Un pays en quête de reconnaissance internationale

Syrie: La visite du pape a aussi une dimension politique et nationale

Beyrouth, 1er mai 2001 (APIC) C’est «sur les pas de saint Paul» que le pape Jean Paul II entreprend le vendredi 4 mai un nouveau pèlerinage biblique qui le conduira successivement en Grèce, en Syrie et à Malte, hauts lieux de la prédication paulinienne. L’étape syrienne revêtira également une dimension politique et nationale voulue par le régime de Damas.

Le samedi 5 mai Jean Paul II posera pour la première fois ses pieds sur le sol syrien, théâtre de la conversion de saint Paul, dans un pays mis au ban de la communauté internationale. Le pèlerinage est organisé par une commission présidée par Mgr Isidore Battikha, vicaire patriarcal des grecs-catholiques, aidé par des évêques orthodoxes. Les préparatifs se font en coordination avec trois ulémas, ainsi qu’avec le ministère syrien des Affaires étrangères Ce voyage, critiqué en Israël, suscite également des interrogations au Liban. Le thème initial de l’importante visite de Jean Paul II en Syrie, a pris à la demande des autorités syriennes, une «dimension nationaliste», commente le quotidien libanais francophone «L’Orient-Le Jour». Il a fini par devenir: «La Syrie, terre de civilisation et berceau du christianisme. Sur les pas de saint Paul».

L’étape civile de Kuneitra fait grincer des dents en Israël

Le thème du pèlerinage de Jean-Paul II reflète la volonté de la Syrie de ne renier aucune des civilisations et des cultures qui l’ont marquée au cours des siècles, et qui ont forgé sa personnalité. La visite du pape dans la grande mosquée des Omeyyades sera la première d’un pape dans un lieu de culte musulman. Toujours à la demande des autorités syriennes, la visite papale comportera une étape profane, à Kuneitra, ville conquise en 1973 par Israël, puis évacuée après que toutes ses maisons eurent été dynamitées. L’étape «politique» de Kuneitra fait grincer des dents en Israël Le pape y priera pour la paix et y plantera un olivier, symbole de paix.

Jean Paul II sur les pas de saint Paul

Après son passage en Grèce, le vendredi 4 mai, où sa venue suscite d’ores et déjà l’ire des milieux orthodoxes conservateurs, le pape poursuivra son pèlerinage biblique «sur les pas de saint Paul» qui le conduira en Syrie et à Malte. Le samedi 5 mai, après avoir fait escale en Grèce, Jean-Paul II posera ses pieds sur le sol syrien, théâtre de la conversion de saint Paul, incontestablement la plus dramatique de l’histoire du christianisme. Cette nouvelle étape du pèlerinage conclut une série de visites pastorales aux lieux marquants de l’histoire du Salut, voulues par Jean Paul II pour marquer le Grand Jubilé de l’an 2000.

Le seul endroit dont le pape n’a – pas encore ? – n’a pas encore pu fouler le sol est l’Irak, patrie d’Abraham, qui n’a pu avoir lieu, officiellement, pour des raisons de sécurité. Par contre, il a pu accomplir, selon le calendrier établi, les autres étapes: Liban, Terre sainte (Palestine et Israël), Jordanie, sur le Mont Nebo, à partir duquel Moïse a vu la Terre promise, Egypte, où la Sainte Famille avait fui la persécution d’Hérode. Pour conclure cette extraordinaire remontée aux origines du christianisme, il se rend en Grèce, sur l’»Agora» où saint Paul fit connaître aux Athéniens l’identité du Dieu inconnu qu’ils adoraient, à Malte, au large duquel son navire fit naufrage au cours d’un de ses voyages apostoliques et en Syrie.

«Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu?»

Damas, c’est la ville où saint Paul, qui s’y rendait porteur d’une lettre du Sanhédrin l’autorisant à arrêter tous ceux qui suivaient cette «Voie-là», fut renversé de son cheval et entendit le Christ lui dire: «Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu?». Rendu momentanément aveugle par la lumière de l’apparition, saint Paul sera guéri de sa cécité par un chrétien, Ananie, qui lui rend visite dans le domicile où il se trouvait. Troisième lieu symbolique de cet épisode mouvementé mais capital de la vie de saint Paul, le pape va visiter le pan de l’ancienne muraille de Damas par lequel, fuyant la persécution des autorités juives, saint Paul désormais converti, ne pouvant plus emprunter les portes de la ville, s’évadera.

