Une famille de réfugiés syriens, à Jaramana, une banlieue de Damas,  (photo: Alexandra Wey/Caritas Suisse )
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Une famille de réfugiés syriens, à Jaramana, une banlieue de Damas, (photo: Alexandra Wey/Caritas Suisse )

Syrie: Mgr Armash Nalbandian doute de l'impartialité des médias occidentaux

05.03.2018 par Jacques Berset, cath.ch

Mgr Armash Nalbandian, évêque apostolique arménien de Damas, a accusé la Turquie d’avoir donné des instructions aux militants anti-Assad qui combattent à ses côtés de viser les lieux arméniens, les églises et les écoles, ce qui signifie s’en prendre ainsi à l’identité arménienne. Il demande aux médias occidentaux de faire preuve d’une plus grande objectivité sur ce qui se passe en Syrie.

“Le monde est indigné par les attaques de l’armée de l’air syrienne contre les centres de commandement des milices djihadistes qui se cachent parmi la population civile de la Ghouta orientale, mais pourquoi personne ne parle des incessantes attaques au mortier et aux missiles lancées de là par les djihadistes contre les quartiers chrétiens de Damas comme Bab Touma, Abassiyine, Koussour et la banlieue de Jaramana”, écrit la fondation Pro Oriente (*).

Quartiers chrétiens visés par les djihadistes

Mgr Armash Nalbandian, qui participait la semaine dernière à une réunion de la fondation Pro Oriente pour le dialogue avec les Eglises orthodoxes orientales à Vienne, déplore, lui aussi, les souffrances de la population civile de la Ghouta orientale. Il pointe cependant le doigt sur le manque de reportages internationaux documentant les dommages causés par les bombardements des milices islamistes visant en permanence la vieille ville de Damas où se trouvent les cathédrales chrétiennes.

Dans le quartier arménien de Damas, les écoles sont fermées depuis deux semaines, à peine plus de 10% des commerces sont ouverts, de nombreuses personnes n’osent plus prendre le risque de se rendre à la messe, confie l’évêque arménien à Pro Oriente. Qui relève que l’attaque des troupes turques et de leurs supplétifs arabes sur l’enclave d’Afrine, au nord-ouest de la Syrie, a également contribué à la morosité de la situation générale, également du fait que de facto les unités russes et américaines se font face.

Sans se dire fondamentalement pessimiste, Mgr Armash Nalbandian relève qu'”un jour nous entendons parler d’un cessez-le-feu et le lendemain, ce sont à nouveau les obus qui tombent”.

Informations souvent unilatérales

Le quartier chrétien de Bab Touma, entre la Ghouta et le centre de Damas, est particulièrement touché par les tirs des djihadistes depuis le début du mois de janvier. Des portails internet chrétiens comme “abouna.org”, à Amman, en Jordanie, expliquent que de nombreux civils, dont des enfants et des jeunes, ont été tués par des obus et des missiles lancés à l’aveuglette par les djihadistes. Le 8 janvier 2018, Mgr Samir Nassar, archevêque maronite de Damas, a échappé de peu à la mort quand un missile a touché sa résidence.

“Pourquoi cette cécité de l’Occident?

“Quand les armes se tairont-elles ? Nous, qui vivons en Syrie, nous somme dégoûtées par l’indignation générale qui se lève pour condamner ceux qui défendent leur propre vie et leur propre terre. A plusieurs reprises ces mois-ci, nous nous sommes rendus à Damas. Nous y sommes allées après que les bombes des rebelles aient fait un massacre dans une école. Nous y étions également voici quelques jours seulement, le jour après que 90 missiles tirés à partir du faubourg de la Ghouta soient tombés sur la partie de la ville tenue par l’armée. Nous avons écouté les récits des enfants: la peur de sortir de chez eux et d’aller à l’école, la terreur de devoir voir encore leurs camarades de classe sauter en l’air. Ces enfants ne parviennent pas à dormir la nuit à cause de la peur qu’un missile ne tombe sur leur toit. (…) Ces enfants ne sont-ils pas aussi dignes de notre attention ?”, écrivent dans un message diffusé le 5 mars 2018 par l’agence d’information vaticane Fides les moniales trappistines qui vivent à Azeir, un petit village syrien à la frontière avec le Liban, à mi-chemin entre Homs et Tartous.

Des civils enfermés dans des cages utilisés comme “boucliers humains”

“Pourquoi cette cécité de l’Occident? Comment est-il possible que ceux qui nous informent, même dans la sphère de l’Eglise, soient aussi unilatéraux?”, se demandent finalement les religieuses cisterciennes, qui rappellent qu’elles prient pour tout le monde: “lorsque l’armée syrienne bombarde, des femmes, des enfants, des civils meurent ou sont blessés et nous prions aussi pour eux. Non seulement pour les civils mais également pour les djihadistes, parce que chaque homme qui choisit le mal est un fils perdu. C’est un mystère caché dans le cœur de Dieu. C’est à Lui qu’il faut laisser le jugement, Lui qui ne veut pas la mort du pécheur mais qu’il se convertisse et vive”.

Les moniales ajoutent qu’à Damas, “c’est à partir de la zone de la Ghouta qu’ont commencé les attaques en direction des civils qui habitent dans la partie de la ville contrôlée par le gouvernement et non pas l’inverse. Le quartier de la Ghouta lui-même a vu des civils n’appuyant pas les djihadistes être placés dans des cages de fer – hommes et femmes – exposés en plein air et utilisés comme boucliers humains”.

Crédibilité de l’OSDH en question

Les agences de presse internationales ne donnent pas ce genre d’informations, déplorent les responsables chrétiens à Damas, mais se fient aux informations distillées par l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qu’elles répercutent sans esprit critique. La neutralité et la fiabilité de cet organisme basé à Londres sont contestées par certains experts du conflit syrien.

Dirigée officiellement par un seul homme, Rami Abdel Rahmane, nom d’emprunt d’un Syrien qui a fui son pays en l’an 2000 et vit en Angleterre, cette officine reprend les données que lui fournit son réseau de 200 “informateurs” sur place, sans moyen de les vérifier et de les valider. Les experts du conflit, pour la plupart, accordent peu de crédibilité aux informations de l’OSDH, que le chercheur Frédéric Pichon qualifie même d'”officine artisanale, sans réelle fiabilité”, notait en 2016 déjà le quotidien français Le Figaro, estimant que “l’organisation est loin d’être indépendante”.  (cath.ch/kap/com/be)

 

La fondation Pro Oriente basée à Vienne a été créée en 1964 par l’archevêque de Vienne d’alors, le cardinal Franz König. Elle a pour but d’améliorer les relations entre l’Eglise catholique et les Eglises orthodoxes dans la ligne du Concile Vatican II et du décret sur l’œcuménisme “Unitatis Redintegratio”.

 

 

 


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