conviviale et respectueuse. On n’a pas entendu de contestations virulentes, mais le compte-rendu de problèmes très concrets, et très semblables à ceux de l’Europe occidentale.

Jeudi après-midi, le cardinal australien Edward Idris Cassidy, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens, a expliqué que la tentation de l’Eglise d’adapter l’Evangile à ce qui est acceptable pour la plupart de ceux que nous cherchons à évangéliser doit être repoussée. Cependant, il ne suffit pas de «proclamer la vérité avec autorité», a-t-il précisé, encore faut-il «chercher ensemble la façon et les moyens de persuader ceux auxquels nous nous adressons, pour que notre parole soit vraie pour eux aussi, et qu’elle leur soit vitale».

Un grand isolement

En alternance avec les évêques australiens et néo-zélandais, ceux des plus petites îles du Pacifique ont décrit des situations pastorales totalement différentes. Mgr Guy Chevalier, évêque de Taiohaé (ou Tefenuaenata), dans les Îles Marquises françaises, a insisté sur l’isolement géographique de son diocèse: son confrère évêque le plus proche se trouve à 1’500 km !. «Il y a un isolement bien plus sérieux que je veux évoquer, a-t-il ajouté : celui des petites communautés catholiques habituées à vivre sans prêtres. Jamais l’ardeur de la foi des chrétiens et leur dévouement ne pourront compenser l’absence du prêtre dans une communauté».

La question a été abordée à de nombreuses reprises cette semaine : dans les îles les plus pauvres de l’Océanie, les fidèles ne voient un prêtre que tous les trois ou quatre mois, et certains même une seule fois par an. «Vous comprenez que, dans ces conditions, la place des laïcs dans l’Eglise est une évidence depuis longtemps chez nous. Les catéchistes qui prennent en charge des communautés entières ont un rôle capital! «, s’est exclamé Mgr Hubert Coppenrath, archevêque coadjuteur de Papeete (Tahiti).

Mauvais exemple

Le même problème se pose en Papouasie-Nouvelle Guinée : les catéchistes ne suffisent pas, il faut des prêtres, et même des évêques. Plusieurs sièges épiscopaux sont vacants parce que les quelques prêtres indigènes disponibles n’ont pas une formation suffisante pour assumer une telle responsabilité.

Autre difficulté, soulevée en particulier par Mgr Fuahea, évêque de Wallis et Futuna: «la présence d’Européens, chrétiens non pratiquants», qui donnent dans les îles «un exemple néfaste à une population habituée à une pratique religieuse traditionnelle et forte».

Au total, à l’issue de ces premiers jours de Synode, les problèmes à régler semblent nombreux. Mais les évêques sont là pour en parler, et ils sont plutôt contents de voir que les difficultés réelles ne sont pas occultées. «On n’a pas l’impression d’entendre uniquement ce qui fait plaisir au pape», remarque le groupe francophone.

Lundi, après un rapport général sur l’ensemble de ces interventions, les Pères synodaux se répartiront en six carrefours pour réfléchir aux propositions qui seront votées à la fin de l’assemblée. (apic/cip/imed/pr)

27 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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