Suisse

Synode sur l'Amazonie: «L'Eglise prend notre situation au sérieux»

Ernestina Macuxi, de Boa Vista, en Amazonie, attend du Synode sur l’Amazonie que l’Eglise prenne la situation des indigènes au sérieux. La représentante de la communauté indigène de Macuxi était invitée à Zurich par Action de Carême, le 4 octobre 2019, à deux jours de l’ouverture du Synode à Rome.

«Nous souhaitons créer des ‘écoles indiennes’ pour préserver notre culture, des ‘secrétariats de santé’, ou une formation pour obtenir un permis de conduire…». Malgré le drame climatique et les menaces quotidiennes qui pèsent sur l’Amazonie, Ernestina Macuxi met en évidence quelques projets de la communauté indigène qu’elle représente. Elle est reconnaissante envers l’Eglise catholique, parmi d’autres organisations non-religieuses, pour son soutien dans ces différents projets.

Un Synode de la dernière chance?

«Non, le Synode sur l’Amazonie n’est pas l’événement de la dernière chance pour la sauvegarde de nos terres», répond Ernestina Macuxi à cath.ch. «Ce sera certes un moment d’espérance très important», poursuit Luis Ventura, représentant du CIMI (Conseil Indigéniste Missionnaire) de la CNBB (Conférence nationale des évêques du Brésil) et partenaire d’Action de Carême. «Mais le Synode sera avant tout la confirmation d’un chemin de dialogue et du combat que nous allons poursuivre ensuite, coûte que coûte, quel que soit l’issue des travaux du Synode».

«Tous unis, nous ne pouvons pas être brisés» Ernestina Macuxi, de la communauté indigène de la région amazonienne de Macuxi | © Grégory Roth

Les deux invités brésiliens ont confirmé une nette détérioration de la situation, depuis l’élection du président Jair Bolsonaro. «La rhétorique du gouvernement actuel est toxique, explique Luis Ventura. Elle favorise l’exploitation de nos terres. Nous avons repéré 116 situations non réprimandées. Parmi elles, la pêche illégale, les coupes de bois et l’assèchement des eaux pour extraire de l’or. Le discours de l’Etat suscite pour les peuples indigènes un sentiment d’impunité envers ceux qui exploitent nos terres sans autorisation».

Une triple présence d’Eglise

Luis Ventura rappelle que la défense des droits des quelque 400 peuples indigènes sera au centre des discussions lors du Synode sur l’Amazonie, du 6 au 27 octobre 2019 à Rome. Lui qui a travaillé sur la préparation de ce Synode depuis 2018, souhaite défendre «une présence d’Eglise qui soit proche et respectueuse des indigènes». Une présence à trois niveaux. «Une présence prophétique, d’abord, qui permette de préserver la diversité des peuples indigènes. Une ‘présence de dialogue’, ensuite, qui œuvre pour un dialogue horizontal entre Eglise et les indigènes, avec des perspectives interculturelles. Une présence ecclésiale, enfin, qui soit incarné dans la vie des peuples et favorisant le témoignage», énumère le Brésilien. (cath.ch/gr)



Action de Carême: paré pour le Synode

Le directeur d’Action de Carême, Bernd Nilles, sera au Synode sur l’Amazonie du 21 au 25 octobre 2019, à Rome.

Bernd Nilles, directeur d’Action de Carême, a des attentes concrètes à l’égard du Synode sur l’Amazonie | © Grégory Roth

Quelles propositions souhaitez-vous faire passer?
«Action de carême souhaite avant tout mettre en évidence la crise et le drame climatiques actuels. C’est une réalité mondiale! En Suisse, nous venons de rendre hommage à la disparition du glacier Pizol. Dans le contexte du Synode sur l’Amazonie, notre ONG catholique entend défendre les droits fondamentaux de la nature et du peuple indigène, et dénoncer les menaces qui pèsent sur eux. Nos projets de soutien sur place nous permettent d’argumenter nos propos avec des chiffres concrets.

Votre message s’adresse-t-il donc aussi aux Suisses?
Effectivement, Action de carême sensibilise davantage les Suisses concernant la neutralité climatique Créduction minimum des émissions de CO2). Le Conseil fédéral qui vise la neutralité climatique en Suisse d’ici à 2050, ne suffit pas. Nous proposons d’établir des paliers: assurer une réduction de 60% d’ici 2030, par exemple. GR

"Tous unis, nous ne pouvons pas être brisés", Luis Ventura, de la CIMI avec l'indigène Ernestina Macuxi, tous deux brésiliens | © Grégory Roth
5 octobre 2019 | 01:21
par Grégory Roth
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