L’expression d’une volonté de dialogue avec l’islam

La visite du pape dans la grande mosquée des Omeyyades, à Damas, sera la première d’un pape dans un lieu de culte musulman. Ce voyage est ainsi également l’expression d’une volonté de dialogue avec l’islam. Un théologien contemporain, le Suisse Hans Küng, parle de l’urgence d’une «paix des religions», à l’heure même où l’Américain Samuel Huntington prévoit pour le XXIe siècle un redoutable «choc des civilisations». Il s’agirait de persuader les grandes religions du monde d’adopter le dialogue comme instrument missionnaire, ce qui suppose le respect le plus absolu de la liberté religieuse et une mutation culturelle et spirituelle fondamentale.

Une mutation que l’Eglise opère en ce moment, puisque le Christ n’y est plus imposé, mais proposé, dans l’esprit de repentance de Vatican II, qui a dénoncé les moyens d’évangélisation reposant sur la contrainte et la force. L’Eglise affirme depuis des décennies que «la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même, qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance».

Le drame des Croisades et les relations avec le monde musulman

Lorsqu’il pénétrera dans la salle de prières de la mosquée des Omeyyades, Jean Paul II effectuera un geste historique: ce sera la première visite d’un pape dans une mosquée. Le pape Jean Paul II évoquera-t-il alors les Croisades et demandera-t-il pardon pour les contraires à l’Evangile commises durant cet épisode douloureux de l’histoire de l’Eglise qui marque encore ses rapports avec l’islam ? C’est justement à la mosquée des Omeyyades que se trouve, outre le mémorial de saint Jean-Baptiste, le mausolée de Saladin, le chef des armées musulmanes qui, à la bataille de Hattin (1187), défit les Croisés et reconquit Jérusalem.

Selon «L’Orient-Le Jour», les autorités ecclésiales syriennes réagissent mal à cette perspective. Mgr Isidore Battikha, vicaire patriarcal grec-catholique et chef du comité organisateur du pèlerinage, affirme, dans un entretien accordé à la presse, que «le pape ne vient pas pour visiter tel ou tel mausolée. Sa visite n’est pas politique…Les musulmans ne sont pas nos ennemis». «De ce fait, ajoute Mgr Battikha, nous ne demandons pas pardon à nos frères. Nous vivons en bonne entente avec les musulmans, et il est inutile d’évoquer les pages des combats et des inimitiés du Moyen Age, des conquêtes arabes et islamiques, des Croisades, etc. (…) Laissons ces choses aux historiens. L’Histoire, nous la connaissons, mais nous refusons de vivre dans le passé historique, comme si nous étions des momies. Nous sommes les enfants de l’espérance, de la Résurrection et de l’avenir. Voici ce qui importe».

Pas de prière commune à la mosquée

A la Mosquée des Omeyyades, le pape se recueillera devant le Mausolée de saint Jean Baptiste, qui est vénéré aussi par les musulmans, et adressera aux musulmans un message d’espérance en vue du dialogue. Les dirigeants musulmans se disent honorés de recevoir le pape dans ce lieu sacré qui leur est cher. Au début, on avait envisagé une prière commune entre le pape et le Mufti de la République Ahmad Kaftaro, qui est la plus haute autorité musulmane de Syrie. Des cheikhs étaient favorables à un discours du pape dans la mosquée. Après une série de discussions, il a été décidé que le pape et le Mufti entreraient dans la mosquée, et resteraient en silence devant le mausolée du Baptiste. C’est ensuite dans la grande cour que se fera l’échange des discours.

Une visite au caractère œcuménique éminent

La dimension œcuménique constituera l’un des enjeux principaux de la visite du pape. Avant la Syrie, le pape visitera Athènes. Jean-Paul II sera ainsi le premier pape à se rendre en Grèce. Il y rencontrera l’archevêque Christodoulos d’Athènes, primat de l’Eglise orthodoxe de Grèce, et sa visite provoque des réactions d’hostilité au sein de celle-ci. Mais «pour surmonter les divisions du deuxième millénaire» de l’histoire du christianisme, le pape est conscient qu’un énorme effort est nécessaire bien qu’en définitive l’unité soit «un don de l’Esprit saint».

La visite du pape aura enfin une dimension régionale et lui donnera certainement l’occasion de lancer un nouvel appel à la paix, au rejet de la violence et au respect des droits des peuples et des individus. La Syrie est l’une des premières terres d’implantation du christianisme: c’est à Antioche que, pour la première fois, les disciples du Christ recevront le nom de «chrétiens». C’est également en Syrie que, sous l’influence de saint Paul, le christianisme est sorti du milieu judaïque pour devenir religion universelle. La Syrie contemporaine est donc dépositaire d’une histoire deux fois millénaire de présence chrétienne. (apic/orj/be)

1 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 6  min.
